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Face à l'inflation, le "cash-back" est la promesse de grappiller quelques euros

Face à l'inflation, le "cash-back" est la promesse de grappiller quelques euros.
15 juin 2022 à 14:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

"Quand je fais mes courses, je cagnotte quelques euros, c'est pas rien en ce moment" : comme Aurélie Pignon, certains consommateurs désemparés par la montée des prix se sont mis au "cash-back", système de cagnottage peu connu en Belgique, qui suscite encore la méfiance.

Derrière son écran, la quadragénaire vérifie dès qu'elle achète en ligne que son extension iGraal est activée, que ce soit sur les sites internet de la Fnac, Carrefour ou Booking. Car cette entreprise de "cash-back" ("retour d'argent") lui promet en effet d'être recréditée d'un certain pourcentage de ses dépenses lors d'achats sur les sites partenaires. Mais attention, les taux de cashback reversés en Belgique peuvent s’avérer différents de ceux pratiqués en France.

Une arnaque ? Pas du tout

Dès 20 euros dans sa cagnotte en ligne, Aurélie Pignon pourra les convertir en véritable argent sur son compte bancaire, ce qu'elle a déjà fait à plusieurs reprises. "Franchement, quand mon frère m'en a parlé, je n'y croyais pas. C'était trop beau pour être vrai !", raconte cette mère de famille.

"On a du mal à faire comprendre aux gens comment cela fonctionne", indique François Despruniée, directeur marketing d'iGraal, pour qui "le marché en France est nettement moins éduqué" que dans les pays anglo-saxons, d'où provient le concept.

Les entreprises de "cash-back" comme iGraal, Poulpéo ou eBuyClub travaillent pour les sites marchands comme apporteurs d'affaires.

Grâce à l'alléchant retour sur investissement promis, "on va contribuer à augmenter leur clientèle et leurs ventes", explique M. Despruniée. "En contrepartie, les magasins nous reversent une commission, qu'on partage avec nos utilisateurs."

Croissance fulgurante du cash-back

Le système est loin d'être nouveau (iGraal s'est lancé en 2006, eBuyClub en 1999) mais avec la montée drastique des prix alimentaires ou de l'énergie depuis le début de la guerre en Ukraine, il connaît un regain d'intérêt.

"Ces derniers mois, on a une croissance fulgurante", confirme Jean-Paul Yildiz d'eBuyClub, qui a doublé depuis le début de l'année son nombre d'utilisateurs inscrits (4,4 millions) et ses flux d'achats. "L'inflation, malheureusement, fortifie le positionnement de sites de cash-back comme nous", constate-t-il car "les Français sont à la recherche de bons plans faciles pour faire baisser la facture".

Le cash-back, qui redonne en moyenne 5 à 7% de ses dépenses au client, permettrait "d'annuler ou réduire" l'inflation d'environ 5%.

"C'est un moyen parmi d'autres de limiter l'érosion du pouvoir d'achat", confirme Olivier Gayraud, de l'association de consommateurs CLCV. Mais "sauf achat exceptionnel, comme du gros électroménager, on parle de sommes assez modiques", nuance-t-il. En effet, un utilisateur économisera en moyenne chaque année 120 euros, indique iGraal, environ 200 euros, affirme eBuyClub.

"Il ne faudrait pas que ces sommes modiques estompent la volonté chez le consommateur de comparer" avec d'autres vendeurs sans "cash-back", parfois plus intéressants pour lui, met en garde M. Gayraud, "ni ne l'incite à consommer plus que ce dont il a besoin".

Une valeur symbolique insuffisante face à l'inflation

Un avis partagé par la chercheuse Régine Vanheems, pour qui le cash-back présente "une valeur symbolique pour le consommateur vraiment supérieure au coupon de réduction", trop "contraignant au niveau des dates et enseignes pour un client qui veut de la liberté" grâce à sa "monnaie sonnante et trébuchante".

Mais elle l'estime cependant insuffisant pour compenser l'inflation touchant les ménages les plus exposés, d'autant que ce sont rarement eux qui l'utilisent, par manque de temps.

"Les chasseurs de promos n'en ont souvent pas besoin mais ils en utilisent pour se renvoyer une image d'acheteurs malins."

Ces "smart shoppers", eBuyClub les connaît bien : une population de "jeunes urbains connectés" pas intéressés par les offres de grande distribution mais qui activent leur "cash-back" pour des voyages, du matériel électronique ou du prêt-à-porter. Même si les "mamans" en galère comme Aurélie Pignon constituent encore le gros de la clientèle.

Mais il reste encore "un potentiel assez énorme" de recrutement, le "cash-back" n'intervenant, selon M. Yildiz, que sur 1-1,5% du total des achats (physiques et en ligne) en France contre 3% aux États-Unis.

Prochaine étape, donc : élargir leur offre de cash-back en magasins, où les banques en ligne (sérieux concurrents des sites spécialisés) se positionnent de plus en plus.

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