Economie

Face à la flambée des prix du carburant, les compagnies aériennes européennes risquent d'augmenter leurs prix pour les vacances

28 mars 2022 à 07:37 - mise à jour 28 mars 2022 à 12:18Temps de lecture3 min
Par Anthony Roberfroid d'après le marché matinal de Michel Gassé

Plus d’un mois de guerre en Ukraine et les conséquences économiques se font évidemment sentir partout dans le monde. Et avec l’envolée des prix des carburants, c’est le secteur du transport aérien qui est fortement touché.

Mais le prix du kérosène n’est pas le seul souci du secteur, la fermeture de l’espace aérien russe et ukrainien pose aussi problème. Elle va imposer de longs détours aux avions reliant l’Europe à l’Asie, ce qui va faire s’envoler leur consommation de carburant : "Cela engendre des coûts horaires de 10.000 à 12.000 € en plus pour chaque appareil", détaille Jean Collard, expert en transport aérien. "Je parle d’exemples type un Boeing 787 ou un 777. Mais il y a aussi des frais complémentaires au niveau personnel. On passe d’une douzaine d’heures de vol à 15 heures, ce qui veut dire qu’il faut non plus deux pilotes navigants, mais trois ou quatre, et la même chose au niveau du personnel de cabine."

Les compagnies Moyen-Orient relativement épargnées

Les coûts sont donc en hausse mais toutes les grandes compagnies traditionnelles ne vont pas être touchées de la même manière. Il va y avoir des gagnants et des perdants. Côté gagnants, Emirates et Qatar Airlines, deux colosses du Moyen-Orient. : "Ce sont des compagnies relativement low cost qui décollent des grandes villes européennes et qui atterrissent chez elles, ce qui leur permet d’éviter tous les problèmes", détaille l’expert.

"Elles atterrissent naturellement chez elles avec des avantages considérables, puisque ce sont des États pétroliers, donc les coûts pour eux sont beaucoup plus faibles que nos compagnies européennes ou américaines. Elles seront les grandes gagnantes de cette crise et le public ira plus facilement vers ces compagnies", ajoute Jean Collard.

Les grandes compagnies traditionnelles vont perdre des plumes

Les compagnies du Moyen-Orient sont donc relativement épargnées mais les grandes compagnies traditionnelles seront quant à elle bien perdantes : "Lufthansa, British Airways, Iberia, voire même Scandinavian Airlines — ou même des compagnies comme Finnair, qui ne sont pas des grandes compagnies, mais qui sont de vieilles compagnies — vont bien sûr souffrir de ces grands détournements qui vont engendrer des différences de 1000, 2000, 3000 kilomètres. Et donc, les coûts vont devoir se répercuter d’une manière directe ou indirecte."

Impact sur le prix des billets

Les coûts vont donc devoir se répercuter et cela se fera sur le prix des billets. Cette hausse de prix va rendre ces compagnies moins attirantes car moins concurrentielles face aux compagnies aériennes du golfe persique.

L'augmentation des prix est inévitables et touchera même les compagnies low cost. Mais pour l’expert, les compagnies à bas coût resteront tout de même plus abordables que les grandes compagnies aériennes. "Étonnamment, les low cost vont maintenir des tarifs relativement faibles puisqu’elles ont des avantages au niveau des aéroports : ce sont des petits aéroports, souvent distants des grandes villes, avec des infrastructures limitées, et donc des coûts réduits", détaille Jean Collard.

Le low-cost plus fortement touché par la hausse des prix du carburant

L'expert se montre néanmoins un peu plus alarmiste concernant la hausse des prix du carburant : "Il faut savoir que le billet d’avion d’un low cost peut très bien passer de 19 € à 29 € parce que les coûts du pétrole seront beaucoup plus marqués dans les low cost, puisque c’est un des coûts les plus élevés dans les frais que connaissent les compagnies aériennes. Si dans une compagnie traditionnelle, on peut estimer le coût du pétrole entre 25 et 30%, une compagnie comme Ryanair, EasyJet ou Wizz, c’est quand même 40%".

De nombreuses compagnies, qu’elles soient low cost ou non, tentent tout de même de se protéger contre la hausse des prix du kérosène. Néanmoins, ces couvertures dépassent rarement six à neuf mois et les prix du pétrole augmentent depuis un certain temps. Elles seront donc confrontées à un moment ou un autre à la hausse abrupte des prix du pétrole qui se répercutera de facto sur les prix des tickets d’avion et ce, probablement en période de vacances.

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