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"Enfant de salaud" de Sorj Chalandon : le salaud, ce n’est pas le collabo, c’est ce père qui m’a menti

Sorj Chalandon
21 oct. 2021 à 08:21Temps de lecture2 min
Par Christine Pinchart

"Ton père pendant la guerre portait l’uniforme allemand, tu es un enfant de salaud", c’est ce que l’auteur apprendra par la voix de son grand-père, avec toute la violence que cela suscite lorsqu’on a toujours connu une autre vérité.

Ce père a traversé la guerre en changeant d’uniforme comme de chemise, en mentant, en jouant, en désertant, et en oubliant de libérer son fils de ce doute, suis-je l’enfant d’un salaud ?

"Si mon père m’avait parlé, j’aurais pu vivre en paix avec lui"

"Quand j’écris ces livres, ce n’est pas une catharsis, c’est pour mettre des mots sur les choses qui me hantent. Des dizaines de gens sont venus me parler dans les salons du livre. Me dire, moi aussi j’ai eu un père menteur, qui m’a fait souffrir. Donc je ne suis pas en train de mettre en lumière ce père, j’ai envie de partager un père fou, avec d’autres gens qui ont eu des pères identiques.

Et je ne veux pas tourner la page, et oublier. Je garde la page ouverte, parce que si on tourne la page, on oublie, et puis on tourne la page des camps de concentration, des abominations… Tourner la page c’est oublier, et je ne veux pas oublier."

 

"Le procès Barbie a été révélateur"

"J’ai l’impression quand je rentre dans cette salle d’assises, et quand défilent les victimes, les déportés, les torturés, j’ai le sentiment d’être face aux dernières voix qui nous racontent l’ignominie nazie. Je suis devant quelque chose d’immense qui ne se reproduira jamais.

Je suis allé en Irak, au Liban, en Somalie, mais jamais je n’ai eu cette sensation de vivre quelque chose de cette importance. Ces petites voix-là, des gens qui souvent parlaient pour la première fois, racontaient les trains de la mort, l’horreur, les morts, et vidaient leur cœur à voix basse, avant de mourir. C’était terrible.

Et je me suis retourné pour regarder mon père, qui réagissait à l’inverse de la salle. En bâillant, quand les victimes racontaient, et en acquiesçant quand l’avocat de Barbie criait au mensonge. Là je voyais l’attitude de contentement et de plaisir de mon père.

C’est là que j’ai eu des doutes, et je me suis dit, l’homme qui réagit comme ça, n’est pas un résistant. L’homme qui réagit comme ça, c’est quelqu’un qui a joué un rôle dans la machine de guerre nazie."

"Enfant de salaud" de Sorj Chalandon, chez Grasset – la voix d’un homme blessé, et trahi, par une vérité qui ne viendra jamais.

pour lire en ligne un extrait du roman

 

Rencontre avec Sorj Chalandon

Entretien avec Sorj Chalandon

l'interview de Christine Pinchart

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