C'est génial

Francis Cabrel : 4 raisons qui expliquent une popularité intacte à presque 50 ans de carrière

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Francis Cabrel l’artiste derrière la moustache et le gilet en laine qui gratte, C’est génial. Une multitude de tubes, un auteur-compositeur-interprète qui a traversé les générations, des chansons engagées. Jean-Marc Panis et Nicolas Buytaers analysent les recettes de son succès.

Avec ou sans duvet facial, Francis Cabrel a toujours fait du Francis Cabrel. Près de 50 ans de carrière à suivre sa voie, et pas celle d’un autre.

À l’été 1974, il sort Petite Marie, écrit pour son épouse. À cette époque, de Louis Chedid à Frank Zappa en passant par Motorhead ou Queen, les moustachus de l’époque sont très occupés à leurs expérimentations psychédéliques. Lui, Francis Cabrel, suivra son chemin.

Depuis Les murs de poussières, sorti en 1977, jusqu’à A l’aube revenant en 2020, quatorze albums et quarante-cinq ans plus tard Cabrel aura chanté l’amour sous toutes ses formes, qu’il soit éternel ou qu’il fasse mourir, les injustices, la bestialité de l’homme qui se croit fort, le temps qui passe, la nostalgie, les absents, les regrets de n’avoir pas dit des choses à un papa, les rêves, les souvenirs sans jamais passer pour un 'vieux con'.

Un artiste intemporel

Francis Cabrel résiste à l’épreuve du temps. Il a longtemps joué sur la mode de son époque : cheveux longs, patte d’éph’, gilet au couleur arc-en-ciel, et surtout moustache.

Ce duvet deviendra iconique à tel point que son premier groupe s’appelait… Les Gaulois, en hommage aux appendices pileux qui ornent le dessus des lèvres de chaque membre du groupe.

Au-delà du look de joueur de folk qui a bâti sa réputation, Cabrel s’est démarqué par son authenticité dans la variété française. "Il a toujours été très sincère dans tout ce qu’il écrivait. On sent le poète qui a pris sa guitare et qui chante simplement ce qu’il traverse, ce qu’il émeut. C’est imparable" résume ainsi l’auteur-compositeur-interprète belge Saule, influencé par la musique de l’artiste français de 68 ans.

Michel Boulanger, directeur artistique de Francis Cabrel souligne de son côté la simplicité de son protégé qui "privilégie les émotions et la qualité de l’écriture".

La preuve que Cabrel est intemporel même après plus de 45 ans de carrière ? Le morceau Trèfle, enregistré sur le dernier album de Bigflo & Oli ou bien Rockstars du Moyen Age, dans lequel il se permet même un passage en occitan.

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Local sans être nationaliste

Depuis son premier album, Francis Cabrel, qui n’a jamais quitté son Lot-et-Garonne, chante l’attachement à ses origines, le fait d’aller chercher loin ce qu’on a sous les yeux, comme dans La dame de Haute Savoie ou bien dans Les murs de poussière : "Il rêvait de filles et de jeux / Il voulait trouver mieux que son lopin de terre / Que son vieil arbre tordu au milieu / Il a fait le tour de la terre / Il a même demandé à Dieu / Mais n’a pas trouvé mieux que son lopin de terre, que son vieil arbre tordu au milieu".

Une ruralité qui n’a pourtant rien de nationaliste.

Une manière plus égalitaire de voir l’amour

S’il a aussi chanté l’amour universel comme bon nombre de ses condisciples, il a aussi adopté un point de vue moins égoïste ou machiste.

Déjà dans Je l’aime à mourir en 1979, il confère le pouvoir de l’amour à la femme : "Elle a bâti des ponts entre nous et le ciel / Et nous les traversons à chaque fois qu’elle / Ne veut pas dormir". C’est elle qui ne veut pas dormir. Lui, il doit rester patient et même "juste essayer de lui appartenir".

Une déclamation qui tranche avec les paroles nombrilistes de certains rockeurs de l’époque par exemple.

Sans oublier son hommage à sa mère avec Une star à sa façon, et à son père dans Te ressembler.

Des textes engagés

Francis Cabrel, a aussi touché le public par ses paroles engagées. Il critique le clergé dans Les pantins de naphtaline, tourne notre regard vers les petites gens dans Saïd et Mohammed et sort l’hymne antispéciste ultime dans La Corrida, mise en accusation de la barbarie humaine face à l’animal, en prenant le point de vue du taureau sacrifié.

À nouveau, cette manière de s’exprimer librement lui confère un gage d’authenticité pour Saule : "Il n’a jamais vraiment mis de filtres : il avait toujours transmis ce qui l’animait. Cela le rend très sincère dans son écriture".

Michel Boulanger ajoute : "Il me dit souvent : 'Les musiques accrochent et les textes fidélisent'. Il a une part particulière dans la chanson française : il faut toujours un maximum d’émotions et de réalités qui passent à travers ses chansons".

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Partageur, passeur, pédagogue

Francis Cabrel ne s’est pas arrêté à sa propre carrière. Il a aussi œuvré pour les autres. Il a composé pour Johnny Hallyday, Garou ou même Céline Dion sur Plus qu’ailleurs.

"Francis était allé faire une télévision à Montréal. René était déjà très malade et Céline est venue le voir est-ce que tu me feras une chanson. il n’avait pas vraiment écouté les albums de Céline et il a laissé couler les mots et les notes pour faire cette magnifique chanson" se souvient Michel Boulanger.

Il se place aussi comme un passeur, avec son projet "Les rencontres d’Astafort" depuis 1992. Sa commune et l’artiste ont mis sur pied ce lieu, qui permet de soutenir de jeunes chanteurs et chanteuses dans leurs débuts de carrière, en les mettant en relation avec des auteurs et compositeurs.

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GAIZKA IROZ / AFP

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