Belgique

Fuir la guerre : regards croisés d’un Afghan et d’un Syrien à propos de l’accueil des Ukrainiens

04 avr. 2022 à 10:06Temps de lecture3 min
Par Françoise Berlaimont
Zulfali est Afghan et vient de la région de Kunduz. Amjad est Syrien et vient d’Alep. Tous deux ont 23 ans.
Zulfali est Afghan et vient de la région de Kunduz. Amjad est Syrien et vient d’Alep. Tous deux ont 23 ans. © Tous droits réservés

L’accueil à bras ouverts des Ukrainiens rappelle de douloureux souvenirs à d’autres réfugiés. En 2015, Afghans et Syriens arrivaient en Europe, et notamment en Belgique. Que deviennent-ils après les interminables files devant l’Office des Etrangers ? Nous avons rencontré Zulfali, réfugié afghan et Ajmad, réfugié syrien. Eux aussi ont fui les bombardements dans leurs pays respectifs. Ils ont aujourd’hui 23 ans et construisent leur avenir en Belgique.

La fuite sous les bombes

Zulfali Nazari se souvient des bombardements et des affrontements entre les soldats américains et les Talibans. Et aussi des jours passés dans les grottes près de son village, avec sa famille, pour se protéger. Aujourd’hui, c’est dans l’atelier d’une concession automobile prestigieuse que Zulfali se sent bien. "C’est ici que je suis le plus heureux" dit-il, "à contrôler, réparer, mettre au point les moteurs." C’était son rêve quand il était petit. "Je chipotais tout le temps aux voitures, j’aimais bien ça, la mécanique". Zulfali avait 16 ans et était analphabète quand il est arrivé en Belgique. Il vient de signer un CDI au garage Mercedes de Nivelles.

Ajmad Haroun vivait à Alep, ville syrienne assiégée par le régime Assad. Le magasin familial et la maison ont été pulvérisés par les bombes. Le père d’Ajmad a fui en Turquie toute proche avec sa femme et leurs 5 enfants. Ajmad est l’aîné, il a alors 14 ans. Il essaie de trouver de petits boulots pour aider la famille "en attendant de retourner en Syrie". Mais les années passent sans possibilité de retour. "En Turquie, on n’avait pas d’aide et je ne pouvais aller à l’école" En 2018, la famille reçoit un visa pour la Belgique et s’installe à Ottignies. "Je veux réaliser des films pour le cinéma" déclare Ajmad qui étudie pour le moment la réalisation audiovisuelle à l’IFAPME.

La solitude dans un monde inconnu

Ajmad a eu cette chance de rester constamment avec sa famille. Malgré cela, il s’est senti très seul au début. "Je ne comprenais pas la langue, je n’arrivais pas à me faire des amis, c’était très dur car je suis quelqu’un de très sociable". Il suit des cours de français, puis décroche différents jobs étudiants. Il espère en pouvoir intégrer l’IAD à la prochaine rentrée de septembre mais il doit d’abord réussir le concours d’entrée. "L’examen est difficile car il y a beaucoup de questions de culture que je ne connais pas. Je dois beaucoup étudier." Ajmad est très motivé.

Zulfali a été brutalement séparé de sa famille en Turquie, au moment d’embarquer sur une barque clandestine vers la Grèce. Là, il a suivi le flot de réfugiés, à pied, jusqu’en Belgique. Il n’a plus eu de nouvelles de ses parents pendant 1 an et demi. Eux ont dû rentrer en Afghanistan et c’est grâce à la Croix Rouge qu’il a pu les localiser et reprendre contact. En Belgique, en tant que mineur, il a bénéficié de l’encadrement d’une tutrice, Marcelline, et du logement dans un centre Fedasil. "Je voyais des enfants de 6 ans qui allaient à l’école et même des adultes, alors me suis rendu compte qu’il fallait que j’étudie aussi si je voulais trouver du travail."

Un accueil différent selon son origine

Zulfali et Ajmad assistent à l’accueil des Ukrainiens avec une pointe d’amertume. "Je suis triste de ce qu’il leur arrive, je sais ce qu’est la guerre", dit Ajmad, "mais nous, nous entendions 'on ne veut pas de réfugiés chez nous' et je vois ici que les gens proposent d’accueillir les Ukrainiens chez eux. Heureusement, tous les Belges ne pensaient pas comme ça."

Zulfali, lui, pense à tous ces Afghans à qui la Belgique délivre des avis négatifs et veut les renvoyer au pays des Talibans. "Pourquoi faire la différence entre les Afghans, les Syriens, les autres demandeurs d’asile et les Ukrainiens ? On fuit tous la guerre", constate Zulfali. "Moi, s’il n’y avait pas eu la guerre dans mon pays, je ne serais pas venu ici."

Si Ajmad cultive l’espoir de revoir un jour la Syrie et Alep, sa ville natale, Zulfali, lui, ne nourrit pas ce rêve. Il pense qu’il ne pourra jamais revoir sa famille qui est retournée au village, où elle survit de petites cultures et d’élevage. Les deux jeunes gens savent que leur vie est désormais en Belgique. Il suffit de voir leur sourire quand ils parlent de leur (futur) métier.

 

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