Guerre en Ukraine

Fosses communes, chasse aux déserteurs, privations : Olenka raconte un mois d’occupation russe

Dossier de la rédaction

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30 mars 2022 à 20:06 - mise à jour 31 mars 2022 à 14:26Temps de lecture2 min
Par Anthony Roberfroid d'après le reportage d'Aurélie Didier

Comment vit-on en Ukraine en zone occupée? Et comment se comporte l'armée russe sur place? Nos envoyés spéciaux ont pu rencontrer une jeune Ukrainienne, qui travaille pour une grande entreprise internationale. Il y a un mois, elle a vu arriver les troupes russes dans son village entre Kiev et Tchernobyl. Sous l’occupation des hommes de Vladimir Poutine, Olenka a connu le manque de nourriture, les pillages mais aussi la vie sans communication extérieure et sans électricité.

Elle vient tout juste de s’enfuir de cette zone grâce à une sorte de couloir humanitaire et nous a alors raconté son histoire... et celle des jeunes soldats qu'elle a croisés:

"Ils sont entrés chez des gens de ma famille. Ces soldats étaient de tout jeunes gars. Les Russes ont expliqué que cela faisait déjà six mois qu’ils étaient en exercice militaire, et ils sont ensuite entrés en Ukraine. Ils disaient : " Nous sommes épuisés, on veut rentrer chez nous et revoir notre famille ".

Des jeunes soldats peu motivés, certains étaient plutôt aimables avec les habitants, mais il y a aussi eu des pillages, peut-être parce que les soldats eux-mêmes n’avaient pas assez à manger. Et le FSB, les services secrets russes, sont arrivés à la recherche de déserteurs.

"De tout jeunes gars qui avaient l’air d’avoir 18-20 ans patrouillaient dans les rues, raconte Olenka. On m’a dit que certains désertaient. D’autres troupes sont arrivées ensuite. Ils avaient l’air d’être du FSB. Eux, ils recherchaient les soldats dans les maisons des habitants. Ils pensaient que des jeunes se cachaient chez nous car ils ne voulaient pas faire la guerre".

Et puis, il y avait les soldats tchétchènes...

"Les volontaires du village n’avaient pas peur des Russes, mais ceux qui se promènent avec des barbes, ce sont des Tchétchènes. Eux, nous en avons peur. Même les soldats russes nous ont dit avoir peur des Tchétchènes".

Les pertes russes sont importantes, pense-t-on. Impossible d’avoir une estimation, mais Olenka explique que l’armée russe a creusé une fosse commune près de chez elle. Les cadavres des soldats russes y ont été déversés pratiquement comme du bétail, un événement qui l’a fortement choquée et perturbée:

"Un jour, mon beau-frère m’a dit que les Russes avaient transformé l’école en hôpital. Je me suis demandé : " mais où mettent-ils ceux qui ne survivent pas ? " J’ai parlé aux gens qui habitent près de cette école, qui pouvaient voir ce qui se passait, et ils m’ont dit que les Russes chargeaient les cadavres sur des camions pour les jeter dans une fosse. Ils levaient simplement la benne dans la fosse. C’est dans le centre du village, à 500 mètres de ma maison. Ils ont creusé là la fosse où ils jettent les cadavres. Quand j’ai eu confirmation de ça, je n’ai plus pu boire l’eau de notre puits. Heureusement, j’avais encore une réserve d’eau en bouteille. Je ne buvais que cette eau-là. Et quand ma mère préparait de la soupe, je ne pouvais pas en manger. Psychologiquement, je ne pouvais rien consommer qui contenait cette eau."

Il n’y a plus d’électricité dans cette zone ni d’eau courante, donc plus de frigidaire. Olenka s’inquiète à présent pour son père qui est resté là-bas et qui a besoin de médicaments, mais aussi pour les jeunes enfants parce qu’il n’y a plus d’aliments pour bébé ni de lait. Ils risquent donc de subir des carences alimentaires.

 

La jeune femme a réussi à s’échapper de son village. Pour protéger sa famille, elle a décidé de témoigner à visage caché. Elle s’inquiète pour ses proches restés sur place. Son père malade risque de bientôt manquer de médicaments.

À travers le récit de son vécu, elle espère montrer au monde ce qu’est la vie sous l’occupation russe.

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