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On n'est pas des pigeons

Est-ce que le circuit court échappe à la hausse des prix ?

Circuit court et hausse des prix

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A priori, la filière des petits producteurs locaux est largement immunisée par rapport à la crise politique et alimentaire mondiale. Mais la réalité est plus compliquée...

Dans les magasins de circuit court, en principe, on ne trouve pas du pain fabriqué avec des céréales ukrainiennes, des légumes cultivés grâce à des engrais russes ou des haricots qui ont fait le tour de la terre en avion avant d’arriver chez nous.

Camille Eickhoff, boulangère d'aujourd'hui, boulangère d'antan

Camille Eickhoff, boulangère, ouvre son four à pain.
Camille Eickhoff, boulangère, ouvre son four à pain. Tous droits réservés

"Je vise l’autonomie", explique Camille Eickhoff, en enfournant quelques bûches dans son four à pain. "Ce bois, je l’achète sur place, à un propriétaire voisin. Pour l’instant, le prix n’augmente pas. En tout cas, c’est sans commune mesure avec le prix de l’électricité qui a explosé ces derniers mois."

Entrer dans la boulangerie artisanale des Jardins d’Arthey (La Bruyère), c’est un voyage dans le temps, cent ans en arrière. Camille ne produit d’ailleurs que 300 pains par semaine. Un peu comme le boulanger de village d’antan. Ils sont principalement vendus dans une grange aménagée en magasin, juste à côté de sa boulangerie.

Et ses céréales, d’où viennent-elles ? "Je me fournis dans un moulin artisanal situé à 30 kilomètres d’ici, à Ferrières. Ce moulin par contre n’est pas à l’abri du contexte international, parce qu’il fonctionne à l’électricité. La farine me coûte plus cher depuis quelques mois."

Camille hésite à répercuter cette augmentation de charges sur le prix de ses pains. "Mais je crois que je vais devoir le faire", dit-elle.

Le prix des farines locales augmente aussi

Production au Moulin de Ferrières.
Production au Moulin de Ferrières. Tous droits réservés

Jadis, le moulin de Ferrières fonctionnait grâce à une roue à aubes.

Nous vendons nos farines environ 10% plus cher que l’année dernière.

Aujourd’hui, la meule tourne grâce à un moteur électrique pour assurer plus de régularité dans la production. "Et c’est vrai que notre facture énergétique a augmenté de 40%", explique le gérant Stéphane Dormal." Nous vendons nos farines environ 10% plus cher que l’année dernière."

Et cela risque de ne pas s’arranger l’année prochaine. Car le moulin de Ferrières a beau acheter ses céréales à des producteurs locaux situés dans un rayon de 25 kilomètres, les prochaines moissons coûteront plus cher aux agriculteurs à cause du prix des carburants. Les machines agricoles consomment beaucoup de diesel. "Par contre", insiste Stéphane Dormal, "ces petits producteurs bios ne doivent pas acheter des engrais sur les marchés internationaux. Et ça, c’est un avantage par rapport à l’agriculture traditionnelle aujourd’hui." La Russie est en effet le deuxième exportateur mondial d’engrais azoté. Et depuis le début de la guerre, les prix sur les marchés internationaux grimpent en flèche.

"Un petit motoculteur, ça ne va pas nous ruiner en essence"

Sébastien Petit à la coopérative des jardins d’Arthey.
Sébastien Petit à la coopérative des jardins d’Arthey. Tous droits réservés

Dans la coopérative des jardins d’Arthey, il y a aussi un hectare de maraîchage bio et circuit court. "Nous vendons nos légumes dans un rayon de 10 kilomètres", explique Sébastien Petit. "C’est vrai que le plein de diesel de notre camionnette nous coûte 150 euros au lieu de 100 il y a quelque mois. Mais c’est marginal dans nos coûts."

Les légumes sont récoltés à la main. Il n’y a pas de gros engins agricoles dans cette exploitation. "Et ce n’est pas notre motoculteur qui va nous ruiner." Peu mécanisée, l’exploitation est par contre gourmande en main-d’œuvre. Or, les salaires sont indexés pour suivre l’inflation. "Heureusement, nous fonctionnons avec des bénévoles ou des stagiaires", explique Sébastien. Actuellement, par exemple, nous avons deux jeunes qui font un service citoyen dans notre exploitation."

Totalement à l’abri de la crise internationale, alors, les maraîchers d’Arthey ? "Pas tout à fait", nuance Sébastien Petit. "Nous avons besoin d’arceaux en acier et de plastique pour construire ou réparer nos serres. Et ces matériaux coûtent beaucoup plus cher qu’avant."

Un écart de prix qui se réduit avec la grande distribution ?

Récolte de chicons à la coopérative des jardins d’Arthey.
Récolte de chicons à la coopérative des jardins d’Arthey. Tous droits réservés

"Les petits producteurs locaux, qui visent une certaine autarcie, ne sont pas hors du monde, sur une île déserte", résume Benoit Dave, administrateur de la coopérative Paysans-Artisans. "Mais les coûts augmentent certainement moins que dans l’agriculture traditionnelle." Ce qui pourrait se traduire par une réduction de l’écart entre les prix de l’alimentation en grande surface et ceux des magasins de circuit court. Un écart qui reste très important si on compare avec les produits issus de l’agriculture intensive. Les chicons des jardins d’Arthey, par exemple, sont vendus 6,50 euros le kilo. En grande surface, il y a moyen de trouver des chicons à moins de 2,50 euros le kilo. "Mais on ne compare pas des choses comparables", relève Benoit Dave. "Regardez le prix des chicons pleine terre et bios en grande surface, et vous constaterez que les magasins de circuit court comme Paysans-Artisans sont tout à fait compétitifs."

Cela mériterait une enquête à part entière. Nous avons tout de même vérifié pour les chicons. Sur Delhaize en ligne, les chicons bios sont affichés à 6,98 euros le kilo et à 5,38 euros chez Colruyt.


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