Belgique

Fossiles de dinosaures et business... un marché juteux qui agace les paléontologues

29 juil. 2022 à 15:00 - mise à jour 29 juil. 2022 à 19:30Temps de lecture2 min
Par Pascale Bollekens avec Sophie Mergen

Le Tyranosaurus Rex, c’est l’un des dinosaures qui fascine le plus et qui a le plus de valeur. Mais le spécimen le plus cher de l’histoire c’est Stan, un grand T-Rex américain exposé, lui aussi, au Musée des sciences naturelles de Bruxelles, enfin on peut en admirer plus précisément une reproduction, un moulage en 3D. C’est que l’original a été vendu aux enchères à 32 millions de dollars. Des sommes astronomiques qui peuvent faire rêver comme ce visiteur qui avoue que s’il avait de l’argent, il l’aurait sans doute acheté. D’autres visiteurs en revanche, se demandent pourquoi on ne donne pas davantage de moyens à nos musées pour leur permettre d’acquérir ce genre d’objet...

T-Rex au Musée des Sciences naturelles
T-Rex au Musée des Sciences naturelles RTBF

Les fossiles, objets scientifiques sont-ils devenus des objets de luxe ?

Le fait est là, depuis quelques années, de riches propriétaires privés les achètent à prix d’or et cela irrite les paléontologues. Thierry Smith est l’un d’entre eux, il mène ses recherches à l’institut royal des sciences naturelles : "C’est aberrant de voir des valeurs pareilles proposées dans ces ventes aux enchères. En fait, ce sont des objets scientifiques. C’est devenu comme dans le monde de l’art de la spéculation sur des objets que les gens veulent posséder, ils veulent leur dinosaure à eux et donc, ces fossiles ne sont plus accessibles aux chercheurs et au public."

"Nous pouvons montrer le spécimen, nous pouvons même l’étudier mais nous ne pouvons pas publier les résultats de nos recherches."

Les fossiles seraient-ils devenus des objets de luxe? Même au musée des sciences naturelles, un squelette original d’allosaure qui trône dans la galerie des dinosaures, appartient à un propriétaire privé. Celui-ci l’a acheté pour la modique somme de 2 millions d’euros. S’il prête bien son précieux squelette au musée. Les chercheurs ne peuvent pas faire tout ce qu’ils veulent comme nous l’explique Thierry Smith : "Nous pouvons montrer le spécimen, nous pouvons même l’étudier mais nous ne pouvons pas publier les résultats de nos recherches."

C’est un frein à la recherche

Autrement dit, dans ce cas de figure, nos scientifiques ne peuvent pas partager leurs résultats. Notre paléontologue s’explique : "Il s’agit ici d’une nouvelle espèce d’Allosaure. Nous devons donc suivre un protocole bien précis, le code de nomenclature en zoologie pour décrire l’espèce. Cela nous impose de le déposer dans une institution publique, en l’occurrence l’institut des sciences naturelles, or nous ne le pouvons pas parce qu’il appartient à un propriétaire privé. Si un jour, il accepte de le donner à l’institut, il n’y aura plus de problème."

Et se poursuivre, "C’est la limite de ce type de prêt. Il est positif pour le public et les visiteurs mais pour la science, c’est moins intéressant même si nous pouvons mener des recherches nous ne pouvons pas les divulguer de manière scientifique. C’est un frein à la recherche."

Nos iguanodons ne sont pas à vendre

Reste les iguanodons qui ont été découverts chez nous à Bernissart et qui appartiennent bien eux, à l’État belge. C’est grâce à cela qu’on peut les observer depuis plus d’un siècle. Là encore, le chercheur estime que même si les dinosaures sont devenus objets de convoitise, il ne servirait à rien d’essayer de les revendre au prix fort : "Ce serait une aberration, ils doivent rester propriété de l’Etat pour être présentés au public, ce sont les dinosaures de tous les Belges. Cela n’aurait aucun sens de les revendre pour faire de l’argent qui servira à autre chose."


A lire aussi : La technologie au secours des iguanodons


Le dinosaure, un objet de convoitise aujourd’hui mais surtout un sujet de l’évolution de notre planète qui est extraordinaire et qui s’est arrêté subitement, il y a 66 millions d’années.

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