L'agenda Ciné

En même temps : un film qui colle à l'actualité

05 avr. 2022 à 03:25Temps de lecture5 min
Par L'Agenda Ciné

Didier Béquet, un maire de droite se définissant comme un Divers Extrême Centre, part à la rencontre de Pascal Molitor, son homologue écolo, pour le convaincre de voter en faveur de la construction d’un parc de loisirs en lieu et place d’une forêt primaire. Avec pour crédo la fin justifie les moyens, cet opportuniste misogyne et raciste, adepte de la promotion canapé, est prêt à toutes les compromissions pour arriver à ses fins.

Alors que les deux hommes, sur le point de conclure un accord, s’en vont finir la soirée dans un bar de nuit, un collectif de féministes activistes en lutte contre le système politique et patriarcal décide de faire un exemple en les attaquant et les collant ensemble. Se retrouvant dans une position embarrassante, nos deux élus, obligés de se déplacer ensemble et d’un même pas l’un derrière l’autre, vont passer une folle nuit à trouver un moyen de se décoller…

 

La farce tranquille

En même temps

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Benoît Delépine et Gustave Kervern c’est un compagnonnage et une amitié de près de 30 ans qui s’est nouée à Canal+. Ensemble on leur doit l’inénarrable, l’incontournable et l’insubmersible émission humoristique Groland. En 2004, ils passent du petit écran au grand écran avec Aaltra, leur premier film. Et à raison d’un film tous les deux ans, ils fêtent avec En même temps leur 10e long métrage, écrit, réalisé, voire joué ensemble.

Très judicieusement, à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle française, nos deux trublions, plus que jamais adeptes d’un revigorant mauvais esprit, nous embarquent dans une satire politique où sont brassés plusieurs de leurs sujets de préoccupation.

Derrière ce postulat de départ totalement saugrenu qui voit un improbable équipage obligé de vivre collé serré une nuit entière, prétexte à toute une série de situations aussi bizarres qu’hilarantes, c’est à une réflexion sur l’engagement quel qu’il soit (féministe, politique, écologique…) que nous invite Gustave Kervern et Benoît Delépine.  

Dans leur viseur : le petit monde de la politique, bien sûr (toutes tendances confondues), et son cynisme rampant, l’extrémisme, mais aussi la police, les employés de bureau ou encore les sophrologues. Pour servir leur propos et leurs bonnes blagues, une kyrielle de formidables acteurs leur ont dit oui : en tête Vincent Macaigne et Jonathan Cohen, suivi de India Hair, de Thomas VDB, François Damiens, Anna Mouglalis, Laetitia Dosch… mais aussi la fidèle des fidèles : Yolande Moreau.

C’est en Belgique que Gustave Kervern et Benoît Delépine avaient réservé la première mondiale de En même temps. Une occasion que ne pouvait manquer L’Agenda Ciné, parti à leur rencontre.

Gustave Kervern et Benoît Delépine, à Paris, le 24 août 2020. RUDY WAKS POUR « LE MONDE »

L’Agenda Ciné : Un petit mot sur le titre de votre film

Gustave Kervern : C’est une phrase prononcée par Emmanuel Macron. Je ne sais plus à quel moment et à quelle occasion il l’a dite pour la première fois, mais ça voulait dire en même temps de gauche et de droite, en même temps capitaliste et socialiste… faisant une espèce de fourre-tout idéologique.

Comme il s’agissait pour nous de montrer deux personnages qui se retrouvent à devoir cheminer ensemble pendant toute une soirée, ce " en même temps " prenait tout son sens.

 

Vos films ont toujours un aspect politique, social. Mais c’est la première fois que vous mettez en scène des hommes politiques et que vous les visez directement.

Benoît Delépine : On vise les hommes politiques, mais on ne s’attaque pas frontalement à tel ou tel homme politique en particulier, ni à des hommes politiques de premier plan. On vise la politique au sens large. On parle aussi de la difficulté d’être politique au niveau local, d’être un homme politique aujourd’hui. Notre film n’est pas complètement nihiliste.

Gustave Kervern : Le personnage du maire écolo, dit à un moment dans le film : " J’en ai marre. Bientôt il n’y aura plus personne pour voter, mais il n’y aura plus personne pour qui voter ". Je pense que nous ne sommes pas loin de cette réalité-là aussi. L’abstention est un phénomène gravissime. D’un autre côté, qui veut être homme politique pour se faire vilipender par ses administrés ? Le niveau de rémunération des élus est ridicule… qui veut encore faire ce boulot ?!

  

Il est aussi question de l’amour pour les arbres dans votre film

Benoît Delépine : Les arbres font partie des choses qui nous importent vraiment. Et il se trouve que les hêtres (dont on parle dans notre film), en France, en Belgique ou ailleurs, sont en danger de mort en raison du réchauffement climatique, alors que ce sont des arbres magnifiques.

Notre humour a des limites. Par moment on n’a plus envie de rire et ça se ressent dans le film. Il y a des choses, comme ça, qui nous touchent fortement.

Habitant à la campagne, hier encore j’ai vu cinq chevreuils détaler… ça a fait ma journée !  

Gustave Kervern : Fasciné par les grands arbres, j’ai pensé un moment faire le tour de France des arbres remarquables. Dès que je vois un bel arbre, je lui caresse l’écorce… rien de sexuel !! (rires). Dès que l’on envisage d’abattre des arbres pour un quelconque projet immobilier ou autre, pour moi c’est un attentat à l’humanité.

"Ce que l’on fait à chaque film, c’est montrer l’absurdité du monde et des prises de position."

Le discours que tient chacun de vos deux élus au début du film est criant de vérité

Benoît Delépine : Faire cette émission de Groland, toute l’année nous tient au fait de l’actualité. On se rend compte de ce qui est en train de se passer, et on voit ce qui pourrait advenir dans quelques années. Le passage au photovoltaïque, à l’électrique, on en voit déjà les limites et on ne peut s’empêcher d’en parler. On a voulu dans le film, pressentir les choses.

Gustave Kervern : Ce que l’on fait à chaque film, c’est montrer l’absurdité du monde et des prises de position. Le problème du " en même temps " comme projet politique va nous emmener droit dans le mur. Et tous les hommes politiques en sont là, à proposer du " en même temps ". Il n’y a pas assez de prises de risques. Rien qu’en matière d’écologie, on ne pourra s’en sortir que si des mesures radicales sont prises…

Benoît Delépine : … c’est pensable et c’est jouable !

 

Une autre grande considération de votre film, c’est le féminisme. Car si vos deux élus se retrouvent dans cette situation, c’est à cause d’un collectif de femmes.

Gustave Kervern : C’est bien que tu parles de collectif, car si on est aujourd’hui en Belgique, c’est aussi parce que les rares collectifs dans lesquels on s’est reconnu, c’est celui de Noël Godin et ses attentats pâtissiers ou de Robert Dehoux, notre plus grand copain, dont le fait de gloire était d’avoir le soir venu bloqué les serrures des banques avec des allumettes ou de la colle.

Les sujets que l’on aborde sont sérieux, mais on veut être efficace et marrant à la fois. C’est toujours le rire qui nous plaît.

Ce collectif de filles apporte une fraîcheur incroyable…

Benoît Delépine : … et donne envie de passer à l’action ! Aujourd’hui tout nous amène à plus d’ego, d’individualisme. Les gens sont de plus en plus obsédés par leurs apparences. Nous les mouvements qui nous plaisent, qu’ils soient artistiques, politiques, musicaux sont des groupes.

Les Femen ont dû s’éclater en menant leurs actions !

… Mais il est toujours très dur pour un collectif de tenir la rampe. Même dans ceux que l’on adore, il arrive le moment où les egos s’en mêlent.

 

Ils semblent que vous n’ayez pas trop de mal à composer vos castings et que les acteurs vous disent volontiers oui. En Même Temps en est encore l’illustration.

Gustave Kervern : Les acteurs sont au courant que les tournages sont assez rigolos, qu’il y a une bonne ambiance. Et puis les scénarios sont en général un peu différents de ce qu’ils reçoivent habituellement. Par ailleurs on n’a pas " l’amour des comédiens ", comme pourrait le dire Claude Lelouch. Nous on s’en fout (rires) …  nous on aime les gens !

Au départ, c’est Bouli Lanners qui devait jouer le mec de droite dans notre film. Et puis ça ne s’est pas fait. En tout cas, c’est la seule personne, qui en l’appelant pour lui raconter le film, était mort de rire et nous a dit : " moi, je le fais ! ".

Ça nous a poussés à écrire et à finir le scénario, parce que tout le monde nous disait non ! C’est pourquoi on le remercie dans le générique. 

Quant à François Damiens - avec qui on n’avait jamais tourné et qui pour cette scène assez hallucinante a tourné 3 heures avec nous - par sa seule présence sur le plateau, nous a donné envie de faire notre prochain film.

 

Ne ratez pas une bonne occasion de rire franchement… allez voir En même temps !

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