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Examen : comment bien évaluer les étudiants ?

Professor walking by college students taking test in classroom
23 avr. 2021 à 04:47 - mise à jour 23 avr. 2021 à 04:47Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première
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En décembre dernier, l’UCLouvain annonçait la fin des points négatifs pour les examens QCM, ces fameux questionnaires à choix multiples. Ce grand changement pour les professeurs et les étudiants est le fruit d’une réflexion plus globale sur l’évaluation.

On en parle avec Emilie Malcourant, conseillère au Louvain Learning Lab de l’UCLouvain et avec Bruno Humbeeck, Docteur en psychopédagogie.

Les points négatifs, le cauchemar des étudiants, ont été mis en place pour éviter que ces derniers trouvent la bonne réponse au hasard parmi les propositions. Mais, à l’UCLouvain, les chercheurs ont constaté que cette méthode laisse une trop grande part à la stratégie !

Comment concevoir une évaluation de qualité par QCM ? Faut-il varier les méthodes d’évaluation pour mieux appréhender l’acquisition des compétences ? Faut-il former les professeurs à d’autres méthodes de vérification des savoirs ? La période des examens pourrait-elle être moins stressante et plus constructive pour nos étudiants ? Et en pleine crise sanitaire, faut-il évaluer différemment les élèves ?

Certifier les compétences

Il faut savoir que les examens dans les études supérieures n’ont pas du tout la même fonction qu’en secondaire et en primaire. " Le but est de certifier des compétences", rappelle Bruno Humbeeck, Docteur en psychopédagogie. "Mais le but n’est pas d’augmenter le stress sinon on se retrouve à évaluer la capacité de l’étudiant à gérer son stress."

Pour supprimer du stress, des mauvaises tactiques et des stratégies, l’UC Louvain abandonne les points négatifs dans ses QCM. "Ils permettent de balayer très largement la matière et on évite ainsi que les étudiants n’étudient qu’un chapitre et on leur permet de montrer leurs compétences sur l’ensemble de la matière", explique Emilie Malcourant, conseillère au Louvain Learning Lab de l’UCLouvain. Pour cela, ils doivent bien conçus, bien pensés et cohérents.

Un système hybride

Bruno Humbeeck plaide pour un système d’évaluation hybride. Tester les connaissances sur toute la matière rapidement a son utilité mais il faut également vérifier la capacité à argumenter. 

L’UC Louvain a remarqué que les étudiants qui n’avaient pas étudié et prenaient le risque de répondre obtenaient parfois des meilleurs résultats que ceux qui maîtrisent parfaitement la matière mais qui manquent de confiance.

"Il faut pouvoir trouver le bon type d’évaluation pour le bon type de preuve de maîtrise d’un apprentissage", résume Emilie Malcourant. "Un étudiant devrait être soumis à plusieurs types d’évaluation, du QCM, des questions ouvertes, des questions de productivité, de créativité et de connaissance."

Accompagner les étudiants

Dans les études supérieures, il faut pouvoir se réorienter suffisamment tôt. Les épreuves certificatives prennent tout leur sens et il faut tempérer l’idée d’échec, développe Bruno Humbeeck.

"Un échec à l’université n’est que partiel et sert uniquement à se réorienter

La bienveillance comme maître mot

La crise sanitaire a montré l’importance de la bienveillance dans les évaluations. "On a revu la manière d’enseigner et, par la force des choses, on a revu la façon d’évaluer pour que ce soit cohérent", indique Emilie Malcourant.

La place de l’évaluation dans le parcours des étudiants fait l’objet de réflexions à moyens et longs termes. L’évaluation peut être vue comme un apprentissage si l’étudiant reçoit un feed-back pour apprendre de l’échec et rebondir.

Le regard binaire (rater ou réussir) sur les examens est en train de changer. Revoir l’évaluation à l’université est une révolution, affirme Bruno Humbeek.

"C’est un tabou, y compris un tabou politique "

 

Examen collectif

Pour Bruno Humbeeck, les professeurs ne recourent pas assez à l’examen collectif alors que "s’appuyer sur les ressources des autres pour valider ses propres ressources" est intéressant. "En médecine, le doute sur un diagnostic peut aussi sauver des vies", cite-t-il comme exemple.

Les mentalités changent et les choses commencent à bouger. Pendant la crise sanitaire, certains enseignants ont encouragé le travail collaboratif.

Se tourner vers des outils, des ressources ne fausse pas le résultat de l’examen si la question est "suffisamment intelligente pour que l’étudiant puisse utiliser l’information qu’il est allé chercher".

Entraîner à l’évaluation

L’université de Louvain-la-Neuve travaille beaucoup sur la préparation à l’examen : le type de questions, comment étudier, qu’est-ce qu’il faut démontrer, le niveau de complexité… "On propose aux enseignants d’entraîner leurs étudiants au dispositif d’évaluation pour qu’il n’y ait pas de surprises", ajoute Emilie Malcourant.

Le but n’est pas de surprendre mais de démontrer. L'évaluation dans l'enseignement supérieur fait donc l'objet d'une grande réflexion.  L'UC Louvain, sous la direction d'Emilie Malcourant, a réalisé un dossier à ce sujet : "QCM or Not QCM ? Processus de conception d’une évaluation par QCM".

Tendances Première : Le Dossier

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