Belgique

Essence, diesel, mazout, gaz et électricité : où en sont les prix par rapport à février dernier ?

14 août 2022 à 14:55 - mise à jour 15 août 2022 à 15:30Temps de lecture5 min
Par Jean-François Noulet

A la pompe, les prix des carburants automobiles sont inférieurs au seuil psychologique de 2 euros par litre, près de six mois après le déclenchement des hostilités entre la Russie et l’Ukraine. Le diesel et l’essence ont retrouvé, pour le moment, des niveaux de prix d’avant le conflit russo-ukrainien. C’est, cependant, en grande partie dû à la baisse des accises décidée appliquée par le gouvernement.

Le gasoil de chauffage, lui, voit aussi son prix diminuer, sans pour autant avoir déjà retrouvé les niveaux de février dernier.

Pour les prix de ces produits pétroliers, les perspectives restent incertaines.

De leurs côtés, le gaz et l’électricité continuent d’être à des niveaux élevés et offrent encore moins de perspectives encourageantes pour le portefeuille des ménages.

Essence, diesel : sous les 2 euros le litre

www.energiafed.be

Ces derniers jours, les automobilistes font probablement un peu moins la grimace lorsqu’ils font le plein. Les prix des carburants ont retrouvé des niveaux qu’on n’avait plus vus depuis plusieurs mois. L’essence 95 se trouve dans certaines pompes aux environs d’1,70 euros le litre. Le diesel, lui, un peu plus cher que l’essence, est aussi descendu à des niveaux inférieurs à 2 euros le litre, aux alentours des 1,90 euros.

Ces prix sont cependant artificiels et sont en partie le reflet de la décision, prise en mars dernier par le gouvernement d’abaisser les accises de 17,5 cents par litre pour l’essence et le diesel. "On se retrouve au prix qu’on connaissait le 26 février, mais c’est un prix quelque part artificiel puisque ce ne sont pas les cotations qui ont fait qu’on a retrouvé ces niveaux-là, mais la baisse d’accises de 17,5 cents au litre", fait remarque Olivier Neirynck, Directeur technique de la Brafco. "Si l’on n’avait pas eu ces baisses d’accises, notre litre de diesel serait encore toujours aujourd’hui au-dessus des 2 euros psychologiques", ajoute Olivier Neirynck.

© www.energiafed.be

Le gasoil de chauffage, lui, connaît aussi un mouvement de prix à la baisse. C’est assez traditionnel en été en raison d’une plus faible demande. Cependant, le prix du mazout n’a pas encore rejoint le niveau d’avant la guerre en Ukraine. Pour une livraison de plus de 2000 litres, le prix est de 1,184 le litre. Mi-février, il se situait à 0,919 euro le litre.

"On n’a pas encore ré-atteint les niveaux d’avant-guerre en Ukraine, mais on a été beaucoup, beaucoup plus haut. On a été jusqu’à 1,527 euros le litre, le 17 juin. C’est le sommet qu’on a connu pour redescendre aujourd’hui à 1,18 euros le litre", fait remarquer Olivier Neirynck.

Pour le prix du mazout, il n’y a pas d’effet "baisse des taxes", comme pour l’essence ou le diesel. "Il n’y a pas d’accises à proprement parler sur le gasoil de chauffage. Il y a une cotisation de l’énergie et une redevance de contrôle", rappelle Olivier Neirynck. "L’Europe nous interdit d’y toucher", ajoute-t-il. "On ne peut pas non plus toucher à la TVA comme on peut le faire pour l’électricité ou le gaz sous peine d’être obligé de majorer la cotisation de l’énergie et la redevance de contrôle", précise le Directeur technique de la Brafco. "Le gain de diminution de la TVA serait annulé par cette augmentation", poursuit-il.

Le gouvernement a préféré opter pour un chèque de 225 euros par ménage. Cela n’influence donc pas le prix du mazout qui diminue donc plus lentement que ceux de l’essence ou du diesel.

© www.energiafed.be

Un marché pétrolier aux réactions épidermiques, mais rassuré sur l’approvisionnement

La baisse des accises sur l’essence et le diesel accentue une diminution des prix provoquée par une amélioration sur les marchés pétroliers. Sur le marché de Rotterdam, où se fixent les prix des produits finis, l’annonce de l’Europe d’appliquer un embargo sur le pétrole russe avait provoqué des soubresauts. La situation semble s’apaiser. "Aujourd’hui, le marché se calme parce que les pétroliers ont trouvé les alternatives qu’il fallait pour pouvoir se passer du pétrole russe dès le mois de décembre, puisque l’embargo sera total à partir de décembre 2022", explique Olivier Neirynck.

L’approvisionnement en pétrole semble donc assuré. "Il n’y aura pas, pour le pétrole, à l’inverse du gaz naturel, le moindre risque de pénurie", rassure Olivier Neirynck.

En revanche, rien ne dit que les prix du pétrole ne repartiront pas à la hausse dans les prochaines semaines et mois. Le baril de brut est plus que jamais fortement influencé par le contexte géopolitique. La visite de Nancy Pelosi, la présidente du Congrès américain, à Taïwan a fait prendre 4 dollars au baril de brut en une demi-heure. Plus récemment, les cours du brut ont joué au yo-yo à cause des incertitudes liées à la visite d’experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur le site de la centrale de Zaporijia en Ukraine.

Pas d’embellie en vue pour le gaz et l’électricité

© www.creg.be

"On est très loin d’avoir un retour à la normale, c’est même le contraire", réagit Quentin Gonay, le Directeur technique de Wikipower, spécialisé dans les achats groupés et les comparaisons de tarifs, quand il évoque l’évolution des prix du gaz et de l’électricité pour les consommateurs.

"Sur les marchés de gros, par rapport à la période pré-covid, on est à X10 ou X11, que ce soit pour l’électricité ou pour le gaz", explique Quentin Gonay. Pour les consommateurs, une fois que les autres composantes de la facture sont intégrées, telles les taxes, surtaxes et frais de distribution et de transport, "pour le consommateur, cela se traduit par du X2, du X3 ou du X4 par rapport à sa facture mensuelle", précise Quentin Gonay.

Les prix du gaz et de l’électricité avaient déjà grimpé à la sortie de l’épidémie de Covid. La guerre en Ukraine a accentué le phénomène. "Par rapport au 24 février, on a environ du X3 sur les marchés de gros par rapport à la période juste avant la guerre en Ukraine", note Quentin Gonay.

La menace qui pèse sur l’approvisionnement de l’Europe en gaz en raison de la dépendance au gaz russe influence les prix à la hausse.

Actuellement, pour un ménage wallon, le gaz se paye "13 cents du kWh, hors taxes, surtaxes et frais de distribution", explique Quentin Gonay. "En période classique, normale, on est autour de 2 cents du kWH", ajoute-t-il.

Le prix du gaz influence lui-même celui de l’électricité. En effet, le prix de l’électricité dépend du coût de la dernière unité de production d’électricité qui se met en route pour garantir l’approvisionnement en électricité du réseau. C’est pratiquement toujours une centrale au gaz, facile à mettre en route et à arrêter, qui est utilisée pour équilibrer le réseau électrique. Puisque le gaz utilisé est cher, l’électricité l’est donc aussi. "Malheureusement, tant qu’il y aura des problèmes au niveau du gaz, il y en aura sur l’électricité", avertit Quentin Gonay, de Wikipower.

La facture d’électricité des ménages déjà lourde, risque encore de s’alourdir. En Wallonie, "en 2020, un ménage payait entre 800 et 1000 euros en électricité pour une consommation moyenne. En juin 2022, on était déjà à 1500 euros", résume Quentin Gonay. C’est une moyenne. Certains clients qui ont des contrats variables sont probablement déjà au-dessus de ce montant. Les clients encore en contrats fixes échappent encore à ce mouvement haussier, mais ils seront rattrapés dès que leur contrat sera arrivé à terme et remplacé par un contrat variable, puisque les fournisseurs d’énergie ne proposent plus de contrats fixes.

Par rapport à fin juin, le marché a encore pris 50%. Et il faut s’attendre à ce que les tarifs augmentent encore dans les prochains mois. Mieux vaut donc comparer les offres des fournisseurs. Entre le contrat le moins avantageux et le plus avantageux, il peut y avoir une différence de quelques centaines d’euros. Tout dépend donc d’où on se situe entre ces extrêmes.

 

© www.creg.be

Baisse du prix de l essence : une vraie tendance?

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

Faire le plein d’essence coûtera plus cher dès ce vendredi

Prix de l'énergie

Ces bons gestes au volant pour économiser du carburant

Mobilité

Articles recommandés pour vous