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Entre pouvoir d’achat, immigration et rejet des institutions : le succès de Marine Le Pen en Corse

Les électeurs corses ont majoritairement voté pour Marine Le Pen le 24 avril 2022.
26 avr. 2022 à 15:06 - mise à jour 26 avr. 2022 à 18:13Temps de lecture3 min
Par Africa Gordillo

La Corse a majoritairement voté pour Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle française, ce dimanche 24 avril. Avec 58,08% des suffrages, la candidate du Rassemblement national a réalisé 16 points de mieux que le président sortant Emmanuel Macron. Ce score est une non seulement une image inversée du résultat électoral de la France métropolitaine mais aussi le scénario opposé de l’élection présidentielle de 2017. Comment expliquer ce résultat ? A l’instar des résultats à Mayotte, la Réunion ou en Guyane, le discours de Marine Le Pen sur le pouvoir d’achat et la défiance démocratique ont fait mouche auprès des électeurs de l’île de Beauté.

Bertrand Massart – RTBF

Le pouvoir d’achat

Même si la candidate du Rassemblement national n’est pas allée défendre elle-même son programme pendant la campagne électorale, ses idées ont percolé en Corse. Elles ont trouvé un terreau favorable sur cette île où le chômage s’élevait à 6,3% au dernier quadrimestre de 2021 et, surtout, où le taux de pauvreté est important. Après Mayotte, la Guyane et la Réunion, la Corse figure parmi les figures les plus pauvres de France.

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Selon l’Institut français de la statistique et des études économiques, l’Insee, Le taux de pauvreté est de 18,5% sur l’île alors qu’il s’élève en moyenne à 15,1% en France métropolitaine. La population de l’île augmente presque trois fois plus vite qu’en France mais le niveau de vie est parmi les plus faibles de France. L’île de Beauté ne l’est pas pour tout le monde.

Autre élément éloquent, les régions avec le plus faible niveau de vie sont celles qui ont voté pour Marine Le Pen (niveau de vie annuel médian en 2018). Le résultat de la Corse avoisine ceux des Hauts de France, de la Réunion, de la Guyane, de la Guadeloupe et de Mayotte, en bas du tableau ci-dessous.

En Corse, le niveau de vie est parmi les plus faibles de France.
En Corse, le niveau de vie est parmi les plus faibles de France. Insee

"Le succès de Marine Le Pen en Corse s’explique tout d’abord par la question du pouvoir d’achat que la candidate du RN a mis au cœur de sa campagne. Marine Le Pen a profité de l’absence de formation de gauche pour lesquelles le pouvoir d’achat est l’un des thèmes de prédilection et elle a réussi à attirer un électorat intéressé par ces thèses", analyse le politologue du CRISP, le Centre de recherche et d’information sociopolitique, Benjamin Biard.

Dans son programme, la candidate d’extrême droite promettait un "panier des Français" moins cher, une amélioration du pouvoir d’achat de l’ordre de quelque 200 euros par mois via des mesures comme la baisse de la TVA sur une centaine de produits de première nécessité ou sur les prix de l’énergie.

L’immigration

La question de l’immigration a également pesé dans le choix des électeurs corses : "L’immigration est européenne et marocaine sur l’île. Compte tenu du discours historique du Rassemblement national, on comprend pourquoi les électeurs ont choisi Marine Le Pen… même si elle n’est pas favorable à l’indépendance corse", poursuit Benjamin Biard.

Selon le recensement publié par l’Insee l’été dernier, portant sur des données de 2018, un habitant sur dix est immigré, ce qui fait de la Corse la troisième terre d’immigration en France, après la région Île-de-France et celle de Provence-Côte d’Azur. Les étrangers sont européens à 54,4% (Portugal, Italie…) et ensuite africains à 42% (surtout originaires du Maroc). Ces immigrés sont principalement des hommes qui viennent pour travailler.

Dans son programme, Marine Le Pen promettait de s’attaquer à l’immigration et à l’identité nationale par voie de référendum. Au menu également, une diminution considérable des arrivées sur le sol français en raison de liens familiaux ou du droit d’asile. En toile de fond, la préférence nationale.

Défiance et vote anti-Macron

"En Corse", ajoute Benjamin Biard, "l’agression en prison et la mort d’Yvan Colonna ont également pu jouer, de manière paradoxale. Yvan Colonna a en effet été condamné pour un crime à l’encontre d’un dépositaire de l’autorité que le Rassemblement National a défendu".

De la même manière, il ne faut sous-estimer ni la défiance démocratique, ni le vote anti-Macron. "La défiance démocratique n’est pas spécifique à la Corse mais elle y est bien réelle. Deux partis nationalistes corses ont appelé tout de même au boycott de l’élection présidentielle, dans l’entre deux tours. Pour ce qui est du vote anti-Macron, les résultats sont clairs en 2022 mais en 2017 déjà, le score réalisé par Emmanuel Macron sur l’île était inférieur à celui réalisé en France métropolitaine", commente le politologue du CRISP.

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