Emblématiques du Brabant wallon, les fermes en carré essaient de se reconvertir

A la ferme du Passavant, à Vieux-Genappe, Karel et son épouse ont transformé le corps de logis en gîte

© S. Vandreck

23 sept. 2020 à 06:19 - mise à jour 23 sept. 2020 à 06:19Temps de lecture3 min
Par Stéphanie Vandreck

"C’est pareil que pour les châteaux ! Ce sont des bâtiments assez vieux, très lourds à entretenir", affirme Claire Carlier. Chargée de mission chez Accueil Champêtre en Wallonie, elle conseille régulièrement des agriculteurs en recherche d’une reconversion pour le bâtiment de leur exploitation familiale. Les fermes en carré, typiques de la campagne brabançonne, ont certes énormément de cachet et souvent un grand intérêt patrimonial et historique, mais elles ne sont plus vraiment adaptées aux pratiques agricoles d’aujourd’hui. "Ce sont des bâtiments exigus, avec de petites portes d’entrée, dans lesquels on ne sait plus rentrer avec des machines", confirme Karel De Paepe, agriculteur à Vieux-Genappe. A côté de sa ferme du dix-huitième siècle, il a fait construire des bâtiments plus fonctionnels. Il garde juste encore quelques vaches dans l’étable d’origine.

C’est un beau patrimoine qu’on ne pouvait pas laisser à l’abandon

Que faire des autres dépendances ? Il s’est posé la question il y a quelques années. "C’est un beau patrimoine qu’on ne pouvait pas laisser à l’abandon. Il y a en plus le coût des assurances, le précompte et le minimum d’entretien basique. Tout cela représente quand même quelques milliers d’euros par an", témoigne l’agriculteur. L’idée a donc germé, comme chez beaucoup de ses collègues, de trouver à ces lieux une nouvelle vocation, pour pouvoir en assurer l’entretien. Certains bâtiments, comme la grange ont donc été loués à d’autres entrepreneurs, dans des secteurs d’activité en lien avec l’agriculture : un fabricant de liqueurs artisanales et une boutique de produits locaux. Le corps de logis a quant à lui été transformé en un gîte pouvant accueillir quinze personnes. Un investissement financier conséquent, mais dont la gestion n’empiète pas trop sur la vie de la ferme. "Ce sont des locations qui se font la plupart du temps le week-end, ce qui nous permet de garder une activité normale pendant la semaine. Comme on a quelques jours entre deux groupes, ça nous permet de nous organiser assez facilement", ajoute-t-il.

Gîte, magasin à la ferme ou coworking champêtre

Mais ce patrimoine à valoriser n’est-il pas souvent une épine dans le pied des agriculteurs ? C’est la question que se pose cette semaine l’Union des Agricultrices Wallonnes, au cours d’une journée d’études, à Nivelles. "Quand il faut par exemple remplacer un toit, et que les agriculteurs se rendent compte du coût, ils se disent que ça risque de coûter cher pour pas grand-chose. Ils se demandent donc si, en investissant plus, ils ne pourraient pas avoir un retour financier, même si c’est sur de nombreuses années", raconte Claire Carlier, qui est aussi une des intervenantes du colloque. La transformation en hébergement touristique est devenue une mutation "classique", et a sans doute encore de beaux jours devant elle, grâce à l’essor du tourisme de proximité. Mais c’est loin d’être la seule reconversion possible : "Cela peut être pour une activité liée à l’exploitation agricole : un espace de stockage, un atelier de transformation, un magasin de vente des produits de la ferme, un restaurant à la ferme, continue-t-elle. Mais ça peut aussi être des choses qui n’ont rien à voir avec l’activité agricole. On parle de d’espaces de coworking à la campagne, de résidence pour personnes âgées… Mais il faut voir évidemment toutes les conséquences de ces activités au niveau de la ferme".

Un nouveau métier pour l’agriculteur

L’agriculteur devra en effet s’assurer que la cohabitation sera possible avec un éventuel locataire et son activité. Il devra aussi souvent apprendre un nouveau métier. "C’est même quasiment toujours le cas, avertit Claire Carlier. Ce sera soit un nouveau métier agricole ou en dehors de l’agriculture. Cela peut être de l’animation, s’il décide de créer une ferme pédagogique. S’il ouvre un magasin à la ferme, ce ne sont pas les mêmes compétences requises que pour produire". L’épouse ou les enfants en fin d’études peuvent aussi impulser de nouveaux projets. Parfois, ce sont même aussi les parents qui, à leur retraite, décident de s’assurer un revenu complémentaire en transformant une partie du bâtiment. L’agriculteur peut aussi parfois créer de l’emploi, engager quelqu’un pour gérer un magasin à la ferme par exemple. "Tout est possible, mais il faut qu’à la base le projet ait été bien étudié pour qu’il convienne et fonctionne bien".

 

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