Elke Van den Brandt, Marc Van Ranst : de plus en plus de personnalités menacées, un danger pour la démocratie ?

Protection policière : augmentation des personnes menacées

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17 déc. 2020 à 09:17 - mise à jour 17 déc. 2020 à 09:17Temps de lecture3 min
Par Avec Baptiste Hupin

Le nombre de personnalités qui doivent être placées sous protection policière est en augmentation ces dernières années. Responsables politiques, magistrats, ou même plus récemment des virologues menacés dans l’exercice de leurs fonctions.

Le dernier cas médiatisé est celui de la ministre bruxelloise de la Mobilité, Elke Van den Brandt. Elle est la cible de menaces venant de quelques groupes précis sur les réseaux sociaux. Ces messages se sont intensifiés à l’annonce des projets politiques de mobilité qu’elle porte, comme la taxe kilométrique. Elke Van den Brandt a donc porté plainte et est maintenant sous protection policière depuis quelques semaines.

Les personnalités politiques sont loin d’être les seules à être menacées. Plusieurs virologues flamands sont ou ont été sous protection policière, par exemple Marc Van Ranst ou Erika Vlieghe, qui préside le groupe d’experts sur le coronavirus.

Selon les chiffres du Centre de crise, le phénomène est en augmentation sur les quatre dernières années. Le nombre de dossiers qui mènent effectivement à une protection policière après des menaces a plus que doublé depuis 2017. Aujourd’hui, 144 personnes sont concernées et il y en avait 127 à la même période l’année dernière.

Protection policière, ça veut dire quoi ?

Les mesures sont prises au cas par cas. Cela peut aller d’un simple contact que la personne menacée peut appeler en permanence en cas de danger à une protection 24 heures sur 24, protection rapprochée, en passant par exemple par des patrouilles régulières de la police dans le quartier de la personne concernée.

Il faut tout de même signaler que les passages à l’acte, la concrétisation de ces menaces, sont heureusement plutôt rares.

Ils vont devenir les cristallisateurs de toute une série de rancœurs qui sont un peu rampantes dans la société

Les menaces qui conduisent à ces protections policières sont surtout proférées sur les réseaux sociaux. C’est l’un des facteurs qui peut expliquer que ces dossiers de menaces sont en augmentation. Il peut aussi y avoir une plus grande attention pour le phénomène, avec des plaintes plus systématiques.

Le criminologue Michaël Dantinne de l’ULiège explique qu’avec les réseaux sociaux, en effet, il n’a jamais été aussi simple de produire et de diffuser de la menace, en plus de façon plus ou moins anonyme. Mais il estime qu’il y a aussi un phénomène plus profond de défiance de plus en plus systématique de la parole publique : "C’est finalement tout ce qui pouvait incarner l’autorité qui est remis en cause, et c’est même la remise en cause du savoir scientifique dans la bouche d’experts. Et pourtant, la science, c’est l’objectivité, c’est la démonstration. On va leur prêter le fait d’être à la solde tantôt du pouvoir politique, tantôt de firmes pharmaceutiques par exemple, si on prend l’exemple du coronavirus. Et à un moment donné, ils vont devenir les cristallisateurs de toute une série de rancœurs qui sont un peu rampantes dans la société".

Et ces menaces peuvent jouer un rôle dans le débat démocratique, car elles constituent un risque d’autocensure. C’est en tout cas le sentiment de l’avocat Bruno Dayez, qui assure la défense de Marc Dutroux, sujet sensible s’il en est.

Censure larvée

Il a été sous protection policière au moment de la sortie d’un livre dans lequel il posait la question de la nécessité de la libération de Marc Dutroux, et selon lui, il y a aujourd’hui des débats qui ne peuvent plus être menés sereinement.

"Il y a une série de sujets qui sont exclus de la possibilité d’en débattre et ces sujets sont en augmentation. On subit donc une forme de censure larvée qui consiste à devoir tenir un discours de plus en plus politiquement acceptable. […] Des débats sont interdits à l’université, on se divise entre universalistes et particularistes, on en vient à compartimenter l’opinion dans de toutes petites fractions où on ne rencontre jamais que des égaux ou des gens qui pensent comme soi".

Cette forme de polarisation peut créer une intolérance vis-à-vis de celui qui pense différemment et elle augmente le risque de dérapages, de menaces, et les protections policières sont alors, dans certains cas extrêmes, une condition pour exercer son métier malgré des pressions ou garantir la liberté du débat.

144 personnes sont actuellement sous protection policière en Belgique, chiffre qui a plus que doublé depuis 2017.

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