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Monde Moyen-Orient

Egypte, Tunisie, Jordanie… Ou quand des chancelleries veulent jouer la carte de la médiation dans le conflit israélo-palestinien

Depuis plusieurs jours des affrontements ont lieu entre Gaza et Israël
18 mai 2021 à 13:28Temps de lecture7 min
Par AFP

L’Egypte cherche à renouer avec son rôle régional historique en offrant sa médiation dans le conflit en cours entre Israël et le Hamas, pendant que Washington fait profil bas dans les tractations internationales.

En 2014, Le Caire avait été à l’origine d’un cessez-le-feu après la guerre sanglante de plusieurs semaines entre l’Etat hébreu et le Hamas, mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza, voisine de l’Egypte.

Le Caire à nouveau au cœur du jeu diplomatique

Dans cette nouvelle grande confrontation, entrée ce lundi dans sa deuxième semaine, les bombardements israéliens sur l’enclave palestinienne et les tirs de roquette de Gaza vers Israël ont tué au moins 222 personnes, en très grande majorité des Palestiniens.

Ce nouvel embrasement a ramené Le Caire au cœur du jeu diplomatique, alors qu’il a créé l’embarras parmi les pays arabes, notamment du Golfe, ayant récemment normalisé leurs relations avec l’Etat hébreu.

Un espace laissé vacant par les Etats du Golfe

Les Etats-Unis, qui font jusque-là profil bas dans les tractations diplomatiques, ont demandé au Caire et à d’autres alliés arabes, dont Tunis et Doha, de s’investir pour obtenir un cessez-le-feu.

"Dans une région où les 'Etats de la normalisation' étendent leur relation avec Israël, l’Egypte […] a intérêt à utiliser sa proximité géographique avec Gaza comme levier diplomatique", affirme à l’AFP Tareq Baconi, expert du cercle de réflexion Crisis Group.

L’Egypte doit être impliquée. Il n’y a pas d’autre moyen

Lundi, le président Abdel Fattah al-Sissi a fait un point sur ces efforts de médiation avec son homologue français Emmanuel Macron, lors d’une rencontre à l’Elysée.

Concrètement, une délégation égyptienne se trouve sur le terrain en Israël et dans les Territoires palestiniens pour encourager un cessez-le-feu.

"Composée de responsables du renseignement", elle s’y trouve "depuis plusieurs jours", dit à l’AFP Khaled Okasha, membre du Conseil supérieur égyptien pour l’antiterrorisme.

Okasha, également directeur du Centre égyptien d’études stratégiques, un cercle de réflexion lié à l’Etat, se dit confiant sur l’issue de l’initiative.


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Pour Michael Hanna, expert au cercle de réflexion new-yorkais Century Foundation, "l’Egypte doit être impliquée. Il n’y a pas d’autre moyen".

Israël maintient un blocus maritime et terrestre sur Gaza depuis que le Hamas a pris le contrôle en 2007 de cette bande côtière où s’entassent quelque deux millions de personnes.

Le point de passage frontalier de Rafah, à la frontière égyptienne, est sa seule ouverture sur le monde qui ne soit pas contrôlée par Israël.

Alors que les médias égyptiens avaient coutume de désigner l’enclave de "foyer terroriste", le président Sissi a ordonné la semaine dernière l’ouverture du terminal pour permettre à des blessés de Gaza d’être traités dans des hôpitaux égyptiens, et pour faire passer de l’aide médicale.

Une ligne "plus ferme, plus franche", face à Israël

"C’est une occasion de dire, pas seulement aux Etats-Unis, mais aux autres pays de la région, que l’Egypte reste importante", avance Hanna, avant d’ajouter : "un cessez-le-feu passera par Le Caire".

Selon lui, le soutien populaire aux Palestiniens en Egypte a encouragé Le Caire à adopter une ligne plus "ferme, plus franche" contre Israël, malgré le traité de paix de 1979.


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Dans un discours au Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre des Affaires étrangères Sameh Choukri a estimé, à l’adresse d’Israël, que des "concessions" devaient "être faites".

Mais "c’est une dynamique étrange […], les responsables militaires ont un manque de confiance profond envers Israël mais, en même temps, ils collaborent avec eux", tempère Hanna.

L’Egypte fait-elle le poids ?

Baconi se montre lui aussi nuancé, estimant que Le Caire n’a "pas suffisamment de poids sur Israël". "La relation est une alliance dans laquelle Israël définit les contours stratégiques", dit-il.

Auteur d’un livre sur le Hamas, il juge aussi que l’Egypte cherche encore un juste équilibre entre une coordination en matière de renseignement avec le Hamas et son aversion pour les Frères musulmans, liés au mouvement palestinien maître de Gaza.


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Sissi a été l’artisan, comme chef de l’armée, de la destitution en 2013 du président Mohamed Morsi, issu de la confrérie islamiste islamiste, avant de mener une répression impitoyable sur ses partisans.

Reste qu’en 2021, selon Baconi, Sissi ne "voit pas nécessairement le Hamas sous le même jour".

"La stratégie […] est similaire à celle d’Israël", résume-t-il : "s’assurer que Gaza ne prospère pas et que le Hamas reste contenu à l’intérieur".

Les faibles marges de manœuvre de la Tunisie

La Tunisie, qui occupe actuellement un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, est aussi impliquée dans les efforts de médiation actuels pour faire taire les armes au Proche-Orient, mais ses efforts sont bridés par son poids restreint.

Seul pays arabe à disposer d’un tel siège, la Tunisie fait partie d’un comité ministériel mis en place par la Ligue arabe pour œuvrer auprès des grandes puissances à une désescalade. Et Tunis et Le Caire ont échangé en amont de la réunion du conseil de sécurité dimanche à New York.

La Tunisie, qui a abrité l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) jusqu’au début des années 1990 et a subi un bombardement israélien meurtrier en 1985, est l’un des pays de la région les plus hostiles à Israël.

Dans un pays fracturé politiquement, la cause palestinienne est un rare point d’accord et rassemble la société civile.

En 2019, durant sa campagne, le président Kais Saied avait martelé son attachement à combattre "l’injustice en Palestine", arborant un drapeau palestinien le soir de sa victoire.

L'"activisme tunisien" face au "véto américain"

Sur le terrain diplomatique, le président Saied s’est entretenu avec des dirigeants du Fatah et du Hamas. La Maison Blanche a indiqué avoir sollicité Tunis ainsi que Le Caire et Doha pour une médiation avec le Hamas.

Au conseil de sécurité, c’est Tunis qui a réclamé une réunion d’urgence dès le 10 mai, et proposé une déclaration sur Jérusalem-Est. Mais ce texte n’a pas été adopté, faute de soutien des Etats-Unis, dont Tunis est un allié régional.

"Il y a un activisme tunisien" à l’ONU, confirme le politologue Youssef Cherif. Mais "il n’y a pas grand-chose à faire face au veto américain", selon lui.

Une première tentative de résolution critiquant le plan Trump début 2020 s’était soldée par le limogeage controversé de l’ambassadeur de la Tunisie aux Nations unies. La présidence de la République s’était défendue de l’avoir écarté sur pressions américaines.

S’agissant des liens historiques avec les dirigeants palestiniens, ceux-ci ont périclité après le départ de l’OLP.

Et "l’exercice du pouvoir" a rendu le président Saied "moins virulent", avance le politologue.

Le sujet n’a pas été abordé publiquement avec la vice-présidente américaine Kamala Harris lors d’un récent échange téléphonique.

Tunis n’a pas non plus réagi lorsque plusieurs pays arabes, dont le Maroc, ont normalisé avec Israël.

"Ce sont des décisions souveraines", a dit à l’AFP un conseiller diplomatique de la présidence, Walid Hajjem.

Samedi, les manifestants ont notamment réclamé une loi pénalisant tout lien avec Israël, mais un tel texte a déjà été rejeté par le Parlement en 2012.

Et Tunis reste sensible à la pression de partenaires comme Washington, sollicité pour garantir de nouveaux emprunts afin de renflouer ses caisses.

A la recherche d’une médiation

Lui et son homologue égyptien Abdel Fattah Al-Sissi s’entretiennent ce mardi midi, par visioconférence, avec le roi Abdallah II de Jordanie, pour travailler à une médiation au Proche-Orient qui vise "à un cessez-le-feu rapide et éviter que le conflit ne s’étende", a annoncé l’Elysée.

Emmanuel Macron avait déjà discuté lundi avec le président égyptien, présent à Paris, et annoncé leur intention commune de solliciter l’appui de la Jordanie pour mener une médiation dans le conflit entre Israël et les Palestiniens.

Cette médiation "est l’un des éléments qui permettrait d’accompagner un cessez-le feu, la clé pour permettre la réunification des composantes palestiniennes et garantir le non-recours à la violence", avait déclaré lundi Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse à l’issue d’une conférence internationale d’aide au Soudan.

Les USA démentent tout blocage

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a assuré ce mardi que les Etats-Unis ne faisaient "pas obstacle à la diplomatie" à l'ONU sur le dossier israélo-palestinien, sans toutefois s'engager à soutenir une déclaration du Conseil de sécurité appellant à une "cessation des violences".

Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se réunir une quatrième fois en urgence ce mardi, alors que Washington a jusqu'ici refusé l'adoption d'une telle déclaration. La Chine a accusé le gouvernement américain de faire "obstruction" à une position commune. Mais des diplomates de pays alliés des Etats-Unis ont aussi regretté cette position, alors que le président Joe Biden a promis un retour de l'Amérique sur la scène multilatérale après le désengagement de son prédécesseur Donald Trump, et que Washington appelle également, de son côté, à la fin des violences entre Israël et les Palestiniens.

Nous ne faisons pas obstacle à la diplomatie, bien au contraire, nous sommes investis quasiment non stop

"Nous ne faisons pas obstacle à la diplomatie, bien au contraire, nous sommes investis quasiment non stop", a répondu Antony Blinken lors d'une visite en Islande, après avoir été interrogé sur ces critiques.  Il a réitéré que son gouvernement était engagé dans une "diplomatie très intensive" mais "discrète", énumérant ses nombreux appels à ses homologues au cours des derniers jours. Mais il a aussi redit que "tout acte ou toute déclaration" devait "promouvoir l'objectif de mettre fin à la violence", laissant une nouvelle fois entendre que les projets de déclaration soumis au Conseil de sécurité ne remplissaient pas à ses yeux cette condition. 

"Si nous pensons à l'avenir que quelque chose, y compris aux Nations unies, peut permettre de promouvoir de manière efficace cet objectif, nous y serons favorables, mais pour l'instant nos sommes très concentrés sur ces efforts diplomatiques intenses", a-t-il ajouté. 

Le secrétaire d'Etat américain a rappelé que le président Biden avait affiché la veille pour la première fois son "soutien" à un éventuel "cessez-le-feu" entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas. 

Les deux parties continuent d'échanger bombardements et salves de roquettes sans signe d'accalmie après une semaine d'escalade meurtrière.

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