La couleur des idées

Eva Sadoun : « Tout est économie, il faut travailler dessus si l’on veut réenchanter le monde »

Eva Sadoun

© DR

Ce samedi dans la couleur des idées, Pascale Seys reçoit l’économiste, entrepreneuse et activiste Eva Sadoun qui, dans son ouvrage "Une économie à nous" (sous-titré "Changer de regard pour redéfinir les règles du jeu") paru chez Actes Sud invente un nouveau vocabulaire et de nouvelles pratiques pour inverser la courbe des inégalités et lier l’économie à un projet écoféministe. L’ambition de son livre est de rendre l’économie accessible à tous tout en ne lui ôtant pas sa complexité. Elle plaide par ailleurs pour l’enseignement de sa discipline dès le plus jeune âge car "finalement tout est économie, y compris le milieu culturel et celui de la santé".

Pour Eva Sadoun, l’économie doit porter un impératif moral. L’autrice et entrepreneuse militante déplore que celle-ci soit aujourd’hui davantage au service d’intérêts particuliers qu’éthique à proprement parler. Elle démonte le mythe de la prétendue "neutralité" de l’économie, la sélection de ce que devant être le marché par les membres des milieux économiques et financiers n’étant bien évidemment pas quelque chose de neutre ni de déconnectée de leurs intérêts. Preuve en est, le système économique participe pour l’heure à la reproduction des inégalités en favorisant les élites financières. Eva Sadoun va même jusqu’à parler d’une "castisation" du service de l’économie qui se manifeste dans la façon dont les clients sont traités. Par exemple dans les banques il y a ce qu’on appelle le retail qui s’adresse à des usagers dont le patrimoine n’excède en général pas les 100.000€. À ceux-là on propose des produits packagés de type assurance vie. Ceux qui ont les patrimoines les plus importants ont accès quant à eux à des produits financiers qui sont les plus désintermédiés, c’est-à-dire qui leur permettent de faire le plus de rentabilité. Ils bénéficient également de conseils et d’accompagnements de la part des banques auxquels n’ont pas accès les clients "classiques". Tout cela crée un problème de démocratie dans le système économique. Pour y remédier, Eva Sadoun a créé le groupe Rift et Lita.co, deux outils à mettre au service de sa vision de l’économie et du grand public. Rift, application surnommée "le Yuka de la finance" (ndlr, Yuka est une application qui permet de scanner les produits alimentaires et cosmétiques en vue d’obtenir des informations détaillées sur l’impact d’un produit sur la santé) est un moyen de répondre à la crise de la transparence et d’engagement dans le secteur financier en mettant les particuliers en face de l’impact qu’ils ont avec leur épargne. L’application leur permet notamment d’activer des leviers comme celui de demander à leur banque de voter dans tel ou tel sens pour empêcher par exemple des projets d’extraction de voir le jour ou en lui demandant d’arrêter de financer l’industrie textile quand celle-ci est complice de l’esclavagiste des Ouïghours en Chine. "On peut avec cette application choisir des produits d’épargne plus alignés avec nos valeurs en privilégiant des fonds protecteurs de l’environnement, etc. Rift est donc un outil à la fois entrepreneurial et d’activisme mis à la disposition du grand public. C’est aussi une plateforme de contenu qui explique comment fonctionnent les produits d’épargne et la science économique" explique Eva Sadoun. Elle et son équipe ont mené un test édifiant : quand on pose la question de ce que finance leur produit d’épargne et comment ce produit fonctionne, moins d’1% des personnes interrogées sont capables d’y répondre. Pour Eva Sadoun, il y a une volonté d’asservissement qui se manifeste dans le fait de ne pas enseigner l’économie, laissant les décisions importantes aux mains des élites. Pour agir en cohérence avec nos valeurs sur la manière dont on épargne, dont on consomme, dont on investit, il faut avant toute chose se renseigner pour pouvoir agir en connaissance de cause, ceci dans le but de rendre possible la symbiose entre l’éthique, la défense de l’environnement et de la biodiversité, la santé et l’économie. Savoir, c’est le pouvoir.

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de l’entretien mené par Pascale Seys

La couleur des idées

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