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Emmanuel Macron peut-il vraiment perdre les législatives ? "Difficile à envisager" pour Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille

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Présidentielle française

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Emmanuel Macron a été réélu ce dimanche au second tour de la présidentielle française avec 58,54%. Pour le candidat de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon, Macron a été "mal réélu". Cependant, il faut admettre que le président français a réussi son pari. Avant lui, seuls François Mitterrand et Jacques Chirac avaient réussi à se faire réélire. Macron a-t-il été mal réélu ? Que peut-on attendre des élections législatives ? On fait le point avec Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille.

Emmanuel Macron a-t-il été mal réélu ?

Pierre Mathiot : "Il n’est pas mal réélu. Il faut être objectif. En nombre de voix, c’est le troisième plus grand nombre de voix obtenues à une élection présidentielle par un candidat. En pourcentage, c’est le troisième également. Donc il est quand même plutôt bien élu ou réélu. En revanche, si on regarde la qualité du vote, on peut dire qu’une bonne partie des gens qui ont voté pour lui ont plutôt voté contre Marine Le Pen que pour Emmanuel Macron, en particulier les gens qui avaient voté Jean-Luc Mélenchon."

"C’est sûr qu’une bonne partie des gens qui ont voté Emmanuel Macron et qui lui ont permis de gagner largement ne sont pas des macroniens, des pro-Emmanuel Macron. Ce qui veut dire qu’il gagne, c’est sûr, mais que les choses ne sont pas terminées. Il va y avoir à la fois les élections législatives et puis cinq ans de mandat qui vont débuter, sans doute de façon un peu tendue. Hier soir, il y a déjà eu des manifestations de militants d’extrême gauche. Donc je pense qu’effectivement, Macron gagne moins bien qu’en 2017. Et puis les ennuis commencent pour lui aussi, parce que le pays n’est pas dans un très très bon état général."

Macron doit donc agir vite sur la santé, le pouvoir d’achat, l’école, l’écologie ?

"Il faut qu’il agisse relativement vite. Mais en même temps, il y a les élections législatives, les 12 et 19 juin prochains. Donc d’ici là, on peut faire l’hypothèse qu’il n’agira pas tant que cela, sauf peut-être des mesures autour du pouvoir d’achat qui seront des mesures qui l’aideront peut-être à lâcher du lest financièrement qui lui permettront de gagner les législatives. Mais en tout cas, il ne fera pas grand-chose. On peut penser que les réformes structurelles, et notamment les retraites qui risquent quand même d’agiter beaucoup de pays se mettront en place à partir de la rentrée de septembre."

Emmanuel Macron et son camp peuvent-ils vraiment perdre ces législatives ?

"C’est difficile à envisager. En réalité, on peut comprendre que Jean-Luc Mélenchon et son équipe aient trouvé cette idée d’un Mélenchon Premier ministre pour remobiliser leur électorat qui est très déçu. Ils ont failli être au deuxième tour pour 420 000 voix. Mais en 2017, l’électorat de Mélenchon et l’électorat de Le Pen s’étaient très largement démobilisés aux législatives. On était monté à 50% d’abstention et c’était plutôt l’électorat de la majorité présidentielle qui s’était mobilisée. Moi, je ne vois pas comment la majorité présidentielle pourrait se démobiliser. En revanche, ce qui va se passer par rapport à 2017, c’est très probablement une majorité présidentielle plurielle. En 2017, En Marche avait eu la majorité absolue seule. Cette fois-ci, il y a une galaxie de petits mouvements donc on risque d’avoir une espèce de gouvernement quatrième République, c’est-à-dire fragmentée, avec cinq ou six composantes. Un peu à la belge." 

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Qui va former un nouveau gouvernement ? Qui sera Premier ministre ? Peut-être Christine Lagarde ?

"Christine Lagarde, je n’y crois pas trop parce qu’elle est à la BCE [banque centrale européenne] et je crois qu’elle y est assez bien. Et puis, on a peut-être besoin d’une Française à la BCE parce que quand même on a dépensé énormément d’argent pendant le Covid. En revanche, effectivement, il y a plein de noms qui circulent. C’est très emblématique d’une espèce de politique postmoderne parce que dans les années passées, avant Macron, on savait qui allait être Premier ministre. Là, ça part dans tous les sens. On peut s’amuser à faire des paris, en m’amusant un peu, je dis 'pourquoi pas Ségolène Royal après tout ?' J’avais pensé à Valérie Pécresse si elle n’avait pas fait le très faible score qu’elle avait fait. Emmanuel Macron étant assez disruptif, il est capable de soit de faire une énorme surprise, soit d’assurer le coup. Par exemple, avec Bruno Le Maire qui est avec lui depuis cinq ans."

Quelles sont les conséquences de cette réélection pour l’Europe ?

"Je crois que c’était une élection presque plus importante pour l’Europe que pour la France en réalité. Effectivement, là, ça garantit une stabilité, ça lui redonne un leadership au niveau européen qu’il va utiliser à fond, notamment pour gérer l’affaire avec l’Ukraine. Je pense que c’est quand même plutôt une bonne nouvelle pour l’Europe qu’il soit élu, et même qu’il soit quand même réélu de façon correcte."

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