Cyclisme

Evenepoel, Uijtdebroeks, Van Wilder : comment la Belgique a façonné sa génération de grimpeurs

© Uijtdebroeks, Van Wilder, Evenepoel, le projet "grimpeurs" de Belgian Cycling porte ses fruits

Cian Uijtdebroeks vainqueur du Tour de l’Avenir, Remco Evenepoel en tête de la Vuelta et épaulé par Ilan Van Wilder, ces dernières semaines les coureurs belges ont pris la bonne habitude de briller en haute montagne. Malgré le riche passé cycliste de notre pays, c’était loin d’être une évidence il y a encore quelques années. Pas question de parler de génération spontanée non plus. Ces coureurs, la fédération les a détectés et façonnés grâce à un programme destiné à former des grimpeurs.

"Le projet "grimpeurs" de Belgian Cycling a commencé il y a environ 8 ans. L’objectif était de détecter les talents de grimpeurs. On a compris que les courses en Belgique sont surtout disputées sur le plat et que les talents de grimpeurs n’étaient pas toujours détectés via les courses" explique Serge Pauwels, development coach de Belgian Cycling. "Les coureurs plus légers ou en retard dans leur développement ne parvenaient pas toujours à obtenir des bons résultats de ce type de course. Ce programme offre une nouvelle motivation à ces garçons qui rêvent de devenir grimpeurs ou de rouler le Tour de France."

Le constat posé, il fallait encore établir le protocole pour repérer les talents. La fédération organise des regroupements dans les Ardennes. Les heureux élus sont triés sur le volet. Ils doivent envoyer une lettre de motivation et fournir les résultats d’un test de puissance. Chaque année une centaine de jeunes (cadets et juniors, garçons et filles) sont conviés à cette épreuve de sélection. Deux côtes test sont au programme une ascension courte d’une minute et une deuxième plus longue de six minutes. "A partir des résultats, on sait comment ils peuvent grimper. Les meilleurs partent en stage dans les Vosges et on leur offre la possibilité de participer à des courses comme la Classique des Alpes. Pour détecter les qualités en côte, c’est assez simple. On peut se baser sur la puissance développée par kilo (les fameux watts par kilos, ndlr)", détaille Pauwels, qui affiche deux Top 20 au Tour de France.

Les "aimants" Evenepoel et Uijtdebroeks pour attirer les jeunes

Remco Evenepoel et Serge Pauwels

En une petite dizaine d’années, ce programme – qui ne s’est pas arrêté pendant les années Covid – peut se targuer d’avoir mis en lumière quelques sacrés talents. Tim Wellens, Remco Evenepoel, Ilan Van Wilder, Cian Uijtdebroeks, Harm Van Hoeck, Maxime Van Gils, la liste des coureurs passés au crible des bosses ardennaises et des Vosges est impressionnante.

"Ça nous donne une base de données importante. Et nous avons de bons points de comparaison pour les coureurs qui arrivent maintenant. On sait assez vite si les coureurs ont des capacités pour grimper. Et puis des coureurs comme Evenepoel ou Uijtdebroeks sont les meilleurs aimants possibles pour attirer de nouveaux talents pour le futur. Par le succès de ces coureurs on va attirer encore beaucoup plus de candidats dans les années qui viennent. On peut avoir de l’espoir pour le cyclisme belge dans les grands tours. Je préfère ne pas citer de noms, mais cette année, deux juniors première année ont fait un meilleur test sur le Ballon d’Alsace que Remco au même âge. Cela ne garantit rien mais, c’est prometteur", souligne l’ancien grimpeur passé par Sky ou Omega Pharma-Quick Step.

Le leader actuel de la Vuelta est sans doute le meilleur ambassadeur de la filière. Sorti de nulle part, il a tapé dans l’œil des coaches. "Il est venu avec un vélo tout simple. Il était même venu en train, je pense. Il pesait encore trop lourd pour un coureur. Mais, il a fait un bon test. L’entraîneur de l’époque a vu qu’il pouvait encore perdre du poids. Et avec ces kilos en moins, il pouvait atteindre des valeurs très élevées", raconte Pauwels.

Le talent, aussi pur soit-il, ne suffit pas. Une fois décelé, il faut l’encadrer. "Quand on détecte un talent, on peut aussi mieux le soutenir. L’aider à franchir les prochaines étapes, s’inscrire dans un club. On ne se contente pas de faire un test et de les renvoyer à la maison. On propose aussi des conseils personnalisés en fonction des besoins. L’objectif est que les coureurs comprennent qu’ils peuvent prendre leur carrière en main et faire plus que seulement appuyer fort sur les pédales", insiste Serge Pauwels.

La filière porte ses fruits et commence à se faire une petite réputation. Elle éveille aussi l’intérêt des équipes. "Les équipes ne nous contactent pas directement. Mais d’une manière ou d’une autre, ils sont au courant de ceux qui se sont illustrés lors des tests", sourit l’entraîneur de la fédération belge.

On n’a pas fini d’entendre parler des grimpeurs du plat pays.

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