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En Belgique, le droit à l’avortement en danger : "s’il n’y a pas un recrutement rapide, il va y avoir une limitation concrète"

Le droit à l'IVG en Italie et en Belgique

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En Italie, l’avortement est en théorie autorisé, mais en pratique assez compliqué, surtout dans certaines régions. Et cela ne risque pas de s’améliorer avec l’arrivée au pouvoir du parti d’extrême droit "Fratelli d’Italia" de Giorgia Meloni.

En Belgique aujourd’hui, on n’en est pas encore là, mais cela se complique pour des raisons plutôt pratiques qu’éthiques : une carte blanche publiée ce mercredi matin déplore la pénurie de médecins qui sont formés à pratiquer des interruptions volontaires de grossesse (IVG).

Parmi les signataires, Siham Zaitouni, gynécologue à l’hôpital Érasme : "La pérennité de l’accès à l’IVG passe par la formation des médecins, et si on n’a plus de médecins qui sont aptes à pratiquer l’IVG, évidemment que l’offre au patient diminue. Et dans ces cas-là, il s’agit d’un vrai problème de santé publique", a-t-elle expliqué dans Matin Première.

Pour les médecins généralistes, ça part d’une base volontaire : "Ce sont les médecins qui font le choix de se former à l’IVG et de travailler en planning. Pour ce qui est de la formation en gynécologie, évidemment que les futurs gynécologues y sont confrontés, mais au niveau du cursus, ça a peu de place par rapport à toute la matière à enseigner. C’est généralement laissé pour les jeunes médecins en formation, les plus jeunes du cursus".

Pas d’accès à l’information

Comment expliquer ce manque d’engouement ? "Si on regarde l’acte médical pur ou le caractère scientifique pur, il y a des choses bien plus passionnantes que la pratique de l’IVG. C’est dans l’humain que les choses se jouent lorsque l’on parle de ça. Et c’est vrai qu’à l’échelle de ce qu’on nous enseigne, ça passe parfois à la trappe, simplement, même si ça n’a pas un caractère malveillant".

De ce fait, pour avorter aujourd’hui en Belgique, "les difficultés sont principalement liées à l’accès. Il faut savoir qu’aujourd’hui, il n’y a pas vraiment de site Internet formel belge qui donne la démarche à suivre claire pour les patientes qui souhaitent une IVG. Les médecins les accueillant dans les hôpitaux ne sont pas toujours formés non plus à donner les informations pertinentes pour pouvoir offrir l’accès à l’IVG aux patientes"

La difficulté tourne donc plutôt autour du manque d’information, et de la mauvaise volonté de certains.

Intégrer la pratique dans le cursus

Ce qui fait dire à Siham Zaitouni qu’aujourd’hui le droit à l’avortement "est en danger. Il faut savoir qu’actuellement, dans les plannings, les médecins qui pratiquent l’IVG ont pour la grande majorité près de 60 ans. Et quand je parle de la grande majorité, on est aux alentours de 65% minimum. Et donc, effectivement, s’il n’y a pas un recrutement rapide de jeunes qui s’intéressent au sujet, il va y avoir une limitation concrète. Pour l’instant, pas comme on voit en Italie pour d’autres raisons, mais il est néanmoins important de s’y atteler sévèrement dès maintenant".

Siham Zaitouni et les autres signataires de la carte blanche demandent donc "que l’IVG et l’enseignement des pratiques de l’IVG fassent partie intégrante du cursus de l’étudiant en médecine et qu’il ait une place peut-être un peu plus importante dans la formation des jeunes gynécologues".

La dépénalisation complète de l’avortement est toujours sur la pile des dossiers du Parlement chez nous, avec notamment l’allongement du délai de 12 à 18 semaines pour autoriser une IVG.

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