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Mobilité

Fin des voitures thermiques : le rétrofit, une solution pour la transition écologique, bientôt plus abordable ?

En 2035, sauf exception, seuls des véhicules neufs 100% électriques seront vendus en Europe. La décision a été approuvée, la semaine dernière, par les 27 États membres de l’Union européenneCela laisse donc 13 ans pour s’y préparer. Ce qui est peu.

Parmi les pistes de solution : le rétrofit. Le fait de transformer sa voiture thermique en voiture électrique. C’est possible, mais c’est encore très coûteux.

Rétrofiter sa voiture en 4h pour maximum 8000 euros

Aymeric Libeau, fondateur de Transition One.

Démocratiser la pratique, c’est l’ambition d’Aymeric Libeau. Il y a 4 ans, cet entrepreneur français a fondé Transition One, une entreprise dont l’objectif est de permettre à tout le monde de rétrofiter sa voiture, partout en Europe, pour un coût total de 7000 à 8000 euros (sans les éventuelles primes). Une transformation qui pourrait se faire en 4 heures chez un partenaire franchisé.

Pour nous convaincre, il nous montre une Fiat 500, un ancien diesel de 11 ans d’âge rétrofité. Elle a déjà plus de 14.000 km au compteur depuis sa modification.

Une Fiat 500, d'11 ans d'âge, qui était auparavant une voiture thermique diesel, et qui maintenant est une voiture électrique à 100%.
Une Fiat 500, d'11 ans d'âge, qui était auparavant une voiture thermique diesel, et qui maintenant est une voiture électrique à 100%. RTBF

Concrètement, le bloc moteur a été remplacé par un moteur électrique et les batteries, fixées à la place du réservoir où se trouve désormais la prise de recharge (comptez 5h de recharge sur une prise domestique, 2h30 sur une borne de recharge). Finalement, aucune place n’est perdue : "Pour réussir un rétrofit il ne faut réutiliser que les espaces qu’on a libérés. Donc le coffre et les places dans la voiture sont toujours là, on ne les a pas réutilisés".

Une autonomie réduite à 100 km

Mais si la voiture conserve tout son espace, son autonomie, en revanche, est limitée à 100 km : "La question de l’autonomie est toujours une vraie question parce qu’on aimerait toujours avoir plus d’autonomie. Les 100 km d’autonomie sont une approche raisonnable. On n’est pas dans un contexte où on cherche à remplacer une voiture pour une autre. On est dans un contexte où on cherche à réduire les émissions de gaz à effet de serre. En mettant moins d’autonomie, c’est-à-dire en ciblant 90% des usages les plus fréquents, c’est moins de CO2 pour fabriquer le rétrofit", justifie-t-il.

Et d’ajouter : "Une voiture comme la Renault Zoé, c’est sept tonnes pour la fabriquer. En mettant une autonomie raisonnable, quand on va faire le rétrofit de cette voiture, c’est entre deux et trois tonnes. Donc il faut bien avoir en tête, cette approche vertueuse. Ce n’est pas simplement qu’un sujet automobile, c’est surtout un sujet de transition écologique : comment on va faire mieux demain que ce qu’on faisait hier".

Une homologation nécessaire par modèle

Reste que si en France la pratique est autorisée depuis 2 ans, chaque modèle modifié doit être homologué (cette Fiat 500 n’est d’ailleurs qu’un prototype). Et cela a un coût : entre 100.000 et 800.000 euros, selon le modèle.

"Aujourd’hui on travaille à l’homologation des cinq premiers modèles (la Fiat 500, la Twingo, le Kangoo, la Renault Clio et la Mini) pour étendre ensuite à d’autres modèles aussi populaires", explique Aymeric Libeau. "Nous sommes sur une levée de fonds de plusieurs dizaines de millions d’euros qui va se concrétiser dans les prochains mois. Et c’est ce qui nous permet d’industrialiser. On prévoit nos premières livraisons de véhicules homologués fin 2023 pour la France. Au niveau européen, cela va dépendre de la vitesse à laquelle la Commission européenne va harmoniser la réglementation du rétrofit industriel en Europe".

Un investissement qui vaut la chandelle pour cet entrepreneur : "On est au début de l’ère du rétrofit et l’ère du rétrofit va être incontournable", affirme-t-il. "Incontournable parce qu’il y a tellement de voitures que si on veut toutes les remplacer, il va falloir minimum 20 ans. Sauf qu’on a plus ces 20 ans. La transition écologique, c’est là et donc, d’ici un an, un an et demi, sur l’Europe, il va y avoir plusieurs pays où il sera possible de rétrofiter sa voiture".

Des homologations possibles chez nos voisins, mais pas en Belgique

Yves Toussaint, entrepreneur, fondateur de Courant Alternatif Engineering.

En Belgique, il faudra attendre un cadre légal avant que ce ne soit possible. 

Yves Toussaint, entrepreneur, fondateur de Courant Alternatif Engineering ne le sait que trop bien. Ce spécialiste de l’automobile a rétrofité une vieille Ford Escort de 1974 dans le cadre d’une start-up universitaire (Green Propulsion), mais depuis, le projet de rétrofit a dû être mis de côté. Et pour l’instant, il ne peut pas rouler avec.

"Aujourd’hui, pour pouvoir homologuer une voiture rétrofitée, d’abord vous devez avoir l’accord du constructeur, ce qui est totalement impossible ; et ensuite vous devez passer toute une série de tests qui sont hors de budget par rapport au rétrofitage", explique-t-il.

une vieille Ford Escort de 1974 rétrofitée.
une vieille Ford Escort de 1974 rétrofitée. RTBF

En revanche, "aux Pays-Bas ou en Allemagne, il y a l’homologation individuelle. Donc vous pouvez amener votre voiture que vous avez faite rétrofiter ou que vous avez rétrofité vous-même. Vous la présentez aux autorités qui ont les compétences techniques pour vérifier si cette voiture correspond bien à toutes les normes exigées […]. C’est un coût abordable, maximum 2000 euros tout compris, mais il faut faire transporter véhicule là-bas". Et se débrouiller pour obtenir des plaques hollandaises ou allemandes. Sans oublier, qu’il faudra alors importer le véhicule en Belgique et en payer les frais administratifs.

Cette solution, Yves Toussaint y pense : "Pour le moment, j’espère toujours aboutir à une solution avec les autorités belges. Je préfère avoir homologation belge. Mais si cela n’avance pas mieux, on devra passer par une homologation par les Pays-Bas".

Une solution pour le printemps 2023 en Belgique ?

Le ministre de la Mobilité, Georges Gilkinet.

Ce cadre légal belge, le ministre de la Mobilité, Georges Gilkinet, dit y travailler depuis un an et demi et assure qu’il sera prêt pour l’année prochaine : "Nous serons prêts au printemps. On est en voie de finalisation, à la fois avec les Régions qui sont également compétentes et le secteur. On pourra le (le rétrofit, ndlr) faire d’autant plus facilement au printemps avec quelques règles simples : avoir retiré le réservoir à carburant, conservé la longueur, les masses, le poids, la puissance (sauf pour les véhicules à très petite puissance) ; et on aura un circuit d’homologation simplifié pour permettre le rétrofit des voitures".

Concrètement, "ce sont des kits qui seront mis dans le commerce par des sociétés spécialisées dans les moteurs électriques […]. Ce sont de nouvelles filières industrielles qui vont se développer comme on électrifie nos vélos […] On va agréer des garages spécialisés pour faciliter l’homologation. On estime, à ce stade, à 500 garages qui pourraient être agréés. Des particuliers pourront aussi le faire, mais en passant par des filières d’homologation un peu plus lourde".

En attendant, rétrofiter votre voiture coûte aujourd’hui entre 9000 et 50.000 euros, selon le modèle et l’autonomie. Parfois beaucoup plus encore, sans compter le coût de l’homologation.

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