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“En guerre” : Vincent Lindon en syndicaliste révolté

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26 août 2022 à 07:36Temps de lecture3 min
Par Liam Debruel

Stéphane Brizé retrouve son acteur fétiche dans un film en colère, visible ce 8 septembre sur La Trois.

Le cinéma de Stéphane Brizé s’ancre dans un réalisme social fort. Il suffit de voir “La loi du marché”, déjà avec Vincent Lindon, pour mieux s’apercevoir de ce regard triste sur une construction économique de l’emploi, évacuant en permanence le facteur humain. Si on ajoute ce titre à notre film du jour ainsi que le dernier long-métrage de Brizé, “Un autre monde”, on peut y voir un prolongement de figures diverses dans des rouages sociaux étouffants. Mais après le vigile de “La loi du marché” et avant le cadre d’entreprise d’ “Un autre monde”, on a ce porte-parole des salariés bafoués par une direction annonçant la fermeture de leur entreprise.

Vincent Lindon impeccable

L’acteur français incarne donc cet homme qui cherche à défendre ses camarades face à un renvoi injuste. Il impose une force de conviction physique, avec le désespoir de la personne qui ne sait comment protéger le travail de ses amis. Vincent Lindon incarne ainsi un roc qui se fissure, apportant une nouvelle fois un humanisme dans sa prestation ainsi qu’une révolte triste, une sensation de lassitude face à des décisions le dépassant. Comme dans “La loi du marché”, il se révèle un solide point d’ancrage émotionnel dans ce qu’il nous permet de capter de cette histoire. L’engagement de Vincent Lindon dans le pouvoir d’éveil du film se ressent, comme il nous le déclarait à l’époque : Je ne fais pas du cinéma pour faire rêver les gens, je peux faire du divertissement mais pas que. Si mon métier n’était que ça, ça ne me suffirait pas. Je pense que la culture en général, la peinture, la littérature, la musique, et le cinéma, le 7ème Art, sont des vecteurs d’informations qui sont extrêmement importants parce que quand ils sont bien faits, un grand livre, un grand film, ça éveille des consciences sous le couvercle de la fiction”.

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Une volonté de réel et de nuances.

À l’origine nommé “Un autre monde” (titre qui sera donc repris par son dernier film en date), le long-métrage trouve dans son nom une réalité du terrain. C’est cela qui confère une sensation de dureté à l’ensemble : la nature tangible des événements, résonnant continuellement dans l’actualité. La présence de non professionnels pour entourer Vincent Lindon rajoute une couche dans cette volonté d’une retranscription d’un réel intense. Mais attention néanmoins à ne pas prendre le film comme une simple lutte manichéenne tant Brizé a voulu aller au plus proche du réel, tel qu’exprimé dans son interview à l’époque de la sortie du film : Moi j’ai pris du réel, avec mon coscénariste on a rencontré plein de gens, mais pas que des salariés, des avocats de salariés mais aussi des DRH d’entreprises, belges d’ailleurs, des avocats de patrons et aussi des directeurs d’établissements, des patrons, pour justement construire la parole la plus objective possible. Que chacun ait son truc à défendre. Il s’avère que tous ces gens parlent le français, mais visiblement ils ne parlent pas la même langue. C’est des grilles de lecture du monde qui aujourd’hui ne peuvent plus se superposer. Donc ces gens parlent, ne se comprennent pas puisqu’ils vont chacun défendre avec des arguments leur grille de lecture du monde.”

Une trilogie involontaire

“En guerre” s’ancre donc comme un nouveau contrepoint en prolongation de “La loi du marché” et annonciateur d’ “Un autre monde”. Stéphane Brizé nous déclarait pourtant : "[…], chaque film s’est construit avec le précédent, grâce au précédent, grâce aux rencontres et grâce aux questions qui étaient soulevées". D’une certaine façon, cela se sent tant “En guerre” prolonge le regard d’employé de “La loi du marché” tout en amorçant un contrechamp sur des dirigeants auxquels on impose également un jeu déshumanisant dans un but financier. Pour en revenir au long-métrage qui nous intéresse, il faut bien reconnaître à Stéphane Brizé un regard dur, quasi documentaire, mais où le point de vue humaniste reste central pour mieux appréhender ce récit d’une lutte impossible. Poussant son personnage avec ses spectateurs dans leurs limites, “En guerre” se révèle pertinent dans sa critique économique aussi impactant que triste, telle l’impossibilité d’un autre monde sans pareilles violences sociales…

“En guerre”, sur La Trois le jeudi 8 septembre à 20h35 et en replay sur Auvio.

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