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"Freyhir" d’Emile Mathieu, un plaidoyer musical et écologique pour la défense de la forêt ardennaise au XIXe siècle

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Victor Hugo aurait dit "La musique c’est du bruit qui pense" et ce bruit, aux couleurs orchestrales, peut parfois s’élever pour défendre une opinion politique et écologique.

Vers une déforestation de la forêt ardennaise

En 1881, la situation agricole belge n’est pas bonne. Depuis plusieurs années, elle subit des revers difficiles : crise alimentaire, suppression de l’échelle garantissant des prix élevés, ouverture du marché à l’importation de blés étrangers. Tout cela fait que de nombreux agriculteurs ne savent plus vivre de leurs terres. En Ardenne, beaucoup se sont tournés vers l’exploitation forestière, car le bois est un matériau essentiel et vital pour cette Belgique industrielle et minière.

Alors, on taille dans cette forêt ardennaise dont la superficie s’amenuise. Sauf qu’entre la toute fin de l’année 1880 et le début de l’année 1881, tombent des trombes d’eau. Les cours d’eau débordent, la presse s’inquiète de constater que les inondations ne semblent que s’accroître. Dans les Ardennes, les dégâts subis par les inondations semblent pointer du doigt un responsable, celui qui commence à prendre la forme d’une déforestation.

Le mythe de la Forêt de Freyhir

La réaction du gouvernement qui se décide à planter de l’épicéa arrive trop tard. C’est du moins ce qu’en pense le compositeur Emile Mathieu, dont les racines sont champlonaises. Plutôt que de se taire, Mathieu fait ce qu’il sait faire de mieux : écrire et composer. En 1883, il termine son poème lyrique et symphonique Freyhir, du nom du massif forestier se trouvant sur les territoires de Libramont, Saint-Hubert, Sainte-Ode et Tenneville. Après avoir introduit une ode forestière, il va faire de la forêt de Freyhir le théâtre de l’histoire et du mythe. Il y place la défaite de Vercingétorix contre César et l’élévation d’un sanctuaire dédié aux héros gaulois par la déesse Freya.

Mais cet espace mythologique, si historiquement faux soit-il, mène à renforcer l’arrivée d’une troisième partie. Une partie dont le premier récit est celui-ci :

"Aujourd’hui qu’hélas ! un avide maître
arrache en tout lieu le frêne
et le hêtre pour semer le morne sapin,
quel miracle veut que par la cognée,
Antique Freyhir, tu sois épargnée ?
Se lasserait-on de détruire enfin ?"

Le poème lyrique et symphonique de Mathieu est un bruit qui pense, une pensée dissonante en 1883 et dont les tristes échos résonnent encore à nos oreilles. Car les questions d’hier sont celles d’aujourd’hui, à nous de ne pas en faire celles de demain.

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