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Matin Première

Forte hausse des taux d'intérêt sur les crédits hypothécaires, conséquence de l'inflation

Le marché matinal

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05 avr. 2022 à 06:30Temps de lecture3 min
Par A. Louvigny sur base d'une séquence de Simon Bourgeois

Les taux d'intérêt sur les crédits hypothécaires repartent fort à la hausse. Ça coûte donc plus cher qu'il y a quelques semaines d'emprunter pour s'acheter une maison ou un appartement : conséquence directe de l'inflation. Et cette hausse est assez impressionnante.

Une augmentation non-négligeable

En deux mois, les taux d'intérêt des crédits hypothécaires ont augmenté de 0,5 point de pourcentage, c'est beaucoup. Ça veut dire que quelqu'un qui s'est renseigné pour avoir un crédit auprès de sa banque il y a deux mois, à ce moment-là, on lui annonçait un taux d'intérêt probablement autour de 1,5 - 1,6%, et aujourd'hui, on est plutôt autour de 2%. Pour vous donner un ordre de grandeur, ça veut dire que sur un emprunt, disons, de 300.000 € sur 20 ans à un taux fixe, ça fait une augmentation de 80-90 € par mois. Les mensualités augmentent de 80-90 € par mois, donc vous voyez que ce n'est pas négligeable.

Vincent Bada, le patron de la Centrale du crédit hypothécaire nous dit que oui, ça grimpe vite pour le moment, notamment avec la guerre en Ukraine. "On a des annonces de hausse sans cesse depuis le début du conflit, donc voilà, c'est reparti de manière violente et on arrive à un pic en ce mois d'avril. De mémoire, c'était aux attentats des tours jumelles que j'avais eu des hausses comme ça."

Mais les taux restent très bas

Si on relativise un petit peu et qu'on dézoome, malgré ces hausses "violentes", les taux restent historiquement très bas, même s'ils sont en train de remonter. Pour se rappeler, il y a 10 ans, on empruntait quand même à 5-6%, donc les conditions restent malgré tout favorables.

Si les taux remontent ainsi, ça a plus à voir avec l'inflation en réalité, qui est elle-même une des conséquences de la guerre en Ukraine. On le sait, le coût de la vie augmente très fort pour l'instant, il y a trop d'inflation aujourd'hui et ça peut être dangereux, parce qu'à la longue, ça pèse sur le pouvoir d'achat des ménages. On a plus de mal à acheter des choses, et donc les revenus des entreprises diminuent.

La banque centrale veut à tout prix éviter ça. C'est même le but ultime d'une banque centrale, c'est la stabilité, la prévisibilité des prix. C'est la raison d'être de la banque centrale, particulièrement l'européenne, avec un objectif, même presque un Graal qu'on répète à l'envi, c'est 2% d'inflation. Aujourd'hui, on est à 8% d'inflation. On est donc bien au-delà de cet objectif.

Que peut faire la Banque centrale européenne pour calmer cette inflation qu'on connaît aujourd'hui ? Un des outils dont elle dispose, c'est brider la consommation, faire en sorte que les gens achètent moins et que les entreprises investissent moins... en leur prêtant pour plus cher. Si la banque centrale augmente ses taux d'intérêt, les banques commerciales chez qui on emprunte vont répercuter cette augmentation des taux d'intérêt. Et comme ça coûte plus cher d'emprunter, on sera moins tentés d'emprunter pour s'acheter une maison, une voiture, un ordinateur, pour consommer. Les entreprises seront moins tentées d'emprunter pour investir, acheter des machines, construire des bâtiments.

Ce qui permettra, comme l'explique Bernard Keppenne, chef économiste chez CBC, de reprendre le contrôle de l'inflation. "L'objectif est clairement d'éviter d'avoir un dérapage inflationniste, c'est-à-dire une inflation qui devient hors de contrôle, avec comme objectif clairement de ralentir l'investissement, de ralentir un peu la consommation en disant que la remontée des taux sera favorable aux placements. Et donc, on veut éviter d'avoir des tensions trop importantes dans l'économie en agissant sur les taux d'intérêt."

Encourager à ne pas dépenser

Encourager le placement, encourager à mettre son argent de côté plutôt que de le dépenser pour le moment, parce que s'il y a moins de consommation, moins de demande, les prix vont diminuer. La boucle est bouclée. C'est une manière de réguler l'inflation. En fait, les taux d'intérêt, c'est le principal outil dont dispose la banque centrale pour retrouver une certaine stabilité et prévisibilité des prix.

Pour autant, les taux d'intérêt restent historiquement bas, donc il ne faut pas exagérer cette augmentation non plus. Par ailleurs, cette remontée des taux décidée par les banques centrales, elle vient seulement d'avoir lieu aux États-Unis, et encore, de manière très légère pour le moment. C'est le début seulement d'une tendance. Chez nous, la Banque centrale européenne ne le fera pas avant la fin de l'année. Donc, les taux restent avantageux, mais c'est clair, il faut se mettre ça dans la tête, on sort d'une période où l'inflation a été très faible pendant plusieurs années. Et donc, oui, on change de période, inévitablement, les taux vont remonter. Même si ça va être progressif et léger, les taux d'intérêt vont remonter dans les prochains mois et les prochaines années.

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