Etudiante en jupe agressée à Strasbourg : pourquoi la police et les médias français émettent désormais des doutes

Elisabeth dit avoir été agressée le 18 septembre dernier, près d'un centre commercial de Strasbourg.

© France Bleu Alsace

08 oct. 2020 à 10:12 - mise à jour 08 oct. 2020 à 13:18Temps de lecture4 min
Par RTBF

L’agression supposée d’une jeune étudiante le mois dernier à Strasbourg est-elle en train de prendre une nouvelle tournure ? Ce mercredi, plusieurs médias français ont émis des doutes quant à la version racontée par Elisabeth, le 22 septembre.

Déclarations évasives, vidéo-surveillance, absence de témoins : plusieurs éléments intriguent les enquêteurs travaillant sur cette affaire, qui avait fait grand bruit à l’époque. Rappel des faits avant d’exposer les zones d’ombre.

Frappée par trois hommes

Le 22 septembre, Elisabeth, étudiante à Strasbourg, dans l’Est de la France, raconte à France Bleu Alsace avoir fait l’objet d’une violente agression quatre jours plus tôt par trois hommes, en pleine rue. Son tort était de porter une jupe, alors qu’il faisait beau, dit-elle.

"Un des trois hommes me dit 'regardez cette pute en jupe'", témoigne l’étudiante, présentant un oeil au beurre noir, auprès de nos confrères. "Je me permets de répondre 'pardon'. Là, ils me répondent 'tu te tais salope et tu baisses les yeux'. Deux m’attrapent chacun par un bras et le troisième me donne un coup de poing au visage. Et après, les trois s’enfuient".

Elisabeth ajoute avoir porté plainte et espère que son récit fera l’objet d’un électrochoc. Son été est devenu "un été des lâches", conclut cette passionnée de patinage.

Le témoignage, filmé, devient viral. Les chaînes d’infos en continu et les réseaux sociaux font le reste. L’affaire prend rapidement une dimension nationale. La presse internationale, également, se saisit du sujet.

Le gouvernement français condamne, par la voie de son porte-parole Gabriel Attal"Il faut que la lumière soit faite sur ce sujet-là, que les coupables soient fermement sanctionnés", dit-il lors d’un point-presse. Pour lui, ces agissements "n’ont pas leur place dans la République". Il ajoute : "En France on doit pouvoir sortir habillé dans la rue comme on veut […]".

La ministre de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, particulièrement attentive aux questions de violence faite aux femmes, se déplace à Strasbourg dès le lendemain de la diffusion du témoignage et annonce le recrutement de 80 "intervenants sociaux". Leur mission : "renforcer l’accompagnement" des femmes victimes de "violences sexistes et sexuelles".

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Une prise de conscience généralisée qui se traduit aujourd’hui par des doutes. Lesquels ? Passage en revue.

1. Des déclarations évasives

C’est une source qui le dit à l’AFP : l’étudiante a été entendue "deux fois" après son dépôt de plainte par les enquêteurs de la sûreté départementale du Bas-Rhin mais ses déclarations ont été évasives.

La presse française révèle par ailleurs que conduite sur les lieux, la jeune femme était incapable de montrer précisément où les faits se sont produits.

2. Rien sur les images de vidéosurveillance

L’agression dénoncée par Elisabeth s’est produite, dit-elle, près du centre commercial Rivétoile et de la Médiathèque Malraux, à Strasbourg. Un quartier fort fréquenté par les jeunes et les étudiants. Mais surtout, balayé par des caméras de surveillance.

Cependant, "après avoir épluché plus de 40 heures de vidéos sur 26 caméras de surveillance, ils (les enquêteurs) n’ont trouvé aucune trace d’une quelconque agression", expliquent nos confrères de BFM TV.

Les Dernières nouvelles d’Alsace vont plus loin : ni l’étudiante ni ses supposés agresseurs tels qu’elle les a décrits n’apparaissent sur les enregistrements. Dans sa description, Elisabeth parle d’un homme grand de forte corpulence, vêtu d’un survêtement noir Adidas, d’un homme mince d’un 1,80 m porteur d’un survêtement foncé et enfin d’un homme au visage allongé, mesurant 1,80 m, vêtu d’un jean troué et de baskets Nike Requin.

3. L’absence, à ce jour, de témoins

Le premier article de France Bleu dit : "Une quinzaine de témoins environ assistent à la scène, mais personne ne réagit ni pendant l’agression, ni après. Personne ne lui demande (à Elisabeth) de nouvelles ou n’appelle les secours."

Comme on peut le lire dans Le Figaro, un appel à témoins a été lancé mais personne n’y a répondu. Surprenant indique une source proche du dossier, surtout compte-tenu de la tempête médiatique et de la prise de conscience actuelle autour de la question des violences faites aux femmes.

4. La téléphonie

En septembre, Elisabeth, dans une autre interview, à BFM TV cette fois, déclare : "J’ai été agressée par trois hommes en rentrant chez moi […] je portais une jupe rouge, je marchais en regardant une vidéo." Elle regardait une vidéo TikTok donc était connectée à un réseau de téléphonie mobile.

Sauf que son téléphone n’a pas borné près de la Médiathèque Malraux ce jour-là mais près de son domicile au moment de l’agression. Pour le journal Les Dernières Nouvelles d’Alsace, cela "indique que l’appareil était chez elle" et non pas sur elle. C’est une autre contradiction par rapport au récit initial.

5. Membre d’un groupe Facebook

L’étudiante strasbourgeoise est membre du groupe Facebook Stras Défense. C’est un collectif qui se présente comme apolitique et qui lutte contre le harcèlement de rue.

Le journal Libération a mené l’enquête et révèle "les relations intrigantes" entre Elisabeth et ce groupe Facebook. Un groupe aux "inclinaisons droitistes" dont Elisabeth fait régulièrement la promotion, ajoute le quotidien de gauche. Elle en est même une des modératrices. Cache-t-elle donc un agenda idéologique ? La question est posée.

Le fondateur de Stras Défense, Victor Faller, répond aux Dernières Nouvelles d'Alsace que "la sécurité est un concept universel, qui n’est pas l’apanage de la droite ou de l’extrême droite". "Stras Défense est un mouvement apolitique. Cependant, j’ai conscience des dérives possibles. Étant donné que le groupe est ouvert à tous, des personnes mal intentionnées peuvent s’y inviter. Mais si nous constatons un comportement violent ou agressif, nous n’hésiterons pas à le stopper voire à appeler la police."

6. Conclusion

Conclusion : l’enquête suit son cours, est toujours "classée prioritaire". "Elle est toujours considérée comme une victime", dit-on. Mais les investigations piétinent, trois semaines après les faits.

De son côté, Elisabeth ne souhaite pas commenter les récentes révélations autour des investigations. Elisabeth maintient qu’elle dit la vérité, preuve par l’œil au beurre noir. "Je n’ai rien à ajouter, je ne me suis pas réveillée comme ça le matin", a-t-elle dit à BFMTV, "choquée" par le doute aujourd’hui instillé par la police et la presse.

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