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"Exode" urbain : 45.000 Bruxellois ont quitté la capitale en 2021

De plus en plus de bruxellois quittent la capitale

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L’an dernier, quelque 45.000 Bruxellois ont décidé de quitter la capitale : 28.000 ont opté pour la Flandre et près de 17.000 pour la Wallonie. Il s’agit d’un record de départ depuis 1992, c’est-à-dire depuis que les données statistiques sont disponibles. Jean-Pierre Hermia, démographe à l’Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse (IBSA) répondait aux questions de Geffroy Fabré, ce mardi sur la Première.

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2021 a été une année record pour l’exode des Bruxellois. Le Covid est passé par là. C’est une des raisons de ce chiffre record ?
"C’est probablement une des raisons. Il n’y a pas encore d’études qui cherchent la causalité de cette augmentation. Et en fait, ce qu’il est intéressant de constater, c’est qu’en 2020, donc la première année Covid, il n’y avait pas eu d’augmentation. Donc, probablement que c’était dû au fait d’un certain nombre de reports de déménagements, parce que les agences immobilières avaient été fermées pendant le premier confinement, parce qu’il faut un certain temps avant de se domicilier dans son nouveau logement, il faut quelques mois. Il est possible qu’une partie des déménagements qui auraient dû avoir lieu en 2020 ont eu lieu en 2021."

La hausse est perceptible d’année en année. Cette augmentation anormale pourrait être expliquée par un report de déménagements ?
"Tout à fait, oui. Ça a augmenté d’environ 10% en 2021, ce qui est assez important parce que c’est quelque chose qui évolue très peu, le nombre de déménagements entre Bruxelles et les deux autres régions. C’est un chiffre assez stable qui est en légère augmentation depuis une décennie maintenant. Mais là, on a eu une forte augmentation en 2021."

Donc, un report des déménagements, mais aussi – on entend ici que c’est la goutte d’eau, et j’imagine que ce cas individuel a dû être le cas pour pas mal de gens – le fait de se dire : " J’ai besoin d’espaces verts ". Et là arrive le deuxième problème : pour avoir un peu de verdure, un petit jardin à Bruxelles, ça devient très difficile.
"Oui, c’est fort possible que cette pandémie ait eu comme effet de provoquer pas mal de déménagements en dehors de la région. Ça reste à prouver, il n’y a pas encore d’études qui analysent cette causalité, mais on attend aussi de voir les chiffres de 2022, cette année-ci, qui sont en cours, on ne sait pas encore ce qui s’est passé, pour voir si ça se poursuit, si c’est vraiment une tendance ou bien si c’était un épisode occasionnel en 2021."

D’une manière plus générale, vous dites que les départs de Bruxelles sont plus ou moins constants. Est-ce qu’on a une idée d’où s’installent ces Bruxellois qui quittent la capitale ? On dit que 28.000 sont allés en Flandre pour cette année 2021 et 17.000 en Wallonie. Est-ce qu’ils vont loin ou est-ce que c’est plutôt dans la périphérie bruxelloise ?
"Globalement, il y a des tendances qui se dessinent aussi à ce niveau-là. Ce n’est plutôt pas loin. C’est pour ça qu’il y a plus de gens qui vont en Flandre, parce que c’est notamment le Brabant flamand et a fortiori toutes les communes qui encerclent la Région de Bruxelles-Capitale. Donc ça, c’est vraiment le premier lieu de destination. Mais c’est aussi le Brabant wallon, bien entendu, et des régions comme le nord du Hainaut, le nord de la province de Namur, toute une partie de la Flandre orientale, et ça, c’est un phénomène qui a beaucoup augmenté au cours de ces dernières années, toute la vallée de la Dendre, d’Alost à Ninove, où pas mal de Bruxellois vont s’installer."

Il faut aussi être honnête avec les chiffres, on parle de 45.000 départs, mais parallèlement, il y a également des arrivées. Pour cette année 2021, 24.000 personnes ont fait le chemin inverse : 10.500 Flamands et 13.000 Wallons environ. Dans cette balance, Bruxelles ne fait pas peur à tout le monde, des gens arrivent à Bruxelles aussi.
"C’est un phénomène assez classique. Les grandes villes attirent des gens et d’autres quittent ces grandes villes. Ce n’est pas le même profil. On remarque que les gens qui arrivent sont notamment proportionnellement plus de jeunes adultes en phase d’émancipation parentale, donc entre 18 et 25 ans."

Le schéma classique : on est venu faire ses études et on reste.
"Voilà. Soit pendant leurs études, soit juste après leur premier boulot pour toutes les opportunités qu’offre la ville. Et par contre, les gens qui quittent la ville sont souvent des gens un peu plus âgés, donc souvent des familles avec jeunes enfants qui, lors de l’accès à la propriété par exemple, quittent Bruxelles pour accéder à la propriété."

On le constate, la balance est négative : il y a plus de gens qui partent que de gens qui arrivent. Pourtant, paradoxe, mais vous allez évidemment nous l’expliquer, la population bruxelloise ne cesse d’augmenter d’année en année. Comment ça se fait ?
"Bruxelles perd des habitants par rapport aux deux autres régions, mais elle gagne des habitants dans deux autres domaines démographiques. D’une part, les migrations internationales. Bruxelles gagne beaucoup plus d’habitants par rapport à l’étranger qu’elle n’en perd. Donc là, on est environ à + 15.000 à 20.000 pour l’année 2021. Et quelque chose d’assez remarquable au niveau de la Belgique, c’est qu’il y a beaucoup plus de naissances à Bruxelles que de décès, ce qui n’est pas forcément le cas dans les deux autres régions du pays."

Et ça s’explique comment ?
"Il y a plus de naissances pour différentes raisons. C’est une population plus jeune, donc plus de personnes en âge d’avoir des enfants. Il y a moins de personnes âgées et les personnes âgées sont les personnes qui sont en âge de décéder. Donc, ces deux effets combinés font qu’il y a beaucoup plus de naissances que de décès à Bruxelles depuis près d’une vingtaine d’années."

On parle aussi d’arrivées internationales, que vous venez d’évoquer, et on parle de départs de Bruxellois. Est-ce que ça veut dire que Bruxelles s’internationalise de plus en plus d’année en année ?
"La proportion de personnes qui n’ont pas la nationalité belge augmente en Région Bruxelles-Capitale, c’est certain, mais des études ont pu montrer au cours des dernières années que des gens de nationalité étrangère font aussi ce chemin d’aller s’installer en dehors de la Région de Bruxelles-Capitale."

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