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Eric Niyndu, conseiller du président Tshisekedi : "Nous avons besoin du soutien diplomatique de la Belgique"

Eric Niyndu, directeur de communication du président congolais Félix Tshisekedi.

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Par V. de Thier, sur base d'une interview de G. Kounda

La RDC a participé la semaine dernière au sommet Afrique – États-Unis, organisé à l’initiative de Joe Biden à Washington. Un sommet durant lequel la Maison Blanche a réaffirmé le souhait de renforcer ses liens avec l’Afrique, notamment le Congo, face à la percée chinoise et russe.

Les États-Unis et la RDC ont notamment convenu de travailler ensemble sur la transition énergétique, avec l’exploitation et la transformation du cobalt, du lithium, manganèse à l’est du Congo. Autre sujet abordé lors de ce sommet : le contexte d’insécurité qui règne au Kivu. Le président Félix Tshisekedi en a profité pour appeler le Rwanda, encore une fois, à cesser de soutenir les rebelles du M23, un groupe armé qui sème la terreur depuis un an au Nord Kivu.

Nous avons interrogé Eric Niyndu, le directeur de communication du président congolais, à son retour de Washington.

G.K. Quels sont les projets en cours entre les États-Unis et la RDC ?

E.N. Nos interlocuteurs américains l’ont dit clairement : ils veulent renforcer leurs partenariats avec l’Afrique car les enjeux mondiaux doivent aujourd’hui être traités de façon multilatérale. C’est le retour du multilatéralisme dans les propos de l’administration Biden, notamment pour la question des enjeux climatiques. Les États-Unis nous voient comme un pays stratégique qui peut leur permettre de rationaliser leur chaîne d’approvisionnement en matériaux et effectuer leur transition écologique, notamment dans la construction des batteries. C’est pourquoi un protocole d’entente a été signé entre les États-Unis, la Zambie et la RDC.

G.K. En quoi consiste ce partenariat ?

E.N. Il vise à créer une chaîne de valeurs pour passer de l’exploitation de matériaux – le cobalt, le coltan et le manganèse – à la transformation, voire la construction des batteries au Congo. Ce dispositif doit permettre d’avoir des gains et des dividendes sur la plus-value de la chaîne de production. […] De ce point de vue là, il y a une concordance d’intérêts. Les États-Unis ne veulent plus dépendre à 100% des fournisseurs asiatiques. De notre côté, nous voulons créer des emplois chez nous et gagner des dividendes sur la plus-value.

G.K. Ce partenariat se fera-t-il au détriment d’autres, passés notamment avec la Chine ?

E.N. Non, cela viendrait les compléter. C’est une nouvelle philosophie. Les États-Unis sont les premiers à répondre à notre appel, mais cet appel est lancé à tout le monde. Qu’il s’agisse des Chinois, des Turcs ou même des Belges, nous leur disons : amenez votre technologie, mais ce que nous voulons c’est travailler chez nous et créer des usines chez nous. Pas seulement être un pays d’extraction et d’exportation.

On ne discute pas avec des gens qui ne veulent pas déposer les armes.

G.K. La situation actuelle au Kivu, dans l’est du Congo, a également été abordée…

E.N. Nous avons effectivement eu des échanges avec les différents membres de l’administration Biden à ce sujet. À chaque fois le discours a été le même : il faut que les États-Unis s’intéressent davantage et s’impliquent plus fortement dans la résolution de ce conflit. La première chose à faire est de mettre la pression sur le Rwanda afin que ce pays cesse le soutien qu’il apporte au M23. C’est la clé. Aujourd’hui le M23, refuse de déposer les armes. Or, c’est la condition première pour entamer un processus de paix. C’est pourquoi le gouvernement refuse de discuter avec eux actuellement.

G.K. Ce sommet a d’ailleurs été le théâtre d’une interpellation assez franche du secrétaire d’État américain Anthony Blinken à l’égard du président rwandais Paul Kagame. Trouvez-vous que la Belgique a été aussi franche dans sa communication sur ce sujet ?

E.N. Il faut le dire, et nous la remercions pour cela, la Belgique a été l’une des premières à souligner l’impératif du respect de la souveraineté de la RDC, notamment sa Majesté le Roi lorsqu’il est venu en déplacement à Kinshasa en juin dernier, mais également le Premier ministre Alexandre De Croo. Ce soutien a touché les Congolais. Je pense que les autorités belges ont déjà fait leur part en tant qu’allié du Congo, mais elle pourrait faire plus. Nous avons besoin de leur soutien diplomatique dans les instances internationales.

G.K. Qu’attendez-vous concrètement de la Belgique ?

E.N. Nous voulons que la Belgique nous aide pour des points bien précis. Premièrement lorsque des résolutions aux Nations-Unies portent sur l’insécurité à l’est du pays, que la Belgique soutienne la position du Congo. Celle de dire qu’il faut qu’il n’y ait plus de soutien extérieur aux groupes armés, à commencer par le soutien du Rwanda au M23. Le deuxième point concerne le système de notification pour l’approvisionnement en armes de l’armée congolaise. Au départ, ce dispositif servait à empêcher le trafic d’armes vers les groupes armés. Mais aujourd’hui, il empêche l’armée congolaise de pouvoir s’équiper et de pouvoir faire face à l’agression du M23. Nous avons besoin du soutien diplomatique de la Belgique pour faire sauter ce verrou du côté du Conseil de sécurité de l’ONU.

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