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Culture & Musique

Elizabeth II, reine de la Pop culture

Exposition d'Andy Warhol en 2021 chez Christie's à Londres
03 juin 2022 à 14:05 - mise à jour 04 juin 2022 à 10:01Temps de lecture4 min
Par Lucie Dendooven et Anne-Sophie Bruyndonckx avec Maurizio Sadutto

Le statut d'icône est devenu aujourd'hui quelque chose de très particulier, à mi-chemin entre la ferveur populaire et le culte religieux. Une exposition à Bruxelles avait d'ailleurs intelligemment fait le lien l'année dernière entre ces deux notions.

A l'occasion de son jubilé de platine, la Reine d'Angleterre reste au firmament. Son image brille telle une icône Pop. 

Présente mondialement depuis 70 ans en tant que Reine d'un pays rayonnant par sa culture, son histoire et sa langue, notamment, rien d'étonnant à ce qu'elle soit également présente dans l'esprit de tout un chacun. Bien qu'éloignée du monde par le protocole et le sérieux de sa fonction, elle est devenue un visage incontournable de l'imaginaire collectif.

Sa personnalité fascine toujours plus aujourd'hui, et a été déclinée au fil des ans au cinéma, à la télévision, dans des chansons, sur des objets… et parfois même là où on ne l'attendait pas.

Petit florilège.

Des objets à son effigie

Elizabeth II, c'est du pop art!

Son image un peu kitsch et baroque a été détournée par Andy Warhol et a fait le tour du monde.

Son célèbre salut royal est lui décliné à l'infini dans des objets décoratifs. Son profil se retrouve sur nombre de coussins, de stylos, de boîtes, de cahiers, de tasses…

La ferveur est telle que dans la boutique officielle de Buckingham Palace, on achète même des biscuits pour chiens, du moment qu'il y a la tête de la Reine d'Angleterre dessus.

Seule restriction imposée par Buckingham : pas d'objets destinés à être salis. Donc pas de bavoir, de serviette ou autre éponge. Il ne faudrait pas abîmer ce charmant minois!

Sacralisation sur les écrans

Elle est présente dans la série télévisée 'The Crown', au cinéma, dans le film 'The Queen'. En 2012, lors de la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques de Londres, elle est même aux côtés de Daniel Craig alias James Bond. D’un hélicoptère, elle saute en parachute dans le stade olympique, et est ovationnée à son arrivée telle une rock star!

Elle ne fait pas le grand saut elle-même, bien sûr, mais l'image est forte : celle d'une Reine qui atterrit en parachute parmi son peuple.

"Pour les Anglais, il y a une forme de sacralisation de la famille royale mais surtout de la Reine.", explique Philippe Marion, docteur en communication sociale. "Donc le fait qu’elle descende sur Terre, il y a quelque chose d’épiphanique, j’allais dire quelque chose de christique même, en tout cas de presque religieux."

La Reine Elizabeth II avant "le grand saut"
Daniel Craig fait lui le lien évident avec le cinéma populaire

Un protocole parfois obscur

En 2015, elle visite les décors de la série culte 'Game of Thrones', dont l'intrigue se déroule dans une contrée qui évoque l'Angleterre. La visite se passe selon les usages. Les hôtes prennent soin de ne pas prendre la parole, car seule la Reine peut initier une conversation, ils prennent également garde à ne pas toucher la souveraine… Tout se passe très bien jusqu’à ce que…

Face au Trône de fer : "To sit or not to sit ?"
Face au Trône de fer : "To sit or not to sit ?" © Tous droits réservés

"Elle arrive face au trône de fer.", raconte Barbara Dupont, chercheuse en communication. "On lui propose de s’installer sur le trône. Et elle refuse ! On se demande un petit peu pourquoi, et puis on comprend que c’est pour des raisons protocolaires."

En effet, c'est la règle, la reine d'Angleterre n'a pas le droit de s'asseoir sur un trône étranger, et ce, même si ce trône est fictif.

"Je trouve que ce moment symbolise bien, justement, cet équilibre entre un côté très pop, très frais, très sexy quelque part, très contemporain, et ce côté protocolaire, attendu, solide."

La Reine en chansons

En 1969, Paul Mc Cartney lui compose une ritournelle, Her Majesty. 

"C’est carrément Mc Cartney qui dit ‘La Reine est une très belle fille et je voudrais me la faire.’ En termes de protocole et de distance ou de respect, c’est un peu malmené !", explique Philippe Marion.

Et venant des Beatles c'est un peu étonnant, puisque quatre ans plus tôt, en 1965, ils avaient été décorés par la Reine de la médaille de l'ordre de l'Empire britannique. Illustration parfaite que la Reine joue avec les codes en nouant des liens solides avec la pop culture. Jamais des musiciens n'avaient reçu cette distinction. Seuls les anciens combattants y avaient droit.

"Her Majesty", ritournelle de 23 secondes qui se retrouve dans le célébrissime album Abbey Road, dont la couverture a traversé la légende du rock.
"Her Majesty", ritournelle de 23 secondes qui se retrouve dans le célébrissime album Abbey Road, dont la couverture a traversé la légende du rock. © Tous droits réservés

En 1977, les Sex Pixtols, le groupe punk le plus célèbre et évidemment le plus provocateur de tous à l'époque, scande l'hymne de la Reine God Save the Queen et le détourne en un hymne contre l'autoritarisme. Au niveau des paroles, on est un cran plus loin dans la provocation, puisque le texte dit que la Reine n'est pas humaine, et parle de son régime fasciste! Au départ, le titre devait être "No Future", le slogan du mouvement punk, mais le manager des Sex Pistols a le nez fin et propose "God Save the Queen". On est en plein jubilé des 25 ans de règne, le titre fait un carton… 

Banni à l'époque, il ne choque plus aujourd'hui puisqu'il il ressort à l'occasion des 70 ans de règne d'Elizabeth II.

1977 : God Save The Queen, par les Sex Pistols. Un hymne détourné pour dénoncer l'autoritarisme.
1977 : God Save The Queen, par les Sex Pistols. Un hymne détourné pour dénoncer l'autoritarisme. © Getty

Car derrière les lignes de ces paroles, il ne faut pas voir une critique de la personne de la Reine. Mais plutôt ce qu'elle représente : l'institution, mais surtout le gouvernement britannique de l'époque, dirigé par la Dame de Fer, Margaret Thatcher, qui polarisait beaucoup les opinions. 

Brian May, guitariste de Queen, sur le toit de Buckingham Palace en 2002
Brian May, guitariste de Queen, sur le toit de Buckingham Palace en 2002 © Getty

En 2002, pour les 50 ans de règne d’Elizabeth, le jubilé d'or donc, un concert est donné au sommet de la monarchie. Brian May, le guitariste de Queen - donc un groupe incontournable rien que par son nom - joue God Save The Queen sur le toit de Buckingham Palace! L'idée est dingue, très rock and roll, c'est totalement réussi. Et ça aussi, c'est une vidéo qui restera longtemps dans les annales.

Je suis la Reine d'Angleterre...

Un autre artiste n'a pas résisté au plaisir de la croquer, à sa manière particulière et très irrévérencieuse. En 2010, Philippe Katerine, pourtant dans le registre des gentils provocateurs, ose chanter ceci : "Je suis la Reine d'Angleterre et je vous ch** à la raie". C'est classe! 

L'histoire ne dit pas si Elizabeth II l'a entendu.

Mais être une icône, c'est également être à la merci des iconoclastes…

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