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Justice

Fin du procès des attentats de Paris : tous ont pris la parole, "Je ne suis pas un tueur" dit Salah Abdeslam

Salah Abdeslam, dernière prise de parole
27 juin 2022 à 09:14 - mise à jour 27 juin 2022 à 11:51Temps de lecture8 min
Par Patrick Michalle avec Mélanie Joris

Dernière audience ce lundi du procès des attentats du 13 novembre 2015. Comme le prévoit la procédure, les quatorze accusés du procès ont pris la parole en dernier, ensuite les juges ont mis fin aux débats et vont maintenant délibérer à la fois sur la culpabilité et sur les peines. Le jugement sera rendu mercredi au plus tôt à 17 heures.

Salah Abdeslam, "la dernière fois que je m’adresse à vous"

"Mes premiers mots seront pour les victimes. Celles qui nous écoutent à la webradio et celles qui n’ont pas pu déposer à la barre. Je vous ai présenté mes excuses et certains vous diront qu’elles sont insincères, que c’est une stratégie comme si vous aviez besoin de quelqu’un pour juger la sincérité d’un homme". Il évoque la souffrance, le nombre de morts "C’est peut-être la dernière fois que je m’adresse à vous. Ça n’a échappé à personne mon évolution au cours de ce procès. Je voudrais expliquer des épisodes de mon incarcération, pas pour me plaindre, loin de là, ce serait ridicule de comparer ma souffrance à la vôtre" Il évoque des épisodes très pénibles de sa détention avec des mauvais traitements subis. "Après 6 ans d’isolement, on m’a emmené dans cette enceinte, on m’a empêché de parler à qui que ce soit, je n’avais pas vu autant de monde depuis longtemps, j’étais sur les dents. C’était le choc social. J’ai été un petit peu dur dans mes paroles et je le regrette. Je vous dis aujourd’hui, ce que je n’ai pas réussi à dire hier. Je me suis apaisé parce que j’ai retrouvé ce semblant de vie social" Il salue les avocats de la défense : " Vous avez accompli un travail formidable, je tiens à le saluer. C’est avec l’épée du parquet sur le cou que je m’adresse à vous, l’opinion publique dit que j’étais dans une terrasse avec une kalach et que j’ai tiré, l’opinion publique pense que j’étais au bataclan et que j’ai tué les gens. La vérité est à l’opposé". Il termine en évoquant dix réquisitions de perpétuité : "à hauteur des faits, mais pas à hauteur des hommes qui sont devant la cour". La perpétuité est requise contre quatre des accusés présents au procès, les autres ne sont pas là, présumés morts en Syrie. "Le président n’a cessé de répéter que les assassins ne sont pas dans ce box. J’ai reconnu que je ne suis pas parfait, j’ai fait des erreurs, entré en prison à 26 ans, mais je ne suis pas un assassin, je ne suis pas un tueur. Et si vous me condamnez pour assassinat, vous commettriez une injustice".

Mohamed Abrini

"Je tenais à dire à la cour que je n’ai pas attendu le procès pour avoir des remords ou des regrets. J’ai mis des visages sur les victimes, j’ai conscience que ce qui est arrivé est immonde. Tous les jours, j’ai des regrets. À cause de moi, Abdellah Chouaa a fait de la prison alors qu’il est innocent". Il évoque les torts causés : "Je me dis que quelque part, j’aurais pu arrêter tout ça. C’était très difficile pour moi de regarder les victimes assises dans la salle. J’espère que les victimes vont pouvoir tourner la page, avancer, se reconstruire. Tout ça n’aurait jamais dû se passer. J’ai encore du mal à y croire, mais c’est la réalité et je présente encore une fois toutes mes excuses aux victimes et j’espère sincèrement, du fond de mon cœur, qu’elles sauront avancer dans la vie et se reconstruire". 

Hamza Attou, le convoyeur après Paris

Hamza Attou s’est exprimé le premier lors de cette dernière audience, c’est l’un de ceux qui ont récupéré Salah Abdeslam à Paris et qui comparaît livre aux audiences depuis le commencement du procès : "j’ai confiance en la justice depuis le premier jour de mon incarcération, j’ai fait tout ce qu’on m’a demandé de faire, les analyses psychiatriques, même si j’étais contre parce que je ne comprenais pas ce que je faisais là-bas". Il a poursuivi en indiquant qu’il condamnait tous les attentats terroristes puis s’est adressé à ceux qui l’ont aidé et fait un pas vers lui : " je voudrais remercier les victimes et les familles qui sont venues vers moi, je leur souhaite le meilleur et de pouvoir surmonter tout cela même si ce sera difficile. Je voudrais remercier mes avocates, psy, éducatrices, ceux qui m’ont tendu la main malgré le contexte". Et s'adressant aux juges : "merci la cour d’avoir fait en sorte que les audiences ne soient pas trop longues. Je n’ai rien préparé parce que j’ai du mal à me concentrer suite à des soucis de logements. J’espère que vous serez juste ".

Abdellah Chouaa, l’ami d’Abrini

L'accusé Abdellah Chouaa comparaît libre
L'accusé Abdellah Chouaa comparaît libre PaliX

C’est ensuite Abdellah Chouaa, qui a la parole. Très ému, il doit s’y reprendre à plusieurs fois : "J’ai très peur de votre décision, tellement peur que vous fassiez une erreur parce que je suis innocent. Je ne suis pas un terroriste, je ne l’ai jamais été, je ne suis pas parmi ces gens-là. Certes j’ai accompagné Abrini à l’aéroport et été le rechercher, mais je n’ai jamais su ce qu’il avait en tête. Je suis innocent". Il évoque la souffrance qui est la sienne depuis le début du procès : "Ce procès a été très difficile pour moi. Et franchement, je t’en veux frère, ça a détruit ma vie (il se retourne vers le box, vers Abrini), je ne sais pas si un jour je te pardonnerai, je souffre". Il évoque son jeune fils : " Il m’a demandé si je serais présent à la remise de son CEB, j’ai honte, je lui ai dit : " Papa, il travaille ". Je n’ai pas eu le courage de lui dire". Il évoque ensuite les réquisitions : "Il y a deux semaines, j’ai été tétanisé par le réquisitoire du parquet, ça m’a détruit, j’ai perdu toute confiance. En sortant du palais, je me suis mis sur la place de la fontaine, sans dire au revoir à mes avocats, j’en ai beaucoup souffert et j’en ai pleuré". Après avoir remercié l’ensemble des parties, il s’est adressé aux juges "Grâce à votre décision, j’aimerais protéger la vie de mes enfants".

Ali Oulkadi a véhiculé Salah Abdeslam entre Laeken et Schaerbeek

Ali Oulkadi
Ali Oulkadi PaliX

Ali Oulkadi s’adresse à la cour en larmes : " je suis vraiment stressé, c’est difficile de trouver les derniers mots, d’autant plus que mes avocats ont déjà dit l’essentiel. Pour moi, comme pour tout le monde, il y aura un avant et un après. Je vais devoir vivre avec le restant de ma vie. Il y a un moment que j’appréhende beaucoup, le moment où je vais devoir expliquer tout ça à mes enfants". Il évoque ensuite le terrorisme : "J’espère que ce fléau sera éradiqué, ça n’a servi qu’à gâcher des milliers de vies. J’espère pouvoir retrouver ma vie comme je l’ai laissée même si je sais que ce ne sera plus jamais pareil, l’éducation de mes enfants, c’est le plus important. Être avec ma femme et mes parents qui m’ont soutenu et qui m’ont donné de la force. Je veux les remercier". Il termine en adressant ses remerciements à ses avocats et à l'ensemble des professionnels qui ont pris part à l'organisation du procès : "Je fais confiance à la justice et à vous Monsieur le président et la cour"

Osama Krayem et Muhammad Usman

Ils se lèvent brièvement pour indiquer qu'ils n'ont rien à dire, une attitude dans la ligne de celle qu'ils ont adoptée tout au long du procès.

Farid Kharkhach, l’intermédiaire dans les faux papiers

Farid Kharkhach
Farid Kharkhach PaliX

"Merci de m’avoir traité avec respect, je remercie aussi mes avocates. Vendredi, je me suis demandé ce que je devais dire, ce qu’on attendait de moi. Elles m’ont dit de parler avec mon cœur. Si j’écoute mon cœur, je dois remercier tout le monde, même les pompiers quand j’étais malade, tout le monde dans la salle sans exception". Il remercie ses trois avocates puis enchaîne avec les parties civiles " vos témoignages m’ont beaucoup touché et je les porterai dans mon cœur jusqu’à la fin de mes jours. Vous m’avez appris le courage, le respect, et le pardon ". Alors ce procès, c’était très dur, le premier jour, j’ai fait un malaise. Je ne pensais pas que j’allais tenir. Ce procès, c’était une épreuve. On a dit de moi que j’étais lâche et que je savais qu’ils étaient dangereux. Non, je ne savais pas qu’il était dangereux, je n’avais pas le moindre doute, je ne savais pas sa radicalisation ou sa dangerosité. Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait, mais je ne veux pas qu’on me colle cette étiquette de terroriste qui me bouffe de l’intérieur. Je continue de faire confiance et de croire en la justice".

Mohamed Amri, qui s’est rendu à Paris pour récupérer Salah Abdeslam

"Ces derniers mois ont été difficiles. Le premier jour du procès, je suis arrivé et je me suis dit que je n’arriverais jamais à prendre la parole devant tout le monde pourtant ça fait des années que j’attends ce procès. J’ai pris la parole et j’ai l’impression d’avoir été entendu". Pour cela il remercie la cour puis revient sur son rôle : "Pour les faits, ma position n’a pas changé. Je suis désolé d’avoir amené Salah Abdeslam (de Paris vers Bruxelles), j’aurais dû le dégager de la voiture, je ne comprends pas pourquoi je ne l’ai pas fait. Si c’était à refaire, je ne le referais pas. Croyez-moi ".

Ali Haddad Asufi

"Pour ce qui est des éléments du dossier, tout a été dit par mes avocats. Mais je tiens à redire que je n’ai jamais participé à la préparation de ces attentats, jamais de près ou de loin. Je n’ai jamais été mis au courant par Ibrahim El Bakraoui et je n’aurais jamais accepté ça en connaissance de cause. Je veux aussi vous dire que j’ai toujours condamné ces attentats sans aucune réserve. Ça fait 6 ans et 18 jours que je clame mon innocence, j’attends beaucoup de votre verdict.

Adel Haddadi

"Je sais que j’ai fait des fautes et des mauvais choix, je regrette sincèrement. Ça fait presque sept ans que je suis en prison, j’ai travaillé sur moi, j’espère faire quelque chose de bien de ma vie".

Sofien Ayari

"Pour ma défense, je ne sais pas quoi dire, depuis le début du procès, si on se défend on a une défense de vendeur de shit, si on se tait, c’est du mépris. Si on ne comparait pas, on est irrespectueux, si on comparait, ce n’est pas une marque de respect non plus ; je ne sais pas quelle attitude adopter. J’ai l’impression que quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, ça manque de sincérité. Moi, j’ai été clair, j’ai expliqué les raisons pour lesquelles je me suis tu. Je ne sais pas comment m’expliquer, je me suis senti redevable, mais il y a des réponses que je ne peux pas apporter. Ce que je peux, je les ai apportés".

Mohamed Bakkali

Qui a refusé de s'expliquer pratiquement tout au long du procès : "Je voulais condamner fermement ces attentats et je voulais présenter mes excuses aux victimes. Je ne l’ai pas fait avant parce que je considérais que ces mots n’avaient pas leur place face à leur douleur".

Yassine Atar

"Je rassure tout le monde, je ne vais pas être long", lui qui a été présenté comme le beau parleur de ce procès :"Je voudrais dire aux parties civiles : vous avez montré une dignité énorme et j’espère que ce procès va vous aider à aller mieux. J’espère que vous avez compris que je n’ai strictement rien à voir avec Oussama Attar (son frère aîné) et avec les attentats. Le parquet national antiterroriste demande 14 années de prison, je suis innocent et je dois être acquitté. Je n’ai jamais apporté une aide aux El Bakraoui. Dans quelques jours, mon fils fêtera ses 7 ans, j’espère pouvoir le fêter avec lui pour la première fois parce que j’ai confiance en la justice. Je n’ai rien à faire dans ce box. J’ai été envoyé en prison pour une raison injuste, aujourd’hui je dois être acquitté pour le juste".

Dix mois de procès : quatre-cent-quinze parties civiles ont pris la parole

Ce procès a duré dix mois et a permis à 415 parties civiles de s’exprimer sur les plus de 2000 qui sont représentées dans la procédure. Il s’agit à la fois de personnes survivantes des attentats, de familles et de proches des victimes, ainsi que les personnes qui ont été lésées en raison de leur présence ou de leur intervention dans le cadre des attentats. Les trois juges professionnels de la cour d'assises spécialement composée ont mis fin aux débats de ce procès et sont entrés en délibération. Leur verdict sera communiqué mercredi en fin d'après-midi au plus tôt. 

Les peines requises

Le parquet national antiterroriste (PNAT) a requis la peine la plus forte envers Salah Abdeslam, soit la réclusion à perpétuité avec une période de sûreté incompressible. Contre Mohamed Abrini, une peine de perpétuité est requise également avec une période de sûreté de 22 ans. D’autres accusés comme Osama Krayem, Sofien Ayari et Mohamed Bakkali, risquent également la réclusion à perpétuité. Pour les autres accusés, les peines requises vont de cinq à trente ans selon leur implication avant et après les attentats.

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