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"Fils de" : la gêne des gènes

"Fils de" : La gêne des gènes
02 oct. 2020 à 19:10 - mise à jour 02 oct. 2020 à 19:10Temps de lecture3 min
Par Bertand Henne

L’équipe d’Alexander De Croo est paritaire, elle est aussi assez diversifiée avec 3 ministres qui ont une histoire liée à l’immigration. Il y a aussi une ministre qui a été ouvrière. Ce gouvernement est donc assez diversifié dans sa composition mais, ce qui frappe c’est la présence de “fils de”.

Comme en 2014 nous avons droit dans la presse à des photos du Premier ministre en culottes courtes dans les bras de son père. Herman De Croo fier en 2020, comme Louis Michel fier en 2014. Nous ne sommes pas un royaume pour rien ! Oui il existe chez nous de solides dynasties politiques. Et les gènes suscitent un peu la gêne tant le phénomène touche quasiment tous les partis à des degrés divers. Peut-être un peu moins les écologistes, même si on en trouve là aussi des filles, de fils, des neveux, des nièces, des sœurs, des frères. Plongeons-nous dans cette liste longue comme un jour sans bière blonde.

Dans la dernière livraison (liste croisée avec le compte Twitter @dynastiepol) :

  • Alexander de Croo, VLD, fils de président de parti et de ministre.
  • Mathieu Michel, MR, fils de et frère de Premier ministre et président de parti.
  • Vincent Van Petheghem, CD&V, fils de bourgmestre.
  • David Clarinval, MR, entré en politique en succédant à son oncle à la tête commune de Bièvre.
  • Ludivine De Donder, PS, est la compagne du bourgmestre de Tournai.
  • Sarah Schlitz, Ecolo, est petite-fille d’un bourgmestre de Liège.
  • Denis Ducarme, MR, virtuellement ministre wallon durant deux heures (avant que Georges-Louis Bouchez se rende compte que sa nomination était illégale), est le fils d’un ancien président du MR et ministre.

Sans la boulette présidentielle, il aurait rejoint au gouvernement wallon Christophe Collignon, PS, fils et petit-fils de mandataire socialiste.

Le tout sous les yeux des présidents de partis. Dont en Flandre Joachim Coens, Conner Rousseau et Egbert Lachaert sont tout les trois des "fils de”.

Et l’opposition n’est pas immunisée, surtout au PTB ou beaucoup des cadres du parti sont eux-mêmes fils ou filles d’anciens cadres fondateurs.

Contradiction

Pourtant, ceci n’empêche pas le renouvellement. Car elle est jeune cette équipe. Le renouvellement est spectaculaire. Seul ¼ des ministres ont déjà une expérience fédérale. Trois ministres seulement viennent de l’ancienne équipe. Près de la moitié des membres du gouvernement n’étaient même pas élus à la chambre, voire pour certains pas élus du tout.

Voilà l’une des contradictions de cette équipe marquée en même temps par un souci de renouvellement et par la présence marquée des dynasties politiques. Et cela peut contribuer à brouiller le message.

De plus en plus ?

Ce n’est pas un phénomène nouveau. Avant eux, il y a eu les Lutgen, Wathelet, Onkelinx, encore avant il y a eu les Spaak, Eyskens, Van Acker. Dire s’il est en augmentation, demanderait une recherche plus approfondie sur la composition des parlements et des gouvernements depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais on peut le pressentir.

Toutefois, les dynasties politiques existent parce que les "fils et filles de" sont élus par les citoyens. Ensuite, ces dynasties existent aussi dans beaucoup d’autres professions, les profs, les sportifs, les fonctionnaires. La reproduction socio-professionnelle est un phénomène très généralisé.

Mais bien sûr la gêne des gènes provient de ce qu’une large partie de l’opinion aspire (et c’est légitime) à ce que la politique soit plus qu’un métier, plus qu’une profession comme les autres. Voilà pourquoi le phénomène de la reproduction des élites entre elles semble désormais une maladie de la démocratie.

La bonne question, à laquelle je n’ai pas de réponse évidente je l’avoue, c’est de savoir si la reproduction des élites est l’origine de notre fatigue démocratique et de la crise de confiance, ou si c’est plutôt l’inverse. On peut aussi postuler que "les fils et filles de" pullulent aujourd’hui parce que la politique fait fuir, qu’il y a une désertion des partis qui se retournent vers leurs cadres faute de candidats solides venant de l’extérieur. Au fond, cela tient un peu la poule et l’œuf cette histoire. Pour sortir du paradoxe, il faut affronter le problème très profond de l’usure des partis, dont certains prévoient la disparition à terme. Quoi qu’il en soit, ce gouvernement est à l’image de l’état actuel des partis. En recherche de renouvellement et d’ouverture, mais inexorablement rongés par la culture de l’entre-soi.

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