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États-Unis : qui est Ketanji Brown Jackson, la première Afro-Américaine à la Cour suprême ?

08 avr. 2022 à 09:425 min
Par Maxime Fettweis avec AFP

Elle restera la première juge Afro-Américaine à occuper le poste de magistrate dans la plus haute instance juridique des États-Unis. Le Sénat américain a confirmé la nomination de Ketanji Brown Jackson, 51 ans, ce jeudi 7 avril 2022. Elle sera aussi la sixième femme à siéger à la Cour suprême et la troisième personne noire lorsqu’elle remplacera le juge Stephen Breyer, 83 ans, qui prendra sa retraite à la fin du mois de juin.

Avec elle, pour la première fois les hommes blancs ne seront plus une majorité à siéger dans cette éminente instance juridique puisque quatre femmes et un homme noir, Clarence Thomas (73 ans), constitueront la cohorte des 9 magistrats nommés. C’est aussi le premier pas du président Joe Biden vers son objectif de rendre les tribunaux plus à l’image de l’Amérique.

Le président Biden a d’ailleurs vanté à plusieurs reprises les "qualifications extraordinaires" de cette diplômée d’Harvard, qui possède une expérience dans le privé et le public ; et a été avocate et juge fédérale. L’actuel président américain avait aussi vanté sa "vaste expérience", son "intellect" et son "bilan rigoureux de juge". Mais qui est-elle réellement ? On fait le point.

La justice au cœur de son histoire familiale

Elle le dit elle-même, Ketanji Brown Jackson a une "expérience de vie un peu différente" de ses collègues, et pas seulement parce qu’elle est noire. Alors que la plupart des juges nommés à la Cour suprême ont fait leur expérience en tant que procureur, cette cinquantenaire née à Washington D.C. le 14 septembre 1970 a longtemps travaillé du côté des accusés.

Elle grandit d’abord dans une famille plutôt stable à Miami. Ses parents, enseignants, lui apprennent la rigueur et lui inculquent le sens de la justice. Au cours de sa jeunesse, son père reprend des études de droit afin de devenir juriste dans un conseil d’école au même moment où sa mère devient directrice. Elle a rappelé durant son audition au sénat que ses parents ont connu la ségrégation raciale à l’école primaire. Mais les conquêtes des droits civiques leur ont permis de faire des études supérieures.

La jeunesse de la jeune Ketanji est brillante. Dès le secondaire, elle brille dans les concours d’éloquence et se fait remarquer pour ses bonnes prédispositions scolaires au lycée Palmetto de Miami, qui a aussi vu passer le sulfureux fondateur d’Amazon, Jeff Bezos.

Au-delà de la reconversion de son père, le droit l’a marquée dès qu’elle a atteint la majorité. En 1989, alors qu’elle est âgée de 19 ans, Thomas Brown, l’un de ses oncles écope d’une peine de prison à vie après avoir été arrêté avec 14 kilos de cocaïne sur lui. Cette lourde sanction est due à une loi très répressive de l’époque, imposant automatiquement une peine à perpétuité lorsqu’un prévenu avait commis trois infractions aux lois sur les stupéfiants.

Thomas Brown sera remis en liberté comme 78 autres détenus dans son cas en 2016, alors que Barack Obama est à la tête du pays. Mais l’oncle de Ketanji Brown Jackson mourra peu de temps après sa libération. Bien qu’éloignée de ce parent, elle sera marquée par les répercussions de cet événement et l’impact "de la loi sur la vie des gens", a raconté l’un de ses proches au Washington Post.

Son petit frère a par ailleurs travaillé comme agent infiltré dans les milieux de la drogue pour la police de Baltimore avant de s’engager dans l’armée américaine en Irak.

Elle a fait ses études de droit à Harvard et pris des cours de théâtre. Certaines rumeurs racontent qu’elle y aurait même croisé un certain Matt Damon.

"Les présidents ne sont pas des rois"

Mais son profil atypique ne tient pas que dans son expérience familiale. Fait inédit pour une investiture à la Cour suprême, elle a travaillé durant deux ans comme avocate commise d’office pour les prévenus sans revenus dans sa ville natale de Washington. C’est là qu’elle s’est rendu compte que les citoyens américains auprès desquels elle travaillait ne connaissaient que très peu le droit américain. Une fois devenue juge, elle s’appliquera ensuite à expliquer minutieusement les décisions aux condamnés.

Elle sera ensuite greffière aux côtés du juge Breyer, à qui elle va succéder à la Cour suprême. Elle poursuivra par la suite une carrière d’avocate dans le public et le privé ainsi qu’à la Commission des peines, une agence indépendante chargée d’harmoniser la politique pénale aux États-Unis.

C’est en 2013 que le président démocrate Barack Obama la nomme juge fédérale à Washington. Au cours des huit années suivantes, elle rend des dizaines de décisions. Lorsque son nom est évoqué, une phrase emblématique revient régulièrement : "Le principal enseignement des 250 ans d’Histoire américaine, c’est que les présidents ne sont pas des rois". Ce sont les mots qu’elle écrit en 2019, au cours d’une affaire liée aux tentatives d’obstruction de l’ancien président Donald Trump dans l’enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016.

Plus récemment, son nom figure aussi parmi ceux qui ont estimé que l’ancien président n’avait aucun droit à s’opposer au transfert de documents de la Maison-Blanche à la commission qui enquête sur l’invasion du Capitole.

Les Républicains dénoncent son "laxisme" et son "empathie"

Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Joe Biden la nomme au sein de l’influente Cour d'appel fédérale de Washington, considérée comme un tremplin pour la Cour suprême.

Mère de deux filles et mariée à un chirurgien, Ketanji Brown Jackson a un lien familial par alliance avec le président républicain de la Chambre des représentants sous Donald Trump, Paul Ryan. Il la présente avec des louanges sur son intelligence, sa personnalité et son intégrité. "Nos convictions politiques divergent mais mon admiration pour l’intellect, la personnalité et l’intégrité de Ketanji est absolue", a-t-il déclaré dans une phrase qui détonne dans le contexte d’ultra-polarité qui traverse la politique américaine.

Mais l’actuel camp républicain au Sénat n’est pas aussi élogieux. Selon Mitch McConnel, chef du groupe minoritaire au Sénat, Ketanji Jackson Brown à la Cour suprême était "le choix préféré des sombres intérêts financiers de l’extrême gauche". Lors des questions de sénateurs avant la validation de son poste à la plus haute instance juridique américaine, les républicains ont aussi usé de l’angle d’attaque d’une juge "laxiste". Ils ont notamment évoqué une trop importante "empathie" chez la candidate alors pressentie, revenant notamment sur son expérience d’avocat commise d’office.

Le président américain Joe Biden félicite Ketanji Brown Jackson après le vote du sénat, le 7 avril 2022.
Le président américain Joe Biden félicite Ketanji Brown Jackson après le vote du sénat, le 7 avril 2022. MANDEL NGAN / AFP

Mère de deux filles et mariée à un chirurgien, Ketanji Brown Jackson a un lien familial par alliance avec le président républicain de la Chambre des représentants sous Donald Trump, Paul Ryan. Il la présente avec des louanges sur son intelligence, sa personnalité et son intégrité. "Nos convictions politiques divergent mais mon admiration pour l’intellect, la personnalité et l’intégrité de Ketanji est absolue", a-t-il déclaré dans une phrase qui détonne dans le contexte d’ultra-polarité qui traverse la politique américaine.

Mais l’actuel camp républicain au Sénat n’est pas aussi élogieux. Selon Mitch McConnel, chef du groupe minoritaire, Ketanji Jackson Brown à la Cour suprême était "le choix préféré des sombres intérêts financiers de l’extrême gauche". Lors des questions de sénateurs avant la validation de son poste à la plus haute instance juridique américaine, les républicains ont aussi usé de l’angle d’attaque d’une juge "laxiste". Ils ont notamment évoqué une trop importante "empathie" chez la candidate alors pressentie, revenant notamment sur son expérience d’avocat commise d’office.

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