Elections au Nicaragua : en muselant l’opposition, Daniel Ortega est assuré d’être réélu

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Par Anthony Roberfroid et Maxence Vasseur avec Agences

Gardés par environ 30.000 soldats et militaires, les bureaux de vote ouvriront dimanche au Nicaragua à 7h00 locales pour un scrutin sans surprise : le président Daniel Ortega est assuré d’être élu pour la quatrième fois consécutive, puisque tous ses rivaux sérieux ont été placés en détention.

"Une farce", "un simulacre" : Washington et l’Union européenne n’ont pas de mots assez durs pour condamner cette élection à laquelle ils dénient toute légitimité.

Ces élections se dérouleront à huis clos. Les journalistes de plusieurs médias internationaux se sont vus interdire l’accès au territoire, et le gouvernement a refusé la présence d’observateurs indépendants.

Le dernier quotidien d’opposition du pays qui paraissait encore, La Prensa, a été investi à la mi-août par la police et son directeur jeté en prison.

Une semaine avant le scrutin, Meta, la maison mère de Facebook, a annoncé avoir démantelé un millier de comptes Facebook et Instagram gérés par une "usine à trolls" du gouvernement du Nicaragua pour manipuler l’opinion.

Les autres candidats, des faire-valoir compromis avec le pouvoir

Décapitée, avec ses leaders en détention ou en exil, l’opposition prépare des manifestations au Costa Rica, à Miami ou Madrid et s’est mise d’accord sur un seul mot d’ordre pour les électeurs : "Dimanche, restez à la maison".

Un message suivi notamment par Lia Ruiz, une citoyenne opposée au président : "Notre lutte comme opposition, comme nicaraguayens, va au-delà du sept novembre" annonce-t-elle.


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Les Nicaraguayens ne s’y trompent pas : les sept candidats inscrits pour affronter le chef de l’Etat sont des comparses, des faire-valoir compromis avec le pouvoir.

C’est donc le taux d’abstention qui pourra seul donner une idée de l’adhésion réelle des Nicaraguayens au "ticket" formé par Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo, vice-présidente depuis 2017.

Le couple Ortega est loin de faire l’unanimité

Comparés à Frank et Claire Underwood, duo impitoyable de la série "House of Cards", ou surnommés "Lord et Lady Macbeth", Daniel Ortega, bientôt 76 ans, et sa femme, 70 ans, forment un couple fusionnel prêt à tout pour conserver un pouvoir absolu qu’ils exercent d’une main de fer.

Selon un sondage Cid-Gallup, s’ils avaient le choix, 65% des 4,4 millions d’électeurs inscrits voteraient pour un candidat de l’opposition, contre 19% pour le président sortant.

En revanche, pour l’institut de sondage M&R, proche du gouvernement, Daniel Ortega et les 90 candidats au Parlement présentés par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN, au pouvoir) recueillent 70% des intentions de vote.

"Il n’y a personne pour qui voter. C’est dans la poche pour Daniel (Ortega)", confie une femme de 46 ans à une journaliste de l’AFP. Elle demande l’anonymat : "On ne peut pas parler, sinon on te met en prison".

Une chasse aux opposants qui inquiète Amnesty International

Trois ans après la répression qui a fait plus de 300 morts parmi les manifestants qui exigeaient au printemps 2018 la démission de Daniel Ortega, et six mois avant le scrutin, la chasse aux opposants s’est en effet ouverte : 39 personnalités politiques, hommes d’affaires, paysans, étudiants et journalistes ont été arrêtés depuis juin. Parmi eux, les sept candidats potentiels susceptibles de constituer une menace pour le président sortant.

Une situation qui inquiète au sein de Amnesty International : "Depuis le début de la crise d’avril 2018, nous recevons des alertes sur les différents types de tortures et traitement cruels", détaille Astrid Valencia, membre de l’ONG sur place. "Certains sont de nature psychologique alors que d’autres portent plus sur le physique".


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Favorite de l’opposition dans les sondages, Cristiana Chamorro, 67 ans, fille de l’ex-présidente Violeta Chamorro (1990-1997), a été la première arrêtée, le 2 juin, et placée en détention à domicile.

Les opposants sont accusés, pêle-mêle, d’atteinte à la souveraineté nationale, de soutenir les sanctions internationales contre le Nicaragua, de "trahison à la patrie" ou de "blanchiment d’argent", en vertu de loi votées fin 2020 par le Parlement, acquis à l’exécutif, tout comme le pouvoir judiciaire et le tribunal électoral.

La peur court dans le petit pays d’Amérique centrale de 6,5 millions d’habitants, le plus pauvre de la région et qui est en proie depuis les troubles de 2018 à l’inflation, au chômage et à la pandémie de coronavirus, dont l’ampleur est niée par le pouvoir.

Depuis les manifestations du printemps 2018, plus de 100.000 Nicaraguayens ont pris le chemin de l’exil tandis que 150 opposants sont toujours derrière les barreaux, qualifiés par Daniel Ortega de "criminels" et de "fauteurs de coup d’Etat" à la solde de Washington. "Pour les victimes qui ont souffert d’une répression très dure, la seule issue est l’exil" détaille Herman, un Nicaraguayen qui prévoit de quitter le pays.


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Héros de la révolution, l’ancien guérillero Daniel Ortega est aujourd’hui accusé par ses opposants d’agir de la même façon que le dictateur Anastasio Somoza qu’il a contribué à renverser en 1979.

Pour l’analyste nicaraguayenne Elvira Cuadra, exilée, l’isolement du pays affectera les investissements et les financements internationaux, avec des conséquences sociales et une émigration croissante.

D’autant que, outre les nouvelles sanctions adoptées par les Etats-Unis et l’Union européenne, les relations se sont même tendues avec des alliés historiques comme le Mexique et l’Argentine. Restent Cuba, le Vénézuéla et la Russie comme soutiens du gouvernement de M. Ortega et Mme Murillo.

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