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Sexualité

Exoogen : ce jeune psy a créé des prothèses péniennes pour personnes trans et non-binaires

Maé, fondateur d'Exoogen.
08 juin 2022 à 08:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Pour certaines personnes trans et non-binaires, l'absence de sensation de pénis entre les jambes ou d'une bosse dans le caleçon est ressentie comme un profond mal-être.

Cette détresse psychique se panse en partie grâce aux prothèses péniennes. Mais, s'il en existe aux États-Unis, elles se font plus rares en France, constate Maé. Ce psychologue de formation décide alors de lancer Exoogen, une marque éthique et écoresponsable spécialisée dans la conception de prothèses péniennes.

Un pénis pour se sentir enfin "complet"

Exoogen

"Il y a quatre ans, je venais d'entamer ma transition hormonale. Je vivais à Montpellier. Je sentais qu'il restait quelque chose en suspens, un vide à combler. Ce vide, c'était la sensation de ce membre manquant. Je venais de changer mon prénom, je souhaitais redéfinir mon identité et mon enveloppe corporelle pour qu'elles correspondent mieux à mon ressenti. Alors, je me suis dit : 'pourquoi pas des prothèses péniennes ?" J'ai donc commencé à faire quelques recherches. Mais j'ai rapidement constaté que le choix était assez limité en France ou alors que les prothèses disponibles étaient très onéreuses. Donc, à moins d'économiser pendant des mois et des mois, ces prothèses restent peu accessibles", explique Maé.

À l'époque, la solution lui apparaît comme une évidence : puisque des prothèses de qualité et à des prix abordables n'existent pas sur le marché français, il faut les inventer.

"L'idée a commencé à germer dans ma tête. J'ai suivi une formation intensive pour apprendre à fabriquer les prothèses. J'ai eu la chance de rencontrer Mona, spécialisée dans le domaine et elle aussi issue de la communauté queer. Elle souhaitait lancer une entreprise avec un projet similaire, nous avons donc décidé de travailler main dans la main et de concevoir ensemble les prothèses", raconte Maé, qui s'est consacré corps et âme à son projet, parfois au détriment de son sommeil. "La création de ces prothèses était devenue le 'goal of my life'". "Tous les jours, je me renseignais, j'expérimentais, mon salaire entier y passait !", se remémore-t-il. 

Une prothèse à fonction érectile

Les premiers modèles d'Exoogen voient le jour en novembre 2020, vendus à moins de 50 euros l'unité. Ces prothèses remplissent avant tout une dimension de "packaging". "On recherche surtout la sensation de bosse dans le caleçon, donc on n'a pas nécessairement besoin d'y insérer une bande adhésive. Mais se pose tout de même la question de la fixation car certaines personnes m'ont déjà parlé de prothèses qui leur glissaient le long de la jambe. Des moments un peu délicats dont on arrive à s'amuser après coup mais qui sont quand même assez traumatisants à vivre ! Porter des sous-vêtements cintrés près du corps reste une bonne option", conseille le prothésiste apprenti. 

Prochain défi pour Maé : finaliser des prothèses pisse-debout ("pee"). "Il y a une vraie demande de la part de personnes transgenres qui ne se retrouvent pas dans les codes binaires de notre société, surtout celles qui sont concernées par la dysphorie génitale."

Je m'adresse donc en priorité à ces personnes en essayant le plus possible de tenir compte des différentes morphologies de nos corps.

Bien sûr, cette demande ne concerne pas toutes les personnes trans puisque certaines vivent très bien sans ou alors préfèrent réaliser des opérations chirurgicales. Cela peut d'ailleurs être une forme d'alternative avant l'intervention", développe Maé.

Le créateur d'Exoogen planche également sur une gamme axée autour de la fonction "play". Autrement dit, des prothèses spécialement pensées pour l'activité sexuelle. L'une d'entre elles comporte une fonctionnalité érectile. "Elle s'active grâce à une tige placée à l'intérieur, que l'on peut insérer avant de porter la prothèse. La prothèse se place sur la zone pelvienne et on peut la maintenir avec un harnais ou une bande adhésive 'skin safe'. Je réfléchis également à d'autres options, avec une tige insérable ou déjà insérée", précise Maé.

"Une bouffée d'oxygène dans un monde bercé de transphobie"

Une cagnotte KissKissBankBank a récemment été lancée pour financer les tests de fonctionnalité de ces nouveaux modèles (qualité, étanchéité, facilité de port...). Les matières premières utilisées (silicone, verre, bois) sont toutes importées d'Europe. Côté logistique, la marque privilégie le plus possible les produits biodégradables dans l'optique de réduire au maximum l'utilisation du plastique.  

Le nom "Exoogen" renvoie quant à lui au terme "exogène" qui étymologiquement, se réfère à l'apport extérieur. Mais pour Maé, il symbolise aussi "une bouffée d'oxygène dans ce monde tumultueux bercé de transphobie, que l'on peut percevoir comme l'occasion de réinventer son corps et son identité". 

"Sur le plan psychologique, ces prothèses sont pour moi comme un bouclier contre la dysphorie de genre. Elles permettent de l'oublier un instant, de nous offrir un petit moment où l'on se sent en adéquation avec notre identité. Et ça fait du bien."

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