Belgique

Fracture numérique : la situation s’aggrave, la moitié des Belges sont en situation de vulnérabilité numérique (infographies)

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02 sept. 2022 à 10:14 - mise à jour 02 sept. 2022 à 11:19Temps de lecture3 min
Par Françoise Berlaimont

Le constat est tranchant : 46% des personnes entre 16 et 74 ans sont en vulnérabilité numérique, une situation en augmentation depuis que la crise du Covid-19 est passée par là. La numérisation à marche forcée de la société laisse de côté les personnes à faibles revenus et peu diplômées.

Dans son dernier Baromètre de l’inclusion numérique, la fondation Roi-Baudouin estime la situation préoccupante et appelle à des solutions alternatives.

Une augmentation partout, particulièrement en Flandre

On en fait tous l’expérience : il est devenu quasi impossible de joindre une voix humaine au téléphone à qui exposer sa demande. Un message nous renvoie au site numérique de l’institution. Il est donc de plus en plus nécessaire de se rendre sur internet pour réaliser des démarches et parfois, cela pose des difficultés.

En Belgique, la vulnérabilité numérique n’est pas la même pour tous : les personnes avec un faible taux de diplôme ou des faibles revenus sont plus à risque d’exclusion et le niveau d’éducation est de plus en plus déterminant. (Graphique n°2, en fin d’article)

C’est en Wallonie que le niveau de vulnérabilité est le plus élevé avec 49% des Wallons qui possèdent des compétences faibles dans le numérique ou qui ne sont tout simplement pas utilisateur. Pour la Flandre, ce chiffre atteint 46% et à Bruxelles, ce sont 39% des personnes qui sont dans ces situations.

Les évolutions sont marquantes par rapport à 2019 : les personnes avec de faibles compétences numériques sont en augmentation partout, surtout en Flandre. Le développement rapide de la numérisation au nord du pays ne s’accompagne pas d’une augmentation des compétences des internautes.

Les Wallons à la traîne

92% des ménages disposent d’une connexion internet à domicile. Mais le baromètre constate un écart important entre les familles avec des hauts revenus (98% ont une connexion) et les familles à faibles revenus (82% ont une connexion) (graphique n°1, en fin d’article). Depuis 2019, l’écart s’est légèrement réduit de 3%.

Et 17% des internautes ne disposent que d’un smartphone pour se connecter à internet. Ces utilisateurs n’ont donc pas accès à des outils informatiques plus sophistiqués permettant, par exemple, d’effectuer des démarches administratives en ligne.

68% des internautes possèdent désormais un ordinateur portable, soit une augmentation de 15% par rapport à 2019. Mais ce sont surtout les utilisateurs les plus aisés financièrement (+15% depuis 2019) qui ont acquis des ordinateurs portables pendant la crise sanitaire, contre une hausse de 4% seulement chez les ménages à faibles revenus.

L’utilisation d’internet et l’accès à un ordinateur portable sont plus élevés en Flandre (respectivement 94% et 71%) et à Bruxelles (93% et 70%) qu’en Wallonie (90% et 63%). (Graphique n°5, en fin d’article)

Les jeunes aussi à risque numérique

Plus notre société continue à se digitaliser, plus grand est le risque de voir des personnes en décrochage numérique. C’est particulièrement le cas des personnes avec un faible niveau de revenus ou de diplôme, des personnes de plus de 55 ans et des personnes à la recherche d’un emploi.

Le stéréotype, selon lequel les jeunes de 16 à 24 ans sont des "digital natives", ne s’applique pas aux jeunes peu diplômés : 22% d’entre eux se connectent à internet uniquement via leur smartphone et 45% ont des faibles compétences numériques, contre respectivement 2% et 22% pour les jeunes ayant un diplôme de l’enseignement supérieur.

Maintenir des contacts humains

"Il ne faut laisser personne au bord du chemin", estime la Fondation Roi-Baudouin. La digitalisation de notre société est un phénomène durable, au-delà de la pandémie de Covid-19.

Malgré les initiatives prises ces deux dernières années pour améliorer l’accès à l’internet et promouvoir la culture numérique, notre société n’a pas suffisamment réussi à faire participer les plus vulnérables à la vie numérique.

Il est donc essentiel de continuer à investir dans des outils et services accessibles à toutes et à tous et dans le développement ou le perfectionnement de compétences numériques. Tout en conservant, à côté des canaux numériques, des solutions alternatives (contacts physiques, téléphone…) pour les personnes les plus vulnérables.

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JT du 02/09/22

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