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Européens et Africains en quête à Bruxelles d'un nouveau partenariat

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16 févr. 2022 à 20:08Temps de lecture4 min
Par Belga

Des coups d'État, du djihadisme au Sahel, une faible couverture vaccinale, des flux migratoires, des besoins gigantesques d'investissements, la concurrence de la Chine et de la Russie... : ce ne seront pas les sujets qui manqueront au sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine et de l'Union européenne, ces jeudi et vendredi à Bruxelles, qui doit déboucher sur un nouveau partenariat en vue de 2030.

Ce sixième sommet UE-UA aurait dû se tenir à l'automne 2020, mais il avait été reporté en raison de la pandémie. Il faut donc remonter à 2017, et le sommet d'Abidjan (Côte d'Ivoire) pour une telle réunion au niveau le plus élevé. Malgré l'influence croissante de la Chine et d'autres puissances, l'intérêt de l'Afrique pour ses relations avec l'Europe reste très élevé, exposait mercredi un haut fonctionnaire européen. Pour preuve, pas moins de 40 chefs d'État et de gouvernement sont attendus à Bruxelles. 

"Qu'il s'agisse de commerce, d'investissements étrangers, d'aide au développement, de la lutte contre le covid ou du changement climatique, l'UE reste de loin le partenaire le plus important" pour l'Afrique, a assuré mercredi le Premier ministre Alexander De Croo, devant le comité d'avis du Parlement fédéral pour les affaires européennes. Et l'UE tient à maintenir cette position, car "le contexte géopolitique international nous rappelle quotidiennement combien compte la coopération de bonne foi avec nos voisins".

150 milliards d'investissement européens

La semaine dernière, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a profité d'un déplacement au Sénégal pour confirmer le plan à 150 milliards d'euros que l'UE veut mobiliser d'ici 2027 pour son nouveau partenariat avec l'Afrique, tant en investissements publics que privés. C'est la moitié des efforts mondiaux prévus par l'UE dans le cadre de sa stratégie "Global Gateway", la réponse européenne aux "Nouvelles routes de la soie" chinoises. Les Européens cherchent à se profiler en partenaires "fiables", en insistant sur la "transparence" de leurs procédés et le respect de leurs partenaires dans des projets d'énergie renouvelable, de développement numérique, de croissance et d'emplois durables, d'éducation ou de santé. 

La vaccination au centre des débats

Pandémie oblige, ce dernier thème sera particulièrement observé, parmi les sept qui feront l'objet de discussions en table ronde (une nouvelle méthode censée aboutir sur plus de concret que les habituels discours formels en réunion plénière). Alexander De Croo présidera cette table ronde vendredi, aux côtés du chancelier allemand Olaf Scholz et de Cyril Ramaphosa, le président de l'Afrique du Sud qui appelle à la fin de "l'apartheid vaccinal". Car si plus de 70% de la population européenne est complètement vaccinée, ce n'est encore le cas que de 11% de celle d'Afrique.

L'Afrique du Sud est à la tête de la lutte pour une levée temporaire des brevets sur les vaccins anti-covid, une question que l'Union européenne continue d'esquiver. Les Européens s'en tiennent à l'idée des licences volontaires et à l'aide à la création d'une production africaine de vaccins, dans laquelle elle veut injecter un milliard d'euros. L'UE a en outre déjà livré 145 millions de doses à l'Afrique et compte atteindre les 450 millions d'ici l'été. La Belgique en a livré 11 millions pour sa part, et investit aussi dans les capacités locales. La biotech wallonne Univercells collabore avec l'Institut Pasteur au Sénégal, tandis qu'un projet au Ghana est aussi dans les cartons. Un effort appréciable, selon Alexander De Croo.

La question du Mali sera abordée

Avant ce sommet, le chef du gouvernement fédéral se rendait ce mercredi soir à Paris, où des dirigeants d'Europe et d'Afrique ont été invités par le président Emmanuel Macron pour envisager la situation au Sahel, au Mali en particulier. L'annonce d'un retrait européen du Mali après neuf ans d'intervention militaire contre les djihadistes est probable, en raison des relations exécrables avec la junte au pouvoir à Bamako. La Belgique a déjà indiqué que les conditions n'étaient plus réunies pour le déploiement d'un contingent militaire belge dans la force Takuba, le groupement européen de forces spéciales que la Belgique aurait pu renforcer dans le courant de cette année. 

"Des questions se posent quant à notre partenariat avec certains pays, mais d'un autre côté, le coût pour la communauté internationale d'une réduction de sa présence dans la région pourrait aussi être très élevé", a fait observer M. De Croo, qui cherchera à Paris une meilleure vue "sur la direction que nous prendrons".

Au Mali, où les militaires européens soutiennent depuis des années la lutte contre les groupes djihadistes, une junte militaire a récemment pris le pouvoir et n'est pas disposée à coopérer avec les troupes occidentales. Elle autorise d'ailleurs la présence du groupe de sécurité russe Wagner, des mercenaires actifs également dans d'autres pays d'Afrique et soupçonnée d'être soutenus par le Kremlin. "Nous devons y être attentifs, ça illustre bien les efforts de la Russie pour déstabiliser, à moindre coût, des régions qui sont importantes pour nous", selon un fonctionnaire européen.

Le Mali a été suspendu de l'Union africaine et ne sera donc pas représenté au sommet de Bruxelles, pas plus que le Burkina Faso, le Soudan et la Guinée, eux aussi en proie aux coups d'État.

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