En janvier, les pères pourront prendre 20 jours à la naissance de leur enfant

12 juin 2022 à 04:00 - mise à jour 12 juin 2022 à 09:27Temps de lecture4 min
Par Manu Delporte

Vingt jours pour être avec bébé et vivre sa vie de parent de tout petit, sans la contrainte du travail. C’est un fameux progrès : il y a 20 ans, le congé de paternité n’était que de 10 jours. Si l’on remonte encore plus tôt dans le temps, les pères pouvaient s’absenter 3 jours seulement à la naissance d’un enfant : on n’appelait pas cela un congé de paternité mais un congé de circonstance.

On a fait du chemin, mais les papas belges sont encore beaucoup moins chanceux que les papas espagnols. Chez eux, le congé est passé à 15 semaines, et les 6 premières sont obligatoires.

Un congé de paternité de 15 semaines, obligatoire et financé à 100%

La Ligue des familles défend de son côté un congé de paternité ou de coparentalité de 15 semaines, un congé obligatoire et rémunéré à concurrence de 100%. Pour Lola Galer, chargée d’études à la Ligue des Familles, "il y a des enjeux d’égalité et de santé qui sont hyper importants. Aujourd’hui, 11% des papas ne prennent pas leur congé de paternité, en tout cas pas complètement. Il faut savoir que les trois premiers jours sont couverts à 100% par l’employeur, les douze jours restants sont limités à 82% du salaire brut plafonné à 118 euros net par jour, et donc, dans certaines familles, on fait le choix de ne pas perdre ce salaire."

La Ligue des Familles demande un congé rémunéré à 100% pour les pères, ou les coparents, comme pour les mères, dans toutes circonstances : "Bien sûr, ça a un coût, mais donner un congé de paternité, ça a eu un coût aussi. C’était même déjà le cas, au moment où on a instauré un congé de maternité, si on y réfléchit. Mais il y a des enjeux de société énormes. Si on permet aux pères ou aux coparents de rester près de la maman, ça lui permet aussi de se remettre de son accouchement et de sortir de l’isolement, d’éviter la dépression post-partum. Et il y a des études qui ont prouvé que les mères sont moins en incapacité de travail […] lorsque les pères ont pu bénéficier d’un congé de paternité. Et des mères en incapacité de travail, ça a aussi un coût énorme, donc il faut mettre les choses en perspectives…"

Lutter contre les inégalités hommes/femmes

Les inégalités entre les hommes et les femmes sur le marché du travail explosent à la naissance d’un enfant. Avec un congé de paternité parfaitement identique au congé de maternité, un homme comme une femme aura les mêmes “chances” de devenir parent, donc de prendre congé. Les femmes en congé de maternité prennent en charge les enfants, l’organisation de la maison, elles prennent aussi les temps partiels et c’est un cercle vicieux", précise encore Lola Galer, qui propose aux autorités belges un calendrier pour arriver à 15 semaines d’ici 2029.

Le congé parental : pas encore une solution

En Belgique, très peu d’hommes prennent un congé parental. Il n’est pas suffisamment rémunéré. "828 euros/mois… C’est totalement insuffisant ", explique Sébastien, professeur dans une académie à Quaregnon, près de Mons. Il aurait vraiment souhaité aider sa compagne et prendre un congé parental à la naissance de leur troisième enfant, mais " c’est impayable", dit-il. "Ce congé aurait pu aider l’un et l’autre, on aurait pu se relayer, profiter des enfants, mais c’était impossible financièrement, les factures continuent de tomber, on n’a pas pris le pas. Ce n’était même pas envisageable sur une courte période. Seuls ceux qui ont déjà les moyens peuvent se le permettre."

Martin, lui, a décidé de faire le choix du congé parental à un cinquième temps. Actuellement, il essaie de savourer les après-midi avec Lucien et Anouk. C’est la troisième fois qu’il prend un 4/5 temps de quelques mois. Un choix qui n’est pas neutre financièrement : "On perd 1/5e de son salaire, les jours de congé au prorata, les chèques repas si on en a, tous les avantages extralégaux et on a une compensation de l’O.N.E.M de 135/140 euros par mois, donc oui, on perd de l’argent, mais c’est important de voir ses enfants grandir. Moi sans ça, je ne pourrais jamais les conduire à l’école, car je pars trop tôt le matin."

La balle est aussi dans le camp des employeurs

Antoine enchaîne un congé de paternité et un congé parental de 3 mois, pour accueillir ses jumeaux qui viennent de naître mais aussi continuer les activités avec sa fille de trois ans et bien sûr aider sa femme. : "C’est une période difficile, relativement ingrate, parce qu’on ne fait que changer des couches, nourrir, changer des couches, nourrir, essayer de bercer et je conçois qu’on puisse se sentir très seuls et démunis par rapport à ça aussi. C’est pour ça que c’est important d’être là, même si parfois, je dois le reconnaître, je préférerais être au bureau", dit-il en souriant.

Dans le cas d’Antoine, c’est évidemment plus simple, car l’employeur a proposé de compenser la différence entre l’allocation de l’O.N.E.M. et le salaire net. "On peut presque parler d’un avantage salarial. Je travaille dans le secteur de l’informatique, un domaine où il y a une pénurie, je vois passer pas mal d’offres d’emploi, surtout venues de l’étranger pour l’instant, où on met ce type d’avantages sur la table, des congés de 2 ou 3 mois avec maintien du salaire pour chaque naissance."

C’est important pour permettre au papa de s’impliquer dès le début, d’être présent dès le début, de changer l’automatisme qui donne toute la charge à la maman. "C’est un modèle qui est dépassé", livre Antoine. Son épouse abonde : "Je me souviens du premier congé de maternité, où je l’attendais avec impatience, à la fin de sa journée de travail. J’avais une liste de toutes les choses qu’il devait faire et je devais faire. Aujourd’hui, je me sens moins fatiguée, alors que je viens d’avoir des jumeaux."

Dans le baromètre de la Ligue des Familles, quatre parents sur dix disent avoir pris un congé parental. Dans la grande majorité, ce sont les femmes qui ont "fait le choix" de ce type de congé, mais une famille sur deux s’est retrouvée en difficulté financière.

Selon l’Unicef, en matière de rémunération du congé parental, la Belgique atteint un piètre résultat : 29e sur les 40 pays étudiés.

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