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Enghien : une start-up met au point un chauffage malin, qui consomme moins

Adapter la température de chaque pièce, depuis son smartphone

© Charlotte Legrand

03 nov. 2021 à 09:04 - mise à jour 04 nov. 2021 à 10:37Temps de lecture4 min
Par Charlotte Legrand

L’innovation "made in Belgium" vient de recevoir un label international, décerné par la Fondation Solar Impulse, car elle permet de faire des économies sur sa consommation de chauffage. Et le chauffage est une source de pollution très importante.

Charlotte Legrand
Jean-Philippe Dieu, utilisateur du chauffage connecté

Lorsqu’il emménage avec sa petite famille, dans cette maison de rangée de Braine-l’Alleud, Jean-Philippe se rend très vite compte d’un problème : "Le froid dans les chambres !". Le manque de confort lui pourrit la vie pendant des mois. "En fait, notre thermostat était en bas, à côté de la cuisine. Il suffisait qu’on prépare le souper, ou qu’on allume un feu dans le salon : il y avait une augmentation de température, et tout se coupait ! Dans les chambres des enfants, il faisait toujours très froid. On les appelait même des banquises", se souvient-il en riant.

Xavier Hang, co-fondateur de 4Inch

Un jour, il entend parler d’une solution de chauffage "intelligent", mise au point par 4Inch, une start-up d’Enghien. Ce système permet de programmer la température pièce par pièce, à la carte. "Comme si un petit concierge s’occupait de tout, à votre place", résume Xavier Hang, cofondateur de la société. "Notre système, Snugr, vise avant tout le confort des utilisateurs, mais leur permet de faire des économies d’énergie".

Comment ça marche

"Il s’agit de remplacer les vannes des radiateurs par de nouvelles vannes connectées, sans pile et sans fil", poursuit Xavier Hang. Pour faire simple, ces vannes vont recevoir les ordres d’un système central, sorte de calendrier établi à l’avance. "Vous déterminez exactement ce que vous souhaitez, et au moment voulu, à l’endroit souhaité, le chauffage se met en route". Jean-Philippe nous laisse jeter un œil sur son smartphone, là où se trouve l’application Snugr. Ses préférences s’affichent : 20 degrés dans son bureau, 16 pour la véranda, 21 à la cuisine. Et si quelqu’un veut prendre un bain, dans 10 minutes ? "Pas de problème : je change les préférences pour que le chauffage s’enclenche".

Direction l’UMons, bâtiment VI, celui des futurs médecins. L’immeuble est ancien, certainement pas le mieux isolé du site. "Avant, il arrivait qu’on laisse le chauffage tourner à fond tout un week-end, dans un labo, un auditoire, suite à un oubli ou parce qu’une vanne était bloquée", explique Jérome Jouniaux, "Monsieur Energie" à l’UMons. Cette époque est révolue. La moitié du bâtiment VI (toutes les salles de classe, les labos, les auditoires) est désormais équipée de vannes connectées. Là encore, les vannes sont reliées à un calendrier.

"C’est notre planning de réservation des locaux. Regardez ici, local 221 : les élèves arrivent à 11h30. La température va grimper d’ici là. Puis le chauffage se mettra à l’arrêt, pendant la pause midi, pour reprendre un peu avant 14 heures". Et en cas d’urgence, de TP non prévu dans les plannings ? Faudra-t-il travailler avec des gants, un bonnet ? "On a prévu ce cas de figure", répond Xavier Hang. "Appuyez sur ce bouton, contre le mur. Il déclenchera le chauffage. Le temps par exemple que les équipes de nettoyage passent dans ce laboratoire".

Des centaines de vannes ont été remplacées
Jérôme Jouniaux, Energy Manager à l’UMons

Combien ça coûte

C’est toujours le nerf de la guerre. Et la domotique, pour Monsieur et Madame Toutlemonde, ça coûte très cher. Alors, parlons chiffres ! "J’ai payé environ 1200 euros pour changer les vannes de mes chauffages et acquérir le boîtier central", explique Jean-Philippe.

A-t-il fait des économies en retour ? (La société 4Inch parle d’un gain allant jusqu’à 40%) "Entre 25 et 30%, facilement, sur ma facture énergétique". Même exercice de transparence à l’université. "Adapter nos installations a coûté environ 20.000 euros, parce que nous avons beaucoup de vannes", précise Jérôme. "En matière d’économies d’énergie, c’est un peu difficile à estimer, d’autant qu’il y a eu le confinement, mais je dirais une vingtaine de pourcents". "On ne fait pas de promesse aux gens, car leur comportement va être déterminant dans leur consommation. Si vous chauffez en permanence toutes vos pièces à 25 degrés, vous ne ferez pas d’économies", précise encore Xavier Hang. "Mais la plupart des clients constatent une diminution très nette".

D’autres types de gains méritent d’être signalés, pointe Jérôme Jouniaux : "le temps et la maintenance". "Dans les nouvelles vannes, il n’y a plus de pile. Pour un particulier, ce n’est pas grave de changer une pile de temps en temps, dans une vanne. Mais nous avons des centaines de vannes ! Ne plus devoir y toucher nous permet d’économiser un temps fou, sans parler de l’impact positif sur l’environnement".

4Inch

Une solution plus verte

La société 4Inch a obtenu en novembre dernier le label "Solar Impulse Efficient Solution". Derrière ce label, on retrouve Bertrand Piccard, l’homme qui a réalisé un tour du monde à bord d’un avion qui "carburait" à l’énergie solaire. Il avait promis de dénicher, aux quatre coins du monde, 1000 solutions propres et rentables pour la planète. Snugr, le "chauffage intelligent" made in Belgium (avec des composants achetés en Allemagne et en France), figure au rang de ces solutions labellisées.

L’avion de Bertrand Piccard
L’avion de Bertrand Piccard Fondation Solar Impulse

Mais cet impact positif sur l’environnement, est-ce un argument de vente en 2021 ? Les clients veulent-ils remplacer leurs vannes pour polluer moins ? "Ce n’est pas leur motivation première, soyons honnêtes", analyse Xavier Hang. "Les gens veulent avant tout du confort, et des économies financières. L’impact sur l’environnement, c’est en quelque sorte la cerise sur le gâteau". Les administrations publiques, les grandes structures comme les universités, les hôpitaux, se montrent plus réceptives à l’argument "climat". "Des échevins ou conseillers énergie dans les collectivités connaissent bien ce label", constate Xavier Hang, "cela nous amène de la visibilité et de la crédibilité. Ça rassure de savoir que ce que nous racontons a été testé, vérifié". Pour cette jeune société, le label est une reconnaissance et l’espoir de nouveaux marchés. La société 4Inch emploie actuellement quatre personnes sur le zoning Qualitis à Enghien.

Déjà 1300 solutions labellisées partout dans le monde
Déjà 1300 solutions labellisées partout dans le monde Fondation Solar Impulse
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