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Economie

Facture d’énergie : une situation compliquée pour de nombreux ménages et fournisseurs et cela pourrait durer

07 janv. 2022 à 07:37Temps de lecture4 min
Par Miguel Allo avec Céline Biourge

Le fournisseur d’énergie Eneco a décidé de mettre fin aux contrats à prix fixe depuis ce 1er janvier. Le troisième fournisseur d’énergie en Flandre et quatrième en Wallonie n’est pas le seul à avoir pris cette décision. Une conséquence de la flambée des prix sur les marchés de gros, expliquait le journal l’Echo dans son édition de mercredi.

Il faut dire que les prix du gaz et de l’électricité atteignent des records depuis quelques semaines. Du jamais vu selon les spécialistes.

Ce graphique montre l’évolution, au cours des 6 derniers semestres, du prix de l’électricité (E) et du gaz naturel (G) en € par MWh au niveau de la facture totale d’un ménage et d’une PME pour la Belgique.

Source : CREG
Ce graphique montre l’évolution, au cours des 6 derniers semestres, du prix de l’électricité (E) et du gaz naturel (G) en € par MWh au niveau de la facture totale d’un ménage et d’une PME pour la Belgique. Source : CREG RTBF

Des factures qui vont encore augmenter ?

En voyant le graphique ci-dessus, la question est évidemment de savoir si nos factures d’énergie vont continuer à augmenter. Et la réponse est que cela est tout à fait possible. On voit, par exemple, des prix qui augmentent de 10%, voire 20%, en une seule journée.

Sur les marchés, l’inquiétude reste importante. Les prix de gros, principal élément qui détermine les tarifs pour les consommateurs, sont encore très élevés pour le gaz et l’électricité. "C’est entre guillemets du jamais vu", précise Laurent Jacquet, porte-parole de la CREG (Commission de Régulation de l'Électricité et du Gaz ).

Si certains espéraient que cette inflation des prix durerait jusqu’à la fin de l’hiver, on parle aujourd’hui de tarifs qui pourraient rester élevés plus longtemps. Un retour à la normale sur le marché des prix de l’énergie n’est donc pas attendu dans l’immédiat, mais cela pourrait évidemment encore changer.

Pression sur les fournisseurs aussi

Cela met aussi la pression sur les fournisseurs. "La situation est difficile pour les clients, mais elle est très difficile également pour les fournisseurs", nous explique Stéphane Bocqué, responsable de la communication à la Febeg (la Fédération des fournisseurs d’énergie). Preuve en est, dit-il, puisqu'"il y a déjà trois fournisseurs qui ont quitté le marché ou ont fait faillite parce qu’ils ne pouvaient plus assumer cette couverture dans les marchés tels qu’ils sont pour le moment".

Pour Stéphane Bocqué, le maintien des contrats à prix fixe devient intenable dans le contexte actuel. Il rappelle qu’actuellement il n’y a pas d’indemnité de rupture pour ces contrats. Ce qui veut dire que si les tarifs diminuent fortement à un moment, les clients vont certainement changer de contrat ou de fournisseur. "Mais entre-temps, le fournisseur a dû, lui, se couvrir pour la durée entière du contrat, soit un an, soit 3 ans. Il est donc exposé d’une manière extraordinaire". Et le responsable de la communication à la Febeg d’ajouter : "Parce qu’avant de vendre de l’énergie, il doit l’acheter lui-même et il doit l’acheter pour la durée du contrat. Et le client, il peut quitter le fournisseur à tout moment sans indemnité de rupture". Tout cela rend cette gestion très difficile en tant que fournisseur pour offrir des tarifs fixes intéressants aux clients, dit-il.

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Et pour le consommateur ?

Pour les personnes avec un contrat à prix fixe, ce qui représente deux tiers des consommateurs (environ 68% en électricité et 64% en gaz), il n’y a pas lieu de s’inquiéter jusqu'à la fin de leur contrat. Par contre, pour ceux dont le contrat à prix fixe arrive à échéance et ceux qui ont un contrat variable, cette augmentation des prix va très clairement impacter leur budget énergie.

La CREG, sur base d’analyses des chiffres du mois de décembre, estime que la facture annuelle pour l’électricité pourrait augmenter de 200 euros par an. Quant au gaz naturel, l’augmentation pourrait être de 1150 euros. Ces estimations de la CREG concernent les contrats variables qui représentent à peu près un tiers des ménages (32% des ménages en électricité et 36% en gaz naturel).

La situation est déjà compliquée pour les ménages, explique Julie Frère de Test-Achats, qui rappelle qu’il s’agit de bien se renseigner dans un contexte où il y a un appauvrissement de l’offre : "tant au niveau des fournisseurs, parce que certains disparaissent du marché, qu’au niveau des contrats, avec de moins en moins de fournisseurs qui proposent des contrats fixes".

Et la porte-parole de l’association Belge des consommateurs d’en déduire qu’un appauvrissement de l’offre veut potentiellement dire "une concurrence moindre et donc des prix plus élevés". Et donc, malgré le peu de choix existant, il s’agit pour le consommateur de bien se renseigner sur les différents outils de comparaison en ligne (la CREG propose une liste sur son site internet) pour savoir si le contrat dont il dispose est le plus intéressant pour son profil.

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Des mesures pour les plus fragiles

Dans ce contexte de prix de l’énergie qui ne cessent d’augmenter, la question des mesures pour aider les ménages les plus fragiles reste d’actualité.

Comme annoncé le 12 décembre, le gouvernement fédéral s’est entendu pour prolonger certaines mesures et en adopter d’autres. Le tarif social, notamment, était élargi à l’ensemble des BIM (bénéficiaires de l’intervention majorée) et prolongé jusqu’à la fin du mois de mars 2022. Reste à voir quelles dispositions le gouvernement pourrait encore prendre ou prolonger si la situation actuelle devait perdurer, comme certains semblent le penser.

Pourquoi les prix de l'énergie flambent ?

Pour rappel, les prix de l'énergie flambent depuis le mois d'avril. En cause : un gros déséquilibre entre l'offre et la demande. Antoine Dumont, responsable de la plateforme comparateur-energie.be, résume : "A partir d'avril, du premier déconfinement, on a eu une reprise économique qui a entraîné une forte demande mondiale pour l'énergie. Au niveau de l'offre, il y a des tensions avec la Russie au sujet de l'Ukraine ou au sujet d'un nouveau gazoduc qui devrait être certifié, il y a aussi des problèmes d'approvisionnement via la Norvège. Récemment, il y a aussi eu des problèmes de disponibilité nucléaire au niveau de la France, qui ont amené à penser que la demande pour le gaz allait augmenter. 

On a donc commencé l’hiver avec un stock de gaz historiquement bas et une demande boostée par la reprise économique. Ce déséquilibre a forcément tiré les prix vers le haut.

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