Bonjour, Bonsoir

Franz Schubert : ses dernières notes, amours et sonate

Schubert au piano

© Imagno / Austrian Archives via Getty Images

14 oct. 2022 à 15:19Temps de lecture3 min
Par Vincent Delbushaye

Chaque jour, en fin d’émission, Vincent Delbushaye vous propose sa chronique "Un dernier pour la route", où il nous raconte l’histoire d’une dernière fois, une dernière œuvre d’un compositeur, le dernier compositeur présent dans le dictionnaire, les dernières volontés d’Harry Houdini… Et à l’occasion des Schubert Days de Flagey, Vincent Delbushaye nous plonge dans quelques-unes des "dernières fois" du compositeur viennois. 

Les dernières notes de Schubert

Les dernières notes écrites par Franz Schubert sont assez étonnantes parce qu’il ne s’agit pas de l’ultime mélodie d’un cycle de lieder, qui sonnerait comme un adieu au monde, il ne s’agit pas non plus d’une symphonie grandiose, un baroud d’honneur musical qu’il laisserait inachevé. La dernière chose que Schubert aura posée sur papier, ce sont des exercices de fugue manuscrites. L’analyse du papier et de l’écriture indique que Schubert a écrit ces lignes dans les dernières semaines de sa vie, soit encore après son ultime sonate pour piano.

Nous savons que, vers la fin de sa vie, Schubert avait repris des cours de contrepoint. Tous ses amis s’accordaient à dire qu’il n’en avait pas vraiment besoin et nombreux sont ceux qui se sont demandé ce qui a bien pu pousser un compositeur de chefs-d’œuvre comme lui à étudier (ou réétudier) un aspect de la musique a priori maîtrisé par tout musicien en fin de cursus. Quel était ce manque que Schubert semblait vouloir combler ? Qu’est-ce que ces exercices de fugue lui auraient permis d’atteindre de plus ? Le mystère reste entier, toujours est-il que les dernières notes que Schubert aura posées sur papier auront probablement été celles d’un simple exercice de contrepoint…

Le dernier grand amour de Schubert

On ne prête pas à Schubert les plus folles histoires d’amour, c’est le moins qu’on puisse dire. On ne lui en prête même pas du tout. Rien en tout cas de partagé, de réciproque parce que des sentiments, on sait qu’il en avait, notamment pour sa jeune élève Caroline Estherazy. Il l’a rencontrée à 13 ans mais lors de leur deuxième rencontre, elle en avait 19 et tout son entourage raconte qu’il en est tombé profondément amoureux. En 1821, il lui dédiera dans un premier temps deux Danses allemandes, dédicace qu’il rayera finalement violemment. Est-ce le résultat d’une déclaration qui aurait mal tourné ? Ce qui est sûr, c’est que Schubert, vu sa condition, n’aurait de toute façon jamais pu prétendre épouser une comtesse comme elle. Caroline sera finalement la dédicataire de l’une des œuvres les plus abouties du compositeur : sa Fantaisie en Fa mineur, écrite pour piano à 4 mains, et là encore, le symbole a son importance : une musique à jouer à deux pour conjurer la solitude, et peut-être aussi l’occasion aussi pour Schubert de jouer avec elle et au moins le temps du morceau, d’avoir à ses côtés sa chère Caroline dans la proximité troublante de l’exécution de ce genre de morceau. A défaut de pouvoir l’aimer au grand jour, il la côtoiera donc en musique…

La dernière sonate de Schubert

Deux mois seulement avant son décès, Schubert a clôturé son cycle de 21 Sonates pour piano. Depuis quelques semaines, le compositeur vit chez son frère Ferdinand, et – ironie du sort – il a enfin pu se payer un piano. Mais sa fin est proche. Il le sent. Il le sait.

Alors il faut composer, encore et encore. Notamment trois sonates pour le pianoforte, les "trois dernières", dont aucune n’a à rougir face à celles de Beethoven, à qui, d’ailleurs, elles voulaient rendre hommage. On a beau s’en défendre, quand on entre dans cette 2e et ultime sonate, on entend, dès le début, le cœur serré, le détachement de l’homme vivant ses derniers instants. Bien sûr, on passera par des moments d’émotion intense, chargés d’angoisse et de désespoir, mais le climat général restera celui instauré par la mélodie initiale, tout empli de sérénité, voire de résignation.

Le pianiste Paul Badura-Skoda disait à son propos : "Seul celui qui a entrevu l’autre rive du Styx, le fleuve qui entoure le royaume des morts, peut créer une œuvre d’une telle portée."

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous