Chroniques

Ecolo et le spectre de 2003

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18 févr. 2022 à 07:47Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Ecolo est dans une situation délicate. Avec le dossier nucléaire, le parti pourrait écorner son image et revenir presque 20 ans en arrière en 2003 lorsqu’il quittait le gouvernement avec fracas.

L’offensive de com des tenants du nucléaire met Écolo en difficulté. Joachim Coens le président du CD&V résume bien les choses : La population est très préoccupée par la hausse des prix de l’énergie. On m’en parle tous les jours. Les gens ne comprennent donc pas que le gouvernement fédéral veuille investir dans des centrales électriques au gaz, alors que le prix du gaz atteint des sommets.

C’est donc bien un problème de perception. Ce n’est pas de l’idéologie contre du pragmatisme. L’idéologie est aussi présente chez les nucléaristes que chez les antinucléaires. C’est plus simplement que si le choix du nucléaire n’a rien d’évident, celui du Gaz est devenu beaucoup plus compliqué à défendre en quelques semaines. Ecolo et Groen font ce qu’ils peuvent pour placer le dossier sur un plan technique, mais la crise de l’énergie offre à leurs partenaires et adversaires l’occasion de les ramener là où ils ne veulent pas aller : en 2003.

Les talibans

Cette année-là, Ecolo a quitté le gouvernement fédéral avec fracas et à lourdement perdu les élections. Ecolo inexpérimenté s’est retrouvé isolé et incompris d’une bonne partie de l’opinion publique que les grands partis, roublards, n’hésitaient pas à chauffer à blanc. Le dossier le plus emblématique de cette période fut la loi Anti-tabac. Cette loi interdisait notamment la pub sur le tabac, elle a eu comme dégât collatéral l’annulation du grand prix de Francorchamps de 2003.

Ecolo s’est isolé, seul parti francophone à défendre cette loi. Le parti connaissait les conséquences, mais il a maintenu sa position. Mal lui en a pris. Les médias n’avaient qu’à se pencher pour trouver des mécontents. Les autocollants "sauvons Francorchamps" distribués par certains titres de presse fleurissaient à l’arrière des voitures. Dans les débats TV les positions d’Ecolo sont devenues inaudibles. Face au PS, au cdH, et déjà surtout au MR. Le sénateur Philippe Monfils n’hésitait plus à traiter Ecolo de Talibans.

Traumatisme

Ecolo n’a pas trouvé la parade pour répondre à ces attaques. Isolé, affaibli, il a quitté le gouvernement et perdu les élections de 2003. Les verts ont été traumatisés par cette défaite. Le spectre des talibans a profondément changé le parti. Il a changé ses structures, il l’a professionnalisé. Depuis les leaders d’Ecolo n’ont qu’une obsession : changer cette image de partis "de principes" pour le transformer en Parti "de solutions". La différence entre cette législature et celle de 1999-2003 est frappante. Depuis le début de cette deuxième expérience au fédéral Ecolo est le parti francophone le plus discret, le plus respectueux du Premier ministre Alexander De Croo, celui qui évite autant que possible de faire des vagues (sans toujours y parvenir d’ailleurs).

Si cette analyse est fondée, il est donc assez probable qu’Ecolo ne se cabre plus comme avant autour d’un dossier. Il pourrait donc accepter, si la pression devient trop forte, qu’il est isolé, que le Premier ministre change de camp et que c’est techniquement possible (ce qui est loin d’être évident) une prolongation de deux réacteurs. Cela fait donc beaucoup de conditions. Mais ce n’est pas impossible. Depuis des mois Jean Marc Nollet ne ferme jamais totalement la porte au scénario B, même s’il n’en veut pas. Même si le coup serait rude, Ecolo pourrait obtenir de solides compensations, pour des politiques climatiques par exemple et éviter cette accusation d’irresponsabilité.

Mais il ne vous aura pas échappé que le dossier n’est pas dans les mains d’Ecolo mais de Groen, les verts flamands. C’est Groen et Tine Vanderstraeten qui devrait mettre en œuvre la prolongation. Chez les verts flamands le nucléaire est un dossier sans doute encore plus symbolique que pour Ecolo. Voilà pourquoi, si l’Ecolo 2022 n'est plus celui d’il y a 20 ans, un avis de tempête touche malgré tout la rue de la loi.

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