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Matin Première

Fermer les frontières : choisir entre la solidarité et la sécurité

14 janv. 2021 à 10:23Temps de lecture2 min
Par La bulle de Josef Schovanec

Il y a peu encore, les pays et cultures du monde se caractérisaient par tel ou tel monument, une spécialité gastronomique, ou un patrimoine immatériel, comme dirait l’Unesco. Désormais, place au monde nouveau : à chaque pays, son variant viral.

Evidemment, hélas, dans le nouveau monde, comme dans l’ancien, tous les variants n’ont pas la même célébrité. Certains variants sont de vraies stars, à commencer par le variant anglais, bien sûr. Fait remarquable, quasiment le lendemain du jour de décembre où les tabloïds anglais se sont emparés du nouveau patrimoine national (et tant pis pour Van Ranst, qui a soutenu, grognon, l’avoir identifié bien avant), apparaissait un concurrent redoutable : le variant sud-africain. Encore plus mutant, encore plus redoutable.

Depuis lors, c’est l’explosion : manifestement, le Covid, après avoir pris son temps pour muter, une fois sous les feux de la rampe, se démultiplie en un kaléidoscope génétique.

Variant sud-américain, japonais, etc. Et j’en oublie. Pas de variant flamand ou wallon pour l’heure, qui exigerait la fermeture hermétique de la frontière linguistique en Belgique.

Un virus assez peu abordé par les médias occidentaux pourrait toutefois bientôt devenir le premier problème de l’Europe : le " variant tchèque ".

L’expression est du ministre de la santé polonais, Adam Niedzielski. Les premières heures, on a cru à une sorte de lapsus linguistique. La question tchèque aurait pu en rester à une querelle entre voisins, si le grand journal allemand Die Welt n’avait qualifié ce mercredi la République Tchèque de bombe épidémiologique qui entraîne l’Allemagne dans l’abîme, dans un article intitulé " un voisin dangereux : nous devons parler enfin de la Tchéquie ".

Pendant longtemps, la République Tchèque s’était elle-même, assez fièrement, décrite comme " best in Covid ". Etre soudain considérée comme l’épicentre du virus a donc, logiquement, du mal à passer. Tout comme la Hongrie, qui s’était crue un modèle par, entre autres, sa fermeture des frontières, a dû elle aussi déchanter.

Le vrai dilemme, toutefois est ailleurs : côté allemand. On pourrait se demander, si tout cela est vrai, si c’est un pays étranger qui a réussi à briser le dos du modèle allemand, pourquoi donc ne pas avoir barricadé la frontière, comme le demandent les experts flamands par exemple ? Le hic est que, tout simplement, les Tchèques sont les premiers travailleurs des hôpitaux des régions allemandes voisines.

Fermer la frontière serait donc un véritable suicide pour l’Allemagne, alors même que les recrutements dans le secteur de hôpitaux ainsi que des résidences pour personnes handicapées sont devenus plus difficiles que jamais.

A l’origine de la construction européenne, Robert Schuman avait imaginé un système de courroie d’entraînement, où l’intégration économique forcerait l’intégration politique. De nos jours, la construction européenne pourrait se faire par une autre courroie de transmission : par la nécessité de trouver des collaborateurs dans les hôpitaux au sens large. Or, ces personnes sont devenues la denrée la plus rare et difficile à trouver au sein des frontières nationales. A l’heure où l’étranger est de plus en plus diabolisé, perçu comme un péril biologique, où voyager en Europe est devenu plus tortueux que dans les années 30, c’est bien des hôpitaux que pourrait venir le salut.

 

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