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En 2021, les Belges ont continué à garnir leurs comptes d’épargne malgré des taux très bas

Euro banknotes

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04 janv. 2022 à 12:59 - mise à jour 04 janv. 2022 à 14:14Temps de lecture5 min
Par Jean-François Noulet

D’après les statistiques de la Banque Nationale de Belgique, les Belges disposaient, en octobre 2021, d’un peu plus de 298 milliards d’euros sur leurs comptes d’épargne. C’est environ cinq milliards de plus qu’à la même époque un an plus tôt.

Pourtant, avec des taux d’intérêt généralement au minimum légal de 0,11%, l’épargne ne rapporte plus grand-chose. L’inflation, repartie à la hausse, grignote un peu plus la valeur de l’argent accumulé sur les livrets d’épargne.

A l’argent mis de côté sur les livrets réglementés, s’ajoutent des montants toujours plus élevés laissés sur les comptes à vue. En un an, d’octobre 2020 à octobre 2021, les Belges ont augmenté d’environ 50 milliards d’euros les montants stockés sur les comptes à vue.

Les banques constatent une augmentation des montants épargnés

5% d’épargne en plus en 2021 par rapport à 2020 chez BNP Paribas Fortis (Fintro y compris), 6,5% de plus chez Belfius, 7,5% de plus chez KBC, une augmentation de 5,31% chez Crelan, c’est ce qu’on observe auprès de ces quatre groupes bancaires actifs en Belgique. A elles seules, ces quatre banques pèsent pour un peu plus de la moitié du marché de l’épargne réglementée en Belgique, avec 185,51 milliards d’euros stockés sur des livrets, pour un total d’environ 300 milliards d’euros mis de côté par les Belges sur les livrets d’épargnes réglementés de l’ensemble des banques actives en Belgique.

L’augmentation des montants épargnés n’est pas une tendance récente. Cela fait des années que l’on constate que les Belges continuent à alimenter, de plus en plus, leurs livrets d’épargne. La période de la crise du Covid n’a pas inversé la tendance.

Un coup d’œil aux statistiques de la Banque nationale le confirme. En décembre 2019, trois mois avant le premier confinement, les Belges disposaient de 278 milliards d’euros sur leurs livrets d’épargne. Un an plus tard, fin 2020, le montant était passé à 295 milliards d’euros. En ce début d’année 2022, le cap des 300 milliards d’euros devrait avoir été franchi. On comptait 298,322 milliards d’euros sur les livrets d’épargne en octobre dernier.

Le livret : une valeur sûre qui ne rapporte quasi plus rien à cause des taux bas et de l’inflation

Pour les Belges, le compte d’épargne reste un produit privilégié. Il est sûr, puisque l’Etat garantit les dépôts à concurrence de 100.000 euros par personne et par banque. Il est aussi pratique, car l’épargnant peut à tout moment récupérer son argent.

En revanche, les taux d’intérêt offerts par les banques sont, dans la grande majorité des cas, au plancher. La plupart des comptes d’épargne classiques offrent le taux de base légal de 0,01%, majoré d’une prime de fidélité de 0,10%, soit 0,11% d’intérêts sur lesquels l’épargnant pourra compter à condition de laisser son argent sur le livret pendant un an. Quelques livrets d’épargne sont un peu plus généreux. Le maximum disponible sur le marché belge actuellement est un taux de base de 0,05% accompagné d’une prime de fidélité de 0,65%, soit 0,70%, auprès d’une banque en ligne.

Autant dire que cela ne rapporte plus grand-chose. 1000 euros sur un livret d’épargne à un taux de 0,11% génèrent royalement 1 euro d’intérêts après une année…

L’inflation n’arrange rien. Selon le Bureau du Plan, le taux d’inflation annuel devrait s’élever à 5% en 2022 contre 2,4 en 2021, soit bien plus que les taux d’intérêt des livrets d’épargne. Une inflation systématiquement bien plus élevée que la rémunération de l’épargne fait perdre de la valeur à l’argent placé sur un livret. "Après dix ans, compte tenu de l’inflation, on perd 25% de son pouvoir d’achat", estime Nicolas Claeys, expert en placement chez Test-Achats. A long terme, quelqu’un qui laisserait beaucoup d’épargne sur son compte d’épargne pendant cinq ans ou dix ans y perdrait beaucoup. "Il ne le verra pas directement, parce qu’en nominal, s’il a mis 1000 euros, dans 10 ans, il aura un peu plus que 1000 euros. Il n’aura pas l’impression d’avoir perdu de l’argent. Mais dans 10 ans, ces 1000 euros lui permettront d’acheter beaucoup moins de choses qu’aujourd’hui", précise Nicolas Claeys.

L’encours des comptes à vue augmente aussi

Les Belges continuent d’alimenter leurs livrets d’épargne mais à côté de cela, ils stockent de plus en plus d’argent sur leur compte courant où il n’y a pourtant pas de rémunération. Les faibles taux d’intérêt des livrets réglementés dissuadent de nombreux épargnants de transférer l’argent de leur compte courant vers leur(s) livret(s) ou ils ne prennent plus la peine de le faire.

Les dépôts à vue sont ainsi passés, de 252 milliards d’euros en décembre 2019 à 342 milliards en octobre dernier, selon les statistiques de la Banque Nationale de Belgique.

Laisser dormir de l’argent sur un compte courant, alors qu’on n'en aura pas besoin immédiatement n’est pourtant pas conseillé. Mieux vaut une petite rémunération liée à un faible taux d’intérêt sur un livret que pas de rémunération du tout sur un compte courant…

Le livret d’épargne reste nécessaire pour le court terme

Même s’il ne rapporte plus grand-chose, le livret d’épargne reste conseillé pour faire face à des besoins financiers à court terme. "Si vous voulez disposer rapidement de votre argent, dans les mois qui viennent ou même dans les 2 ou 3 ans, le compte d’épargne reste la meilleure solution parce que l’argent est immédiatement disponible et qu’on ne prend pas de risques avec", rappelle Nicolas Claeys, de Test Achats. Combien faut-il garder sur un livret d’épargne, au minimum ? "On recommande de trois à six mois de salaire pour faire face aux dépenses imprévues, comme un problème de chaudière, remplacer quelque chose dans sa maison, remplacer la machine à laver, le lave-vaisselle, des choses ainsi, ou une panne de voiture", conseille Nicolas Claeys. On peut ajouter à cette réserve l’argent que l’on prévoit de dépenser prochainement, par exemple pour une partie de la facture d’achat d’un véhicule.

A l’horizon de 5 à 10 ans, des alternatives au livret d’épargne sont possibles

Au-delà de cette réserve destinée à faire face aux dépenses des deux ou trois prochaines années, il est possible d’envisager d’autres options pour épargner. "La solution la plus rentable à long terme, c’est l’investissement en Bourse", estime Nicolas Claeys, de Test Achats. L’investissement boursier peut faire peur, car les marchés fluctuent. On peut aussi s’interroger sur ce qu’il vaut mieux acheter. Des investisseurs opteront pour telles ou telles actions, voire pour des cryptomonnaies, comme le Bitcoin. "Ce n’est pas forcément la meilleure solution", réagit Nicolas Claeys.

L’investissement dans un fonds mixte serait pour lui une option à envisager. "Un intermédiaire professionnel gère l’argent que vous lui confiez et l’investit en action et en obligations, au niveau du monde entier. Cela vous évite de vous exposer à une valeur en particulier. Avec un fond et la diversification qu’il offre, parce qu’il investit dans plusieurs dizaines ou centaines de titres différents, vous ne vous exposez pas à un seul acteur, mais à une multitude d’acteurs. Quand l’un fait moins bien, on peut raisonnablement penser que d’autres vont compenser les pertes du premier", argumente Nicolas Claeys.

Il reste recommandé de regarder régulièrement si le fond évolue conformément à ses attentes. Il ne faut cependant pas être trop pressé. L’évolution d’un fonds de placement s’évalue sur plusieurs années. Un horizon de 5 à 10 ans semble nécessaire. "A long terme, ce qu’on observe, même si ce n’est pas garanti, c’est que les bonnes années compensent les moins bonnes et que cela permet d’obtenir un rendement positif sur le long terme", estime Nicolas Claeys. "Plus vous avez du temps devant vous, plus cela diminue le risque d’avoir une perte quand vous revendrez", résume l’expert en placements.

Comme le risque de pertes n’est pas exclu lorsque l’on se tourne vers la bourse, même via des fonds de placements, mieux vaut bien réfléchir avant et n’y risquer que de l’argent dont on pourra se passer au moins pendant cinq à dix ans. Un investisseur avisé en vaut deux…

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