RTBFPasser au contenu

Ecoféminisme, afro-féminisme, féminisme musulman… Le féminisme revient en force et en mode pluriel

Le féminisme revient en force et en mode pluriel

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

08 mars 2020 à 07:003 min
Par Françoise Berlaimont

Les femmes seront-elles enfin entendues ? La tornade "MeToo" et "Balance ton porc" a non seulement libéré la parole des femmes mais surtout cette parole semble enfin prise en compte. Si les violences sexuelles concernent toutes les femmes, le combat féministe englobe bien d’autres combats et présente diverses tendances, pas toujours d’accord entre elles. La nouvelle génération, en tout cas, prend le relais.

La femme est victime de plusieurs formes de discriminations

Dans les années 80 et 90, le féminisme était passé de mode. On croyait tout acquis : la liberté sexuelle, le droit à la contraception et à l’avortement, l’égalité hommes-femmes.

Mais les femmes issues des minorités ne se reconnaissaient pas nécessairement dans les revendications des femmes occidentales, blanches et bourgeoises. Une professeure de droit américaine, Kimberlé Crenshaw, invente en 1989 la notion de "féminisme intersectionnel" qui désigne la situation des femmes subissant simultanément plusieurs formes de dominations ou de discriminations.

Ce prisme offre un nouvel espace de visibilité aux femmes qui subissent à la fois le sexisme et le racisme, le sexisme et la pauvreté, le sexisme et l’homophobie, le sexisme et la transphobie.

L’afro-féminisme ou le féminisme décolonial

Mireille-Tsheusi Robert est une militante anti-raciste de longue date. Mais sa parole était confisquée par les hommes. Cette belgo-congolaise a alors décidé de militer pour un afro-féminisme. Pourquoi pas avec les féministes blanches ? "Notre combat est à l’opposé : les femmes blanches militent pour être moins exposées, notamment dans la publicité, alors que nous les femmes noires, nous demandons à être plus visibles." Et puis, ajoute-t-elle, "une femme peut être féministe et raciste".

Il est vrai qu’il n’y a pas de femme journaliste noire à la télévision en Belgique. Et quand une femme noire est visible, comme Cécile Djunga, ex-présentatrice météo à la RTBF, elle subit un racisme violent via les réseaux sociaux. "La femme noire est toujours perçue comme un objet colonial", estime Mireille- Tsheusi Robert. Le féminisme décolonial, c’est comme l’écrit Françoise Vergès, féministe antiraciste française, "déclarer la guerre au racisme et au sexisme, au capitalisme et à l’impérialisme".

Le féminisme musulman : un oxymore ?

Parler de féminisme musulman est-il contradictoire ? C’était le thème d’un débat organisé au théâtre de Poche, à Bruxelles, en janvier dernier, suite au seul-en-scène de Roda Fawaz. Ce comédien y rend hommage à sa mère, femme musulmane, très pieuse, immigrée, pauvre, battue et abandonnée. Une histoire vraie, représentative des discriminations additionnées.

Certaines femmes musulmanes revendiquent un féminisme islamique. C’est le cas de Malika Hamidi, docteure en sociologie, qui fait partie d’une myriade d’intellectuelles musulmanes engagées. Ces femmes sont porteuses "d’un projet qui mobilise les outils liés au genre pour débusquer dans les textes islamiques les biais sexistes et misogynes".


►►► A lire aussi: les articles des Grenades, le média féministe de la RTBF


Elles revendiquent de porter le foulard et estiment "qu’elles n’ont plus à prouver de leurs compétences". Autre point de vue, celui d’Eva Jimenez-Lamas, convertie, et qui se présente comme syndicaliste, anti-raciste, féministe et laïque. Elle place son combat "au centre de la lutte contre les discriminations des femmes les plus précarisées". Elle revendique la liberté du choix de porter le foulard ou pas, sans aucune contrainte d’aucune sorte.

A l’opposé, Djemila Benhabib, politologue et conseillère au centre d’Action laïque, estime que "les droits des femmes sont universels, ils ne doivent pas être modulés selon une culture, une tradition, une religion". Et la politologue pointe clairement les Frères musulmans : "le féminisme islamique est une construction des Frères musulmans, pour séparer les femmes musulmanes du combat de toutes les femmes du monde".

L’éco-féminisme à la proue pour le climat

Enfin, un autre mouvement obtient de plus en plus de visibilité, l’écoféminisme, qui associe deux concepts, écologie et féminisme. C’est en 1972 que Françoise d’Eaubonne, écrivaine française et pionnière du mouvement féministe, mettait en commun féminisme et écologie dans son ouvrage Histoire et Actualité du Féminisme. Elle y établit l’existence d’un lien entre les oppressions subies par les femmes et la domination exercée sur la nature. Les deux ont une même racine : le système capitaliste et patriarcal.

L’écoféminisme concerne les femmes tant du nord que du sud. A l’instar de Vandana Shiva en Inde, ou plus récemment de Greta Gunberg, les femmes sont en première ligne, sur tous les continents.

Sur le même sujet

09 nov. 2021 à 05:00
8 min

Articles recommandés pour vous