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Elections en Italie : le grenier du pays souffre de la sécheresse

Sur la plaine du Pô, la sécheresse a laissé les rizières sans eau.

© © Wahoub Fayoumi

Le changement climatique frappe le territoire italien. Récemment, il y a eu des inondations mortelles dans la région des Marches, une sécheresse exceptionnelle et des températures très élevées cet été… Et pourtant, le sujet reste confidentiel dans cette campagne électorale qui bat son plein pendant encore deux jours dans le nord de l'Italie.

Sur la plaine du Pô, appelée aussi le grenier de l'Italie, on a particulièrement souffert de ces changements climatiques. Le plus important fleuve du pays était quasi à sec, et les rizières, très gourmandes en eau, en ont été les premières victimes.

Rencontre sur place avec Fabrizio Rizzoti (ça ne s'invente pas), à la tête d'une propriété familiale de 75 hectares, dans l'est de la ville piémontaise de Novare.

Moins de récoltes, et de moins bonne qualité

Une récolte teintée d'amertume cette année.

Fabrizio est aux champs depuis midi. La récolte est presque terminée. Mais aujourd'hui, l'agriculteur est amer.

"Nous sommes en train de moissonner le riz, le bon, celui qu'on a pu sauver. Ce qui représente 30 % de la récolte. Et les 70 % qui restent sont complètement morts, on ne les a même pas récoltés."

Une proportion très importante de la récolte est donc tout simplement perdue. 

"Il manquait de l'eau. Il n'y avait plus d'eau dans les canaux."

L'eau qui arrose ces cultures provient du lac Majeur et des montagnes environnantes. Cette année, comme il n'y avait pas de neige, le réseau des canaux dans les champs était, par conséquent, à sec.

L'un des canaux qui arrosent les rizières.
L'un des canaux qui arrosent les rizières. © Wahoub Fayoumi

"Vous voyez, ça, c'est un épi de riz. Dans une récolte normale, il n'est pas comme ça. On voit qu'il n'est même pas formé. Il est arrivé à cette hauteur, il a germé et quand il n'a plus eu d'eau, il est mort."

Et il n'y a plus de grain.

"Oui, des récoltes entières… mortes."

Cette partie de son champ, Fabrizio ne va pas la moissonner. Une perte sèche, si l'on puit dire. L'autre partie donnera, elle, des grains de plus petite taille.

"Le riz qu'on a pu sauver c'était en réduisant l'eau, en faisant des tournantes d'arrosage. On a réussi à le porter à maturation, mais la qualité n'est pas celle de l'année dernière. Le grain sera plus petit… et le rendement aussi. D'habitude, pour 100 kilos récoltés, on obtient entre 50 et 60 kilos de riz blanc. Cette année, ce ne sera que 40 ou même 30 kilos…"

D'autres constats, d'autres conséquences

Le résultat de la sécheresse est particulièrement visible.
Le résultat de la sécheresse est particulièrement visible. © Wahoub Fayoumi

Mais ce n'est pas le seul problème. Fabrizio fait un constat édifiant à propos de la biodiversité : "Je voulais vous montrer les aigrettes, les hérons, qui mangent les grenouilles, les insectes qui vivent dans les rizières parce qu'il y a de l'eau. Mais si l'eau venait à manquer, toute la chaîne alimentaire serait brisée, non ?"

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Pour Fabrizio, cette année sera à marquer d'une pierre blanche.

"C'est énorme, Ce n'est jamais arrivé. Je suis la septième génération, mon fils la huitième et on n'a jamais vu une telle situation."

À la fin du processus de séchage et de lavage, c'est entre autres dans le magasin de la propriété que le riz de l'année sera vendu. Luca, le fils de Fabrizio, tient la boutique et les contrats.

Ici, c'est le magasin local.

Le riz pour risotto, une richesse bien italienne.
Le riz pour risotto, une richesse bien italienne. © Wahoub Fayoumi

L'avenir sera synonyme de changement, car il faudra tenir compte de la possibilité d'une sécheresse à plus long terme.

"L'année prochaine, on va utiliser des cultures alternatives au riz. On essaiera de planter du soja, d'autres cultures qui demandent beaucoup moins d'eau."

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En ce qui concerne la campagne électorale du moment, Fabrizio n'est pas vraiment rassuré par l'intérêt que la classe politique et les médias portent à l'environnement, et donc à l'agriculture, qui reste cependant l'un des socles de l'économie italienne :

"Il me semble que ces derniers temps, cela a perdu de son actualité, sans doute à cause de la pandémie et de la question énergétique et de celle de la guerre en Ukraine. Ca a fait que le climat, l'attention accordée à l'environnement, à la pollution, à l'utilisation des sols, retenaient moins l'attention des médias et des politiciens."

Et pourtant, dans les rizières de la plaine du Pô, l'état d'urgence est déjà largement présent.

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