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Politique

Face à la montée des extrêmes, pourquoi les partis traditionnels ont-ils du mal à résister ?

07 mai 2022 à 16:46 - mise à jour 07 mai 2022 à 19:41Temps de lecture4 min
Par Kamel Azzouz

Les dernières élections présidentielles françaises ont démontré que la représentation des divers partis politiques "classiques" s’est estompée au profit de l’extrême gauche et de l’extrême droite. Cette tendance est de plus en plus observée dans le paysage belge, voire européen. Pourquoi les partis dits traditionnels ont-ils du mal à résister à la montée des extrêmes ?

Les résultats des dernières élections françaises sont implacables. L’extrême droite incarnée par Marine Le Pen et l’extrême gauche menée par Jean-Luc Mélenchon ont clairement mis à l’écart des débats les partis historiques.

Quant à la Belgique, les extrêmes renforcent aussi leur présence dans le paysage politique en affaiblissant certains partis dits classiques.

En Flandre, c’est une recrudescence de l’extrême droite avec le Vlaams Belang et la N-VA prônant le séparatisme et le repli identitaire qui transparaît depuis quelques années.

En Wallonie, c’est cependant l’extrême gauche portée par le PTB qui gagne du terrain avec un programme défini par les politologues comme étant plus "solidariste" aussi bien au niveau national qu’international.

Un discours "centriste" pour viser "l’électeur moyen"

Selon Pierre Verjans, politologue à l’Université de Liège, cette poussée des extrêmes s’explique en partie par le caractère moins clair des programmes des partis traditionnels au profit d’une course à l’électorat : "Toute une série de partis intermédiaires entre l’extrême gauche et l’extrême droite ont effectivement recentré leur discours pour essayer d’attirer le plus possible ce qu’on appelle 'l’électeur moyen'. Ces discours recentrés ont fait qu’une partie de ce qui était le centre gauche et le centre droit ne se sont plus totalement reconnus dans les discours des partis traditionnels", détaille l’expert.

Et cette constatation ne concerne pas uniquement la Belgique ou la France, une grande partie de l’Europe est touchée : "Dans toute une série de pays européens, il y a effectivement une montée de partis qui sont d’extrême gauche ou d’extrême droite puisque le discours simplement de gauche ou de droite est de plus en plus abandonné. Cela s’explique par l’influence des conseillers en science politique qui mettent en évidence le fait que 'les électeurs moyens' sont beaucoup plus nombreux. Cette logique de course à l’électeur fait qu’il y a une perte de logique programmatique dans les partis traditionnels."

De plus en plus d’électeurs se disent qu’il n’y a plus de programmes clairement de gauche et de droite dans les partis traditionnels.

Par rejet ou par adhésion, une partie des électeurs tend donc à se diriger dans une certaine mesure vers les extrêmes car cet électorat ne se retrouve plus dans les programmes des partis habituellement au pouvoir : "On voit maintenant qu’il y a de plus en plus d’électeurs qui se disent qu’il n’y a plus de programmes clairement de gauche et de droite dans les partis traditionnels. Ces électeurs ont un peu perdu leurs points de repère."

Pour le politologue, l’évolution des partis extrémistes les rend plus acceptables aux yeux des citoyens : "Ils se retrouvent maintenant dans une logique où les partis d’extrême gauche et d’extrême droite sont à la fois beaucoup moins violents qu’il y a 40 ans. De plus, les électeurs se retrouvent face à des programmes des partis extrêmes qui sont en réalité ceux de la gauche et de la droite d’il y a 40 ans."

Les différences entre les partis "classiques" moins marquées qu’auparavant

Le retour en force de l’extrême droite en Flandre et le renforcement de l’extrême gauche en Wallonie peuvent entre autres s’expliquer par une méfiance d’une partie des électeurs à l’égard des partis traditionnels.

Ils ont le sentiment que ces partis ne leur apportent plus de réponses claires, et que ces derniers tendent à estomper les caractéristiques de leurs courants qui étaient plus lisibles auparavant.

Ils sont donc bien conscients des propositions de chaque parti

Pierre Verjans rappelle avec l’exemple français que les électeurs remarquent davantage cette différence dans les programmes de l’extrême gauche et de l’extrême droite : "Les électeurs réagissent assez fort aux propositions qui sont faites par les partis politiques contrairement à ce qu’on imagine. Parfois, on croit que les programmes politiques sont trop complexes pour que les électeurs en tiennent compte. Mais ce que l’électeur entend ou lit, ce sont les points mis en avant par les partis. Ils sont donc bien conscients des propositions de chaque parti".

Et contrairement aux idées des partis traditionnels qui sont parfois trop lissés et illisibles pour les électeurs, les partis extrémistes sont souvent plus clairs et plus efficaces dans leurs programmes : "Je pense que la plupart des Français pourraient citer au moins un ou deux points d’action importants qui différencient Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour. Ce n’est pas toujours le cas pour les partis traditionnels, ce qui expliquerait en partie la montée des extrêmes et ce clivage qui s’installe de plus en plus un peu partout".

En Belgique comme dans d’autres pays européens, les politologues remarquent que de nombreux électeurs ne se reconnaissent plus dans les programmes des partis " traditionnels " car ils sont moins lisibles à leurs yeux. Cela se traduirait globalement par une méfiance et un sentiment de non-représentativité qui favoriseraient la montée en puissance des extrêmes.

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