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"Faites du sport mais réduisez vos contacts": Le cri d'alarme d'un cardiologue-urgentiste liégeois

"Faites du sport mais réduisez vos contacts": Le cri d'alarme d'un cardiologue-urgentiste liégeois

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13 oct. 2020 à 16:56 - mise à jour 13 oct. 2020 à 17:11Temps de lecture4 min
Par Philippe Bughin

La décision est tombée ce mardi en fin de journée, les sports de contact en salle seront interdits pour les plus de 12 ans à partir de ce jeudi. Dans la soirée c'est le foot amateur qui a été mis partiellement à l'arrêt jusqu'au 1er novembre. Pendant ce temps un cardiologue urgentiste tire la sonnette d'alarme.

Semaine après semaine, de plus en plus de matches francophones d'équipes A ou B sont reportés en raison d'au moins un cas de coronavirus dans un des noyaux en question. Le week-end écoulé, rien que dans le Namurois, 33 matches sur 80 n'ont pu avoir lieu chez les seniors hommes.        

Dans toutes les autres provinces, c'est assez comparable avec de deux à trois rencontres sur les huit prévues annulées si l'on ne considère que l'élite provinciale.
Conséquence, des classements en désordre, avec peu d'équipes qui arrivent au total des cinq matches possibles joués.

" Plus personne n'ignore que le risque d'une saison blanche est réelle alors qu'on est au coeur de l'automne, note Vincent Mathieu, directeur sportif des néo-promus de l'Union Sportive Flavion-Morialmé, en P1 namuroise. "Disputer 50% des matches au moins, comme le prévoit la nouvelle règle devient un objectif, mais reconnaissons déjà qu'avec des tableaux aussi déséquilibrés, c'est la porte ouverte, à un moment donné à toutes sortes de petits arrangements.
Sans les tours finaux cette saison, une
équipe, en retard de matches vis à vis des autres comprendra vite quel comportement adopter pour finir en roue libre, prendre des points ou en "offrir". Sans compter que sans plus d'objectif sportifs, des dirigeants seront tentés de ne plus utiliser des joueurs coûteux pour diminuer les coûts d'un club."

Les indispensables rentrées buvettes

La situation actuelle, dans le foot amateur divise, nourrit les conversations, parties de simples hypothèses. Car personne ne sait vraiment de quoi sera fait demain.
En revanche, les dirigeants sont unanimes : poursuivre une activité sportive sans pouvoir compter sur les rentrées buvette, c'est se tirer une balle dans le pied.
"La vente de boissons, la petite restauration, les soupers et autres activités de réjouissances, cela représente toujours plus de 50% des rentrées, mentionne Bernard Hody, président du RCS Andennais, en P1 namuroise. Chez nous, avec les recettes buvette, on n'est pas loin des 90.000 bruts sur un budget global de 150.000 .


Comme au sein de la plupart des cercles sportifs provinciaux, les apports en sponsoring ont chuté de 30 % à 10 %  lors de ces vingt dernières années.
La présence de mécènes, c'est aussi une réalité, mais pour une minorité d'entités.
Les entrées au stade de toutes les équipes, dans le meilleur des cas serviront à couvrir les sorties pour rémunérer les entraîneurs des équipes seniores. Et les cotisations de jeunes ?" Avec plus ou moins 300 par joueur, ce qui représente la moyenne des montants demandés, on ne peut faire un vrai bénéfice. Payer les entraîneurs, coordinateurs, le lavage des maillots, le nettoyage de la buvette et bien d'autres petits frais couvrira la recette...  quand elle est payée par tous les joueurs"

Stopper les matches et les entraînements, fermer les vestiaires et les buvettes, cela engendrera des frais en moins, mais de l'avis de nos dirigenats, il ne faut jamais oublier les frais fixes comme l'eau, l'électricité, les taxes fédérales, l'abonnement téléphonique, de télévision etc...

Voire dans certains cas, des montants promis à quelques joueurs ou ceux déjà perçus à la signature. " C'est encore plus une réalité en D2 ou D3 acff", note Bernard Hody. "Quelle que soit la décision de l'ACFF et des autres autorités, le foot amateur va devoir se réinventer. La période est compliquée. Demander à des sportifs de ne pas s'éterniser dans un vestiaire après nonante minutes d'efforts,  respecter toutes les règles de distanciation dans une buvette est une obligation sanitaire, mais n'est ce pas,  à un certain moment un voeu pieux parce que dans l'euphorie d'une victoire, la détresse d'une défaite, on baissera toujours sa garde, relâchera la pression ?

Gare aux vestaires !

Le Docteur Benoît Cardos est cardiologue, chef du service des urgences à la clinique André Renard, à Herstal. Il est aussi membre d'un centre de cardiologie sportive, boulevard Frère Orban, au centre de Liège.
 

Pour lui,  les Fédérations sportives doivent très vite prendre leurs responsabilités :
Ecrivez le en grand, nous devons  aujourd'hui encore davantage réduire tous nos contacts. Les lock down partiels, par zone d'activités, et le sport collectif en est une, sont, de mon point de vue vivement souhaités. Attention, la pratique sportive en est elle même reste conseillée. Mais nous devons adapter notre pratique aux conditions épidémiologiques du moment. Celles-ci sont préoccupantes. Nous sommes dans la deuxième vague de la crise, avec encore quatre mille contaminations ce jour. Je sors d'une réunion de crise concernant les hôpitaux liégeois. La capacité en lits est toujours là, mais déjà plus l'opérationnel.  Le nombre de soignants disponibles est bien inférieur à la première vague.
 

Pour le médecin liégeois, le risque de contamination lors de la pratique au grand air reste plus faible que lors des contacts préalables à la compétition (situation de co-voiturage par exemple) ou ceux suivant l'effort proprement dit.
Plus il y a d'individus dans un espace restreint comme dans le vestiaire, moins la distanciation sociale sera respectée, et plus les risques de contamination sont importants.  Les vestiaires sont des lieux à la fois chauds et humides, avec des gens qui bougent, se rapprochent.  Comme les respirations peuvent être accélérées, la production de gouttelettes augmente.
 

En clair, le foot à l'extérieur, oui, le reste, à l'intérieur, attention danger...

 


 

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