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Santé physique

"Face à l'obésité, il y a un vrai problème de prévention" (Hélia Hakimi, "La vérité sur l'obésité")

28 juin 2022 à 15:00Temps de lecture4 min
Par RTBF avec AFP

Un Belge sur deux est touché par le surpoids ou l'obésité. Pourtant, peut-on parler d'épidémie d'obésité ?

À cette question, la journaliste Hélia Hakimi, autrice du livre "La vérité sur l'obésité", publié aux Éditions Robert Laffont, estime que les effets de cette épidémie seront phénoménaux dans les dix à vingt prochaines années. La journaliste estime que l'obésité est encore mal prise en charge, même si des progrès sont à noter. 

  • Peut-on parler d'épidémie d'obésité en France et dans le monde ?

On peut parler d'épidémie d'obésité. Un Français [NDLR : 49,3% en Belgique selon les chiffres de Sciensano] sur deux est en surpoids ou en situation d'obésité. À l'échelle continentale, c'est six Européens sur dix, selon le dernier rapport de l'OMS paru en mai

  • L'évolution de l'obésité a-t-elle un lien avec nos changements de consommation ?

Notre mode de vie moderne explique qu'il y a plus d'obésité qui se déclare. Aujourd'hui, on peut presque tout faire sans bouger de son canapé. Et beaucoup le font. Ce mode de vie là s'imprègne dès l'enfance. Les écrans y sont très présents. Il y a 40 ou 50 ans, ces mêmes enfants, on les faisait gambader. 

Il y a aussi, et de façon très insidieuse, l'industrie alimentaire. Avant, on avait davantage de temps pour cuisiner. Aujourd'hui, on déjeune sur le pouce, devant la télé, avec des habitudes de snacking. Cela participe grandement à l'épidémie d'obésité. Avant, il y avait le même nombre de personnes qui avaient des gènes pour être obèses. Mais avec le mode de vie de l'époque, cette obésité ne se déclarait pas, ou plus tard. 

  • Y a-t-il des facteurs génétiques qui déterminent la prise de poids ?  

Ce n'est pas possible d'être obèses sans facteurs génétiques. Ce n'est parce qu'une personne mange énormément tout en gardant un mode de vie sédentaire qu'elle va devenir obèse. Sur les vingt dernières années, les scientifiques ont identifié de nombreux gènes liés à l'obésité. Chez les personnes souffrant d'obésité commune, on les retrouve dans 90% des cas.

Ces gènes de susceptibilité, pour qu'ils s'expriment, doivent être associés à environnement obésogène, à savoir la sédentarité, une alimentation trop sucrée ou trop salée, le stress ou le manque de sommeil. Ce sont les facteurs externes autres que la génétique qui révèle les gènes. 

  • L'obésité est-elle nécessairement synonyme de mauvaise santé ? 

Non, pas forcément. Du moins pas au début. L'obésité, c'est une maladie du tissu adipeux. Les cellules adipeuses, qui contiennent les graisses, sont malades. Plus on prend du poids, plus elles stockent du gras et deviennent hypertrophiques, donc très grosses. 

Au-delà d'une certaine taille, le diamètre d'un cheveu, on estime que la cellule est devenue hypertrophique et qu'elle ne peut plus grossir davantage. Elle donne un signal hormonal à d'autres cellules pour stocker la graisse issue de l'alimentation. De nouvelles cellules se créent. Ce phénomène peut se produire jusqu'à l'infini.

La cellule est entourée de cellules inflammatoires, elles-mêmes entourées de fibrose. A cause de la fibrose, la cellule devient inerte, elle n'arrive plus à libérer les lipides. C'est ce qui empêche de maigrir malgré un régime ou une activité physique.

Les personnes dont les cellules adipeuses sont inertes ne peuvent pas maigrir. Le seul objectif pour ces personnes-là est de maintenir le poids. Mais c'est rare qu'un médecin le dise à leur patient. Certains encore vont donner beaucoup d'espoir, à tort.

  • Quels sont les effets des régimes alimentaires restrictifs ? 

Tous les régimes qui restreignent de façon trop importante les calories et qui mettent de côté certains nutriments sont délétères pour la santé. Pour être en bonne santé, on a besoin d'un régime alimentaire équilibré. À chaque repas, il faut avoir des protéines, ainsi que des légumes, des féculents et toujours un peu de lipides. L'organisme a besoin de tout type de nutriments et même des graisses, même chez les personnes obèses.

En plus, même après avoir perdu dix, quinze ou vingt kilos, en général, on revient à l'alimentation d'avant régime. On réintroduit tous les aliments interdits, comme les sucreries, les chocolats, le gras... Ça s'appelle le phénomène yo-yo. Au fur et à mesure du temps, c'est 'régime, craquage, régime, craquage'. Cela entraine une reprise de poids, parfois supérieure aux kilos perdus. C'est contreproductif. 

  • La prévention face à l'obésité est-elle à la hauteur ? 

Face à l'obésité, il y a un vrai problème de prévention en France. Quelle que soit la maladie, on est dans le curatif. Le Collectif national des associations d'obèses alerte qu'on ne prévient pas l'obésité en France.

Les enfants devraient avoir plus d'activité physique dès la crèche, l'école maternelle, l'école élémentaire et des ateliers de cuisine. Ça devrait presque être de la prévention à l'hygiène de vie et à l'hygiène alimentaire.
Elle n'est présente dans aucune institution aujourd'hui. C'est très rare qu'une école fasse intervenir un chef cuisinier ou qu'une maîtresse enseigne la façon de bien manger. Mais si ce n'est pas fait, les inégalités vont se creuser.

Les familles favorisées sont alertées et font attention à l'alimentation de leurs enfants, en leur donnant des produits de saison, peu transformés. Les familles défavorisées ne peuvent pas habituer leurs enfants à ce mode de vie. Au-delà de la diversification alimentaire, cela crée un fossé entre les enfants de familles issues de milieux socio-économiques vraiment défavorisés et les autres. 

"La vérité sur l'obésité" de Hélia Hakimi, publié le 23 juin 2022 aux Éditions Robert Laffont.

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