Economie

Fermetures, hausses du prix de la bière : le secteur brassicole doit faire face à de multiples pressions

Secteur brassicole / Craintes concernant le C02

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03 sept. 2022 à 14:52 - mise à jour 03 sept. 2022 à 18:22Temps de lecture3 min
Par Miguel Allo

Depuis vendredi, c’est le Belgian Beer Weekend à Bruxelles. Cet événement est de retour après deux éditions annulées en raison de la pandémie de Coronavirus. Mais il n’est pas certain que toutes les brasseries aient le cœur à la fête. Comme pour d’autres secteurs, le contexte actuel des prix de l’énergie qui explosent et l’inflation viennent s’ajouter à deux années de pandémie de Covid-19.

Malgré ce premier constat, pour la fédération des Brasseurs Belges tout n’est pas noir. Les chiffres du secteur sont à nouveau positifs en 2021 par rapport à l’année 2020 avec une augmentation de la consommation totale de 12,5%. Des chiffres qui restent cependant inférieurs à la consommation de bière en 2019 et plus encore des dernières années, comme le montre l’infographie ci-dessous du rapport 2021 annuel de la fédération.

Consommation en hectolitre
Consommation en hectolitre © Brasseurs Belges asbl

Beaucoup de difficultés

Tout est devenu plus difficile

L’ambition du secteur est donc de retrouver en 2022 les valeurs de consommation de 2019, mais on va le voir, les défis sont encore nombreux pour les brasseurs qui n’ont pas encore retrouvé un chiffre d’affaires équivalent à la période préCovid.

Tout d’abord, nous dit Krishan Maudgal, directeur de la fédération des Brasseurs Belges, il y a la guerre en Ukraine et ses conséquences. L’approvisionnement en matières premières, matériaux d’emballages : "tout est devenu plus difficile". "Le prix du malt a plus que doublé", sans oublier le houblon et le sucre. Pour certains produits cela va jusqu’à une pénurie, à l’image de ce qui a pu se produire il y a quelques semaines pour les bouteilles en verre.

Il y a aussi le prix de l’énergie, le gaz notamment, qui a fortement augmenté. Or, la production de bière consomme beaucoup d’énergie. Sans oublier, le coût du personnel et l’indexation automatique des salaires. En conséquence, les marges actuelles sont sous pression, nous dit-on à la fédération des Brasseurs Belges.

Tout est beaucoup plus compliqué et beaucoup plus cher

A la Brasserie Val-Dieu, le directeur commercial Lionel Delbart confirme les difficultés actuelles et une inflation sur les matières premières en général. Il parle d’un dérèglement total de la chaîne d’approvisionnement. "Tout est beaucoup plus compliqué et beaucoup plus cher". Et forcément "la production coûte beaucoup plus cher". Le directeur commercial ne cache pas qu’il compte augmenter les prix de vente en début d’année pour couvrir l’augmentation des frais.

Pour Lionel Debart, toujours, les causes de cette situation sont multiples. Il y a évidemment eu la pandémie, la guerre en Ukraine, mais il y a aussi la spéculation sur plusieurs marchés.

Tous les éléments du prix de revient de la bière sont à la hausse

Edwin Dedoncker, administrateur délégué à la Brasserie Saint-Feuillien ajoute : "tous les éléments du prix de revient de la bière sont à la hausse." L’homme qui travaille depuis 12 ans dans le secteur brassicole n’a jamais connu une telle inflation, dit-il. Ici aussi, une augmentation du prix de la bière est envisagée à terme.

La crainte d’une pénurie de CO2

A tous les problèmes cités plus haut, vient à présent se greffer une autre menace pour le secteur brassicole. L’approvisionnement en dioxyde de carbone (CO2) est un autre problème lié au prix du gaz qui a flambé. Le CO2 est utilisé dans le secteur de la bière entre autres pour la carbonatation (pétillance) de la bière. Or, pour le produire, il faut beaucoup de gaz naturel. Un gaz dont les prix ont fortement augmenté.

Ce CO2 est obtenu avec des produits fertilisants qui ont comme produit secondaire l’ammoniac (CO2 brut). Des entreprises transforment le CO2 brut en CO2 liquide destiné l’industrie alimentaire. Cinq ou six usines approvisionnent les brasseries mais aussi la production de limonade, transport réfrigéré, dans les abattoirs, transport de vaccins, etc. Or, explique la VRT : "En raison de la flambée des prix du gaz, le plus grand producteur européen d’engrais, la multinationale norvégienne Yara, a récemment fermé ses usines à Sluiskil et à Tertre, en Belgique (province du Hainaut). Yara n’exclut pas non plus que les usines suivront. Il en résulte une pénurie de CO2."

La société aurait proposé de poursuivre sa livraison de CO2 qui, sans entrer dans les détails deviendrait un produit de fabrication secondaire et donc plus cher. "On parle de 100 euros la tonne de CO2 auparavant pour 3500 euros la tonne à présent", nous explique le directeur de la fédération des Brasseurs Belges.

Toujours sur le site de la VRT, on peut lire que la brasserie Huyghe à Melle devrait débourser jusqu’à 5 millions d’euros au lieu de 375.000 euros sur base annuelle pour ce produit, un surcoût que la société ne peut absorber et doit donc arrêter la production.

Les difficultés d’approvisionnement en CO2 concernent pour l’instant un fournisseur, mais on imagine le problème si d’autres usines devaient faire de même pour les brasseries, mais aussi pour tous les autres secteurs qui utilisent ce produit.

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