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Education non genrée : une solution pour une société plus égalitaire ?

Education: éviter les clichés liés au genre

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26 avr. 2021 à 09:35 - mise à jour 26 avr. 2021 à 09:35Temps de lecture3 min
Par Marie Bourguignon

Les poupées pour les filles et les camions pour les garçons, est-ce toujours une bonne idée ? C’est une tendance depuis quelques années, de plus en plus de parents s’interrogent et décident d’éduquer leurs enfants de manière non genrée. Ce type d’éducation permettrait à chaque enfant de se construire une identité propre et de s’éloigner des stéréotypes qui divisent la société.

Ça passe par des petites choses au quotidien

Sarah et Julien ont choisi de pratiquer une éducation non genrée pour leur petit Yaël.
Sarah et Julien ont choisi de pratiquer une éducation non genrée pour leur petit Yaël. RTBF

Le petit Yaël n’a qu’un an, pourtant, ses parents en sont persuadés, les choix qu’ils posent pour lui aujourd’hui sont importants. Alors ils ont suivi leurs convictions : Sarah et Julien ont choisi de pratiquer une éducation non genrée : "Ça passe par des petites choses au quotidien" explique sa maman. "Par exemple ne pas se limiter dans le choix des vêtements, ouvrir au rayon des filles, avec des vêtements roses, ou avec des petites étoiles par exemple. Dans le choix des livres aussi, on essaye de ne pas prendre systématiquement le livre où la trame, c’est une princesse qui va être sauvée par un homme". "Dans la manière de lui parler aussi, si jamais il est tombé et qu’il s’est cogné, — ça arrive souvent pour le moment —, on ne va pas lui dire, tu es un garçon, tu es un dur, force. On va au contraire lui faire comprendre que c’est normal d’avoir mal, d’avoir eu peur, de pleurer, de s’inquiéter" poursuit son papa.

Donner la chance aux enfants d’avoir tout en mains pour qu’ils puissent choisir leur propre voie

Les catégories de genres ne sont en fait pas néfastes par nature. Elles sont utiles pour donner à chacun, et notamment aux enfants, des points de repère dans la société. Le problème, ce sont effectivement les stéréotypes qui en découlent. Hélène Detroz, coordinatrice en milieu d’accueil, asbl Le ballon rouge : "Effectivement, on naît fille ou garçon, mais ce n’est pas pour autant qu’on doit mettre les enfants dans des cases. On a tous reçu une éducation dans laquelle il y avait des stéréotypes. C’est vraiment prendre conscience de ces stéréotypes pour essayer de donner aux enfants la chance, l’opportunité de trouver eux-mêmes ce qu’ils sont fondamentalement eux, c’est vraiment essayer de leur donner les chances d’avoir tout en mains et puis de choisir leur voie à eux".

Parfois, quand on regarde les médias qui s’adressent aux enfants, ça a l’air un peu rétrograde

Et ce qui devrait sembler logique en 2021 ne l’est pas encore. Les médias qui s’adressent aux enfants, notamment, contribuent à véhiculer des stéréotypes d’un autre temps. Isabelle Roskam, professeure à l’UCL en psychologie du développement et de la parentalité : "On est dans une société qui, a priori, va vers une plus grande égalité des genres, et notamment sur le plan de la famille, avec une division des tâches qui se veut moins genrée. Mais parfois, quand on regarde les médias qui s’adressent aux enfants, ça a l’air un peu rétrograde. Il suffit de regarder par exemple des petits livres qu’on raconte aux enfants comme T’choupi, c’est très stéréotypé : le papa part au travail, et la maman reste à la maison. C’est elle qui va conduire à l’école, c’est elle qui fait à manger".

Le marketing, autre responsable d’une vision clichée de la société

Autre responsable de cette vision divisée de la société : le marketing. Dans les années 70, seuls 2% de jeux étaient genrés dans les rayons. Les vendeurs de jouets ont simplement imaginé des jeux pour filles et pour garçons dans le but d’en vendre deux fois plus. Aujourd’hui, certaines marques s’autorisent à proposer à nouveau des jouets pour tous. Marie Lambert, gérante d’un magasin de jouets : "Ici, les cuisinières sont bleues, ils ont mis sur la boîte un petit garçon. Ça, c’est quelque chose qu’on adore chez nous dans le magasin, pour montrer que la cuisine, c’est fille et garçon. Ça prend plus de temps à ce niveau-là de prendre du recul et de se dire, on va quand même faire l’effort de partir dans un autre sens et on va tester finalement et voir si ça marche. Et en fait, nous en tout cas, en tant que commerce, on se rend compte que ça marche tout aussi bien".

Aujourd'hui, certaines marques s'autorisent à proposer à nouveau des jouets pour tous.
Aujourd'hui, certaines marques s'autorisent à proposer à nouveau des jouets pour tous. RTBF

Les stéréotypes intégrés durant l’enfance peuvent impacter à la fois l’individu et la société

Si ces petits changements peuvent paraître anodins, ils ne le sont pas. Les stéréotypes intégrés durant l’enfance peuvent réellement impacter le futur des enfants. Isabelle Roskam : "Si par exemple les filles sont stéréotypées comme étant moins bonnes en maths et en sciences, le fait d’être pointée comme une fille, et que tout le monde pense en fait que je suis moins douée pour les maths et les sciences, et bien je vais me dire que ces filières-là ne sont pas pour moi. Donc ça a un impact sur l’individu, par exemple sur la manière dont il se sent compétent pour faire certaines choses, mais ça a aussi un impact sur la société parce que du coup, on va retrouver moins de femmes de manière générale par exemple dans les filières mathématiques et scientifiques".

Aujourd’hui, les stéréotypes de genres continuent de maintenir les inégalités entre les sexes. En Belgique, les petites filles ont généralement une estime d’elles-mêmes moins élevée que les petits garçons.

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