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Elisabeth Degryse (Mutualité chrétienne) : "le secteur des soins de santé n’est pas une variable d’ajustement"

L'invitée de Matin Première: Elisabeth Degryse, vice-présidente des Mutualités chrétiennes

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Le budget des soins de Santé (INAMI) a été adopté du côté du gouvernement fédéral. Face à la crise énergétique, qui met beaucoup de personnes dans une situation de fragilité financière, comment voit-on les choses du côté des mutuelles ? Elisabeth Degryse, vice-présidente de la Mutualité chrétienne, était au micro de Thomas Gadisseux et de François Heureux pour en parler.

Reports et annulations

D’abord le contexte. L’impact de la crise actuelle sur le secteur des soins de Santé est plus que préoccupant pour Elisabeth Degryse. " L’impact sur la santé des Belges commence à être vraiment important ". Et la vice-présidente de constater : " On constate de plus en plus non seulement des reports de soins mais des annulations de soins. Dans les hôpitaux, la fréquentation n’est pas revenue à la situation d’avant crise covid. Environ 10% en dessous. Ce qui est un signe inquiétant car cela signifie qu’il y a des gens qui ne viennent plus se faire soigner ". Du côté des aides à domiciles, l’experte de la Santé tire le même bilan : des personnes dans le besoin font une croix sur leurs soins de santé.

Inquiétudes

La crainte d’aller se faire soigner après la crise du coronavirus reste également notable. " Les crises (économique, climatique, ukrainienne, ndlr) que nous vivons aujourd’hui – et je suis quelqu’un qui dit qu’on est en guerre – génèrent de l’inquiétude ".

Selon elle, quand on est dans une situation de précarité (comme cela arrive pour de plus en plus de Belges), " la première chose qu’on reporte, qu’on annule, ce sont les soins de santé, ce sont l’achat de médicaments".

Une situation économique difficile qui touche aussi la Mutualité Chrétienne en interne, suscitant des craintes.

Economies sur les soins de santé ?

" Pour 2023, le gouvernement a soutenu les propositions du comité de l’assurance, en y apportant quelques modifications. Mais de manière générale, en 2023, la norme de croissance 2,5% est maintenue ". Le budget a donc été accepté par les mutuelles.

Marge

Il n’y aura donc pas d’économies " à proprement parler " prévues dans le budget des soins de santé, ce qui satisfait Elisabeth Degryse. Dans les 35 milliards, " on a pu enregistrer une marge qui va permettre de rencontrer de nouveaux besoins ". Notamment dans l’accessibilité des soins aux plus vulnérables. Le spectre des remboursements pour les achats de lunettes ou les soins dentaires sera étendu…

On a pu enregistrer une marge qui va permettre de rencontrer de nouveaux besoins

En 2024, on devrait raboter un peu dans la norme de croissance. Elisabeth Degryse, elle, préfère ne pas se prononcer. " On verra pour 2024 ce qu’il y a moyen de dégager. Le secteur des soins de santé n’est pas une variable d’ajustement ". Les discussions pour 2024 auront lieu plus tard, pour la vice-présidente de la mutuelle : " il y a de l’eau qui va encore couler sous les ponts "

Élisabeth Degryse, la vice-présidente de la Mutualité chrétienne, était l’invitée de Thomas Gadisseux
Élisabeth Degryse, la vice-présidente de la Mutualité chrétienne, était l’invitée de Thomas Gadisseux © RTBF et Belga

Vision globale

Ce qui ne l’empêche pas d’appeler de ses vœux des décisions politiques ayant plus d’articulations entre elles et de " vision globale ". " On doit articuler au mieux l’ensemble des enjeux qu’on est en train de rencontrer en vue de développer une vision de société qui nous amène à passer non seulement la crise climatique, la crise sociale, la crise énergétique, la crise de santé… Il faut une réforme fiscale ambitieuse ". Car selon elle, la cohérence est compliquée.

Carotte et bâton ?

Notamment dans ce qui concerne les incapacités de travail. Elisabeth Degryse dit se réjouir qu’on en parle pour le moment (car la question avait été longtemps mise sur le côté). " C’est un vrai problème de société. L’incapacité de travail n’est pas seulement la responsabilité de la personne malade, mais de l’ensemble des acteurs. A savoir l’employeur, la médecine du travail, le médecin-conseil, la mutualité et la personne concernée. Il faut une approche globale. "

Et la vice-présidente de stipuler : " On ne pense pas que la carotte et le bâton marchent dans ce domaine-là. Nous ne soutenons pas les sanctions pour les personnes en incapacité de travail. On pense qu’il faut les accompagner dans une dynamique positive". Une dynamique mise en place par la mutuelle avec l’appui de coachs intervenant dans le domaine de la remise au travail de ce type de personnes.

L’incapacité de travail n’est pas seulement la responsabilité de la personne malade

Et Elisabeth Degryse de souligner que le conclave budgétaire a accouché de bonnes mesures dans ce domaine bien précis.

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