Diables Rouges

Eden Hazard fête ses 15 ans de carrière : de l’extase lilloise au spleen madrilène

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Ce qui est fou (et a fortiori dommageable) avec le football, c’est que la dictature du présent y règne en monarque quasi absolu. Oubliez les exploits antérieurs, les prouesses réalisées dans un passé pas si lointain, ce qui compte désormais dans l’imaginaire collectif, c’est ce que vous êtes capable de faire à un instant T.

Et forcément, en 2022, quand on pense à Eden Hazard, on a tendance à oublier tout ce dont ce génie des terrains était capable. Ou est toujours capable de faire. En cette fin novembre, le Brainois fête déjà ses 15 ans de carrière.

De l’explosion lilloise au spleen madrilène en passant par le triomphe londonien, retraçons ensemble cette riche épopée du Belge. Récit.

L’explosion à Lille : "Eden is in the house"

L’explosion à Lille : "Eden is in the house"
L’explosion à Lille : "Eden is in the house" BELGA/DECONINCK

Visage encore juvénile de l’adolescent qu’il est à l’époque, crinière gominée mi-longue, Eden Hazard déboule donc sur les terrains de Ligue 1 le 24 novembre 2007. Il n’a que 16 ans mais est déjà placardé prodige numéro #1 de la cuvée nordiste. C’est qu’il est sacrément précoce le gamin. 16 ans, aucun match professionnel dans les pattes mais déjà des fourmis dans les guiboles. Pourtant, il doit se contenter de peu. En tout, Claude Puel ne lui octroie que 33 minutes cette saison-là. Mais le coach déguerpit dans la foulée et laisse sa place à Rudi Garcia. Le premier entraîneur qui croît vraiment en lui. Supersub en début de saison, Eden goûte à plusieurs titularisations, d’abord sporadiques, puis de plus en plus fréquentes.

Son premier but en championnat tombe un an plus tard, contre Auxerre. D’une frappe sèche à l’entrée de la surface, il égalise en fin de match. Et il s’inscrit déjà dans les livres d’histoire du LOSC, s’érigeant comme l’un des plus jeunes buteurs de l’histoire du club. La machine est lancée. Très vite, Eden Hazard devient un titulaire indiscutable. La plaque tournante du dispositif de Garcia. Le jeune qui monte, qui distribue, qui sait faire la différence d’un coup de reins, d’une accélération dont il a le secret.

Dès fin 2008, il s'ouvre les portes de l'équipe nationale. Il dispute son 1e match contre le Luxembourg et devient vite l'une des pépites qui redonneront, à terme, vie à notre sélection nationale.

Mais en club, le climax de son épopée lilloise, Eden le connaîtra quelques mois plus tard, lors de la saison 2010-2011. Celle de tous les records pour lui. Celle de tous les succès pour son club. Emmenés par une ribambelle de talents (Hazard, Gervinho, Cabaye, Frau, Sow, Obraniak…), les Dogues s’offrent le doublé, championnat-coupe au nez et à la barbe d’une pléiade de concurrents. Eden est, lui, nommé meilleur joueur de Ligue. La consécration ultime pour un jeune de 20 ans, qui affole déjà tous les plus grands clubs européens.

Mais Eden n’en a pas encore fini avec le championnat français. Malgré le talent qui dégouline de ses pieds, il prend son temps. Inutile d’aller se brûler dans un club encore trop "grand" pour lui. Il dispute une saison supplémentaire avec les Dogues et réalise un exercice monstrueux : 3e meilleur buteur du championnat (20), meilleur passeur (15), il est au sommet de son art. La preuve ? Il signe un triplé pour son ultime match avec les Dogues.

Il est prêt, plus que prêt pour ce qui va suivre : Chelsea, et son escouade de stars mondiales. Dont il fera bien vite partie.

La montée en puissance à Chelsea : "Eden is the King"

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C’est donc la fleur au fusil, avec cette légèreté qui le caractérise depuis toujours, que Hazard débarque à Stamford Bridge. Où tout est plus grand, plus prestigieux, où la pression des résultats est bien plus prégnante et étouffante qu’à Lille.

Mais ça, Eden n’en a cure. Lui, ce qui lui a toujours importé, c’est de prendre du plaisir. Son premier match de championnat ? Une passe décisive, un pénalty provoqué et un trophée d’homme du match.

Dans les semaines et les mois qui suivent, Hazard prend une autre dimension avec les Blues. Si à Lille, il était un diamant à polir, ici il est tout simplement la meilleure version de lui-même. Et l’un des meilleurs joueurs de Premier League.

Ce trophée de MVP, il le remportera d’ailleurs une fois, lors de la saison 2014-2015 où Chelsea rafle le titre devant Manchester City et Arsenal. Avec 14 buts et 9 assists, Eden éclabousse la saison de toute sa classe, sans forcément livrer un chantier statistique, mais en faisant preuve d’une déroutante facilité balle au pied dans un championnat réputé pour être le plus dur.

Des moments plus durs, il en aura d'ailleurs aussi. Notamment lors du passage (heureusement assez court) d’un José Mourinho qui le fait dégringoler dans la hiérarchie. Ou à cause de quelques vilaines blessures ci et là. Mais les doutes madrilènes persistants ne rôdent pas encore et Eden envoie valser le moindre moment creux d’un gros match par la suite.

Des gros matches, il en fait aussi avec les Diables rouges, évidemment. Il disputera deux Coupe du monde avec la Belgique pendant son périple londonien. Deux Mondiaux, lors desquels il sera, en compagnie des De Bruyne, Courtois ou Lukaku l'un des principaux tauliers belges. En 2018, il est même l'un des meilleurs joueurs du tournoi. Voire le meilleur d'ailleurs. Mais il rate la montre en or de rien, tellement rien. Tout se sera joué à un Samuel Umtiti près, mais on ne refera pas l'histoire...

Et en club me direz-vous ? Eh bien, son palmarès complet avec les Blues ferait frémir pas mal de joueurs : 110 buts et 92 assists en 352 matches étalés sur 7 saisons. Cité avec insistance du côté du Real Madrid, le club de son coeur, à l’aube de l’été 2019, il tient à offrir un dernier cadeau aux supporters londoniens dont il est devenu le chouchou. Pour son dernier match, il signe un doublé et désosse quasiment seul Arsenal en finale de l’Europa League. Chelsea triomphe et Hazard part par la grande porte après avoir soigné ses adieux. Comme à Lille, d'ailleurs.

Clap désormais sur le Real Madrid. Son rêve de gosse. Il ne se doute pas encore que le rêve va vite, trop vite, se transformer en cauchemar.

2014 : Portrait d'Eden Hazard à Chelsea

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Le brutal retour sur terre au Real : "Eden is nobody anymore"

Le brutal retour sur terre d’Eden Hazard au Real Madrid.
Le brutal retour sur terre d’Eden Hazard au Real Madrid. © Tous droits réservés

100 millions d’euros. Avec le recul, quand on y repense, c’est quand même un beau pactole que le Real Madrid a déboursé en 2019 pour notre compatriote. C’est qu’à l’époque, le Brainois a la cote et qu’il faut sortir le chéquier pour s’offrir Monsieur Eden Hazard. Grand fan du joueur, Zinédine Zidane, le coach de la Maison Blanche, convainc finalement le front office madrilène de craquer. C’est donc en grande pompe qu’Eden débarque sur le sol madrilène. Même si ses débuts sont un peu retardés parce qu’il arrive hors de forme après l’intersaison. Tout un symbole, finalement.

Ses débuts sont plutôt bons. Utilisé avec parcimonie par Zidane, il plante son 1e but avec le Real d’un lob subtil contre Grenade. Il s’attire les louanges d’une presse espagnole qui ne parle déjà plus que de lui.

Le 27 novembre pourtant, patatra. Alors qu’il monte en puissance, il s’écroule après un contact fortuit avec Thomas Meunier. Il sera absent deux mois. Le début des ennuis. Le début de la fin aussi ?

À son retour, il n’est plus vraiment le même. N’est-il pas suffisamment remis ? Sa blessure le martyrise-t-elle toujours ? A-t-il peur de rechuter ? Est-il tout simplement hors de forme ? Probablement un peu des deux. Toujours est-il qu’il conclut cette 1e saison avec des stats trop anecdotiques pour un joueur de sa trempe (16 matches de Liga, 1 but, 6 assists).

Malheureusement, la saison suivante est du même acabit. Hazard nous sort parfois quelques fulgurances dont il a le secret mais il n’a plus ce coup de rein et ce premier pas ravageur. Et un Hazard démuni de ses deux principales qualités n’est tout simplement plus le même.

Et l’arrivée de Carlo Ancelotti à la barre des Merengue en 2021 ne fait que confirmer une chose : Hazard n’est désormais plus qu’une star parmi les stars. Son statut de superstar semble, lui, déjà bien loin. Malgré des discours encourageants, le coach italien écarte très vite Hazard au profit de Vinicius. Jaillissant désormais depuis le banc, Hazard tente de se montrer mais on sent que quelque chose est cassé. La naïveté a laissé place à de l’appréhension, à une peur de mal faire qu’on ne lui connaissait pas.

Depuis, rien n’a changé ou presque. Si ce n’est qu’Hazard a encore dégringolé dans la hiérarchie madrilène. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un vulgaire joueur de complément. Ceux qu’on appelle quand notre infirmerie déborde et qu’on n’a plus d’autres solutions. Aujourd’hui, Hazard fait partie de la même catégorie que des Mariano Diaz ou des Daniel Ceballos.

Et en équipe nationale, ça se ressent. Même s'il garde la confiance de l'éternel conservateur Roberto Martinez, le ressort est cassé. Hazard n'est plus le même. Il joue vers l'arrière, n'ose plus déborder et se contente d'un jeu trop latéral. Face à l'Egypte, ce constat a été criant. Contre le Canada par contre, il a rassuré, se montrant bien plus disponible et confiant, malgré la prestation en dents de scie des Diables. Alors, le Qatar, le terre de rédemption pour un joueur qui n'a pas encore dit son dernier mot ? On l'espère.

Trossard titulaire à la place de Hazard ? « On peut oublier le Eden de 2018 »

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